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Près de 70 mille patients soignés à l’Arche de Kigobe

Structure de soins mise sur pied par Médecins Sans Frontières (MSF) en 2015, l’Arche de Kigobe a depuis assuré des soins en traumatologie à près de 70 mille personnes. Initialement mise sur pied pour soigner les victimes des violences, L’Arche s’est rapidement ouverte à d’autres besoins dans la capitale… Aujourd’hui, la majorité des patients admis en urgence sont des accidentés de la route. Agir vite, être souple, travailler de façon humble et impartiale caractérisent les services gratuits de cette structure MSF.

La fierté de l’Arche est d’agir vite, d’être souple, de travailler de façon humble et impartiale.  ©MSF/Evrard Ngendakumana

A notre passage à l’Arche de Kigobe vendredi 11 décembre 2020, tous les services étaient en action. C’était vers 11 heures. Le docteur Sonia Irambona et l’infirmier Célestin Mustafi, tous deux agents de MSF, servaient des guides de la visite de la structure.

Des médecins se relayaient pour s’occuper des patients dans les services des urgences pour des cas de traumatisme grave. Ils n’avaient même pas le temps de lever la main pour saluer les visiteurs. Ils travaillaient durement et rapidement pour sauver la vie des personnes.

Au service de suivi ambulatoire, en plus des séances de kinésithérapie en cours, des patients attendent leur tour d’être traités. Certains se font soigner avant de rentrer chez eux. D’autres sont hospitalisés à l’Arche. Les patients en rétablissement sont contents des services rendus ici. Ils saluent le Dr Sonia Irambona et Célestin Mustafi avec une envie de les embrasser. Il y a de la familiarité dans le couloir.

Focalisée sur les cas traumatologiques graves – accidents et  chutes graves, blessures profondes – l’Arche offre de nombreux services aux patients nombreux. On peut citer par exemple le service de chirurgie orthopédique et viscérale, le service d’hospitalisation des patients admis, le service d’accompagnement psychosocial et le service de suivi en ambulatoire (pansements, séances de kinésithérapie, sessions d’éducation à la santé).

« Près de 70 mille patients ont été reçus par l’Arche de Kigobe depuis sa mise en place. Les patients viennent de tous les coins du pays. En 2020, les trois-quarts des patients accueillis étaient de sexe masculin. Trente pour cent de nos patients sont des enfants. L’élément commun est la gravité de leurs blessures, puisque l’Arche se focalise sur les traumas graves », déclare Sarah CALLENS, coordinatrice MSF du projet Arche de Kigobe.

Les accidents routiers changent l’orientation du projet

A l’Arche, les critères d’admissions des patients ont changé début de 2016. Les accidents routiers étaient devenus nombreux et le nombre de patients ayant besoin de services d’urgence était en augmentation, explique Sarah CALLENS, la coordinatrice du projet Arche de Kigobe.

Et le Dr Sonia Irambona, médecin à l’Arche depuis 5 ans de renchérir : «Dans ces contexte, on a fait le choix d’élargir nos critères d’admission aux nombreux accidentés de la route, en se spécialisant de plus en plus sur les cas graves».

Célestin Mustafi, infirmier au service des traumas, se souvient qu’un accident grave causé par un bus et d’autres similaires cas sur la voie publique avaient motivé cette évolution.

Les accidents de la voie publique sont souvent causés par les collisions entre vélos-vélos, vélos-piétons, vélos-motos, motos contre des véhicules, véhicules contre les personnes.  La plupart de ces accidents ont lieu durant les heures de pointe des jours ouvrables – très tôt le matin, midi et soir – ainsi que les week-ends.

« Près de 70 mille patients ont été soignés à l’’Arche de Kigobe depuis sa mise en place en 2015. Les patients viennent de tous les coins du pays et sont de toutes catégories confondues ». ©MSF/Evrard Ngendakumana

L’état de certaines infrastructures routières et le parc automobile vétuste aggravent cette situation.

Pour le Dr Irambona, le non-respect du code la route est aussi une importante cause d’accidents. « Les excès de vitesse, les chargements non conformes, la conduite en état d’ivresse, le non port de la ceinture de sécurité ou du casque… Les exemples sont nombreux. Les nombreux cyclistes de la capitale n’ont pas de passage aménagé, et ils doivent donc se faufiler entre les véhicules ou utiliser les trottoirs réservés aux piétons. »

Un service gratuit pour tout le monde

« A l’Arche, la prise en charge médicale des urgences graves et tout le traitement sont gratuits jusqu’à la guérison complète du patient », explique Dr Sonia Irambona.

D’autres services gratuits sont également fournis tels que la kinésithérapie, l’aide psychologique, le lit, les draps, la nourriture, un service de garde malade (ce sont les aides soignant du centre qui s’occupent des patients) …

« La famille n’a pas besoin de rester ici, sauf pour les mineurs. Dans ce cas, les parents restent dans la structure. Toutefois, ce sont les aides-soignants qui s’occupent des patients mineurs », précise le Docteur.

« L’Arche ne peut pas rendre tous les services aux patients. Depuis 2019, nous avons renforcé les capacités de prise en charge des traumatismes légers et modérés dans plusieurs centres de santé et hôpitaux de la ville. De cette façon, nous avons pu nous concentrer ici sur les cas graves tout en améliorant les soins ailleurs.  Les patients ayant besoin de traitements plus spécialisés sont référés. », poursuit-elle.

A l’Arche de Kigobe, la prise en charge des patients est entièrement gratuite. ©MSF/Evrard Ngendakumana

Patients qui arrivent à l’Arche sans accompagnement, les victimes qui traînent sur les lieux d’accidents, les patients amenés à l’Arche sans qu’on connaisse leurs familles. Si les soins sont gratuits à l’Arche, des défis se posent pour les patients de la capitale. Le coût des déplacements peuvent constituer une charge. Les personnes ayant subi une amputation seront confrontées à une difficile réintégration socio-économique. Certains patients arrivent également à l’Arche sans accompagnement, sans qu’on connaisse leurs familles…

Des précautions à prendre…

Pour améliorer la prévention, le Dr Irambona plaide pour une plus large sensibilisation de la population.  La Croix Rouge du Burundi se révèle ici utile, puisqu’elle dispose d’agents formés pour sensibiliser et apporter les premiers secours sur le lieu de l’accident. En cas d’urgence, chacun peut appeler les numéros vers de la Croix Rouge du Burundi (109) et de la Police de la Protection Civile (117).

« En cette fin d’année, il est déconseillé aux personnes en état d’ébriété de s’engager sur la voie routière », appelle le Docteur Irambona. « Le port du casque pour les chauffeurs et les clients, et celui de la ceinture de sécurité en voiture sauvent des vies. Ne passez pas le nouvel an à l’Arche » !

« En tant que médecins et infirmiers, notre plus grande joie est de voir les patients se rétablir, même dans les cas de traumatismes graves ayant entraîné un long séjour » poursuit-elle. « Que tu sois riche, pauvre, âgé, adulte, enfant : nous soignons tous ceux qui ont besoin de soins d’urgence ici ».

Et M. Mustafi, de la compléter : «L’autre fierté c’est la rapidité de nos équipes. Quand le patient arrive, il est pris en charge dans 10 minutes, voire 5 minutes».

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