Il se remarque ces derniers temps une prolifération des confessions religieuses au Burundi. Elles sont passées de 11 avant 1993 à plus de 600 en 2021. A cette allure, on peut se demander si c’est le niveau de la chrétienté qui a augmenté ou tout simplement si elles sont devenues un business rentable pour certains leaders religieux qui profitent du peuple de Dieu à la recherche d’un refuge
Avec une population d’à peu près 12 millions d’habitants, répartie sur une superficie de 27834 km2, le Burundi compte aujourd’hui autour de 600 confessions religieuses. Une prolifération exponentielle comparativement à il n’y a pas très longtemps. Dans certains quartiers de la Mairie de Bujumbura, à tous les cinquante mètres il y a une église ou une mosquée. (Pour ceux qui y croient encore, car il y en a d’autres qui ont des convictions religieuses leur interdisant de prier entre les murs). On peut même se demander comment ils arrivent à pratiquer des cultes en même temps sans se déranger mutuellement.
Cette prolifération ne date pas de très longtemps selon un sage de l’une des anciennes églises protestantes. « Avant 1993, il n’y avait que onze confessions religieuses. 28 ans après, il y en a autour de 600. La venue de la démocratie a impacté aussi le secteur de la religion. Ceux qui n’étaient plus en accord avec les doctrines de leurs églises ou tout simplement avec leurs leaders religieux en ont profité pour créer leurs propres églises », témoigne-t-il.
Pour d’autres, la prolifération des confessions religieuses résulte de la pauvreté et de la misère que vivent la grande majorité de la population burundaise. Selon le témoignage d’une adepte d’une église évangélique, tellement l’humanité fait face à de nombreux problèmes que seul Dieu peut les résoudre. Dans cette recherche de refuge, certains sont prêts à tout pour être en bons termes avec Dieu, leur unique secours. « Et, pour y arriver, il faut suivre ce qu’enseignent les intermédiaires entre Dieu et son peuple (les leaders religieux) sans y mettre trop d’intelligence car, pour certains, la chrétienté est une affaire qui n’engage pas trop d’intelligence, mais plutôt de la foi », ajoute-t-elle.
Les écritures saintes qui devraient servir de ligne directrice pour les croyants sont parfois mal interprétés pour des fins d’interêt personnel.
Une prolifération des doctrines
Avec l’accroissement des confessions religieuses, les buts et les doctrines des églises se sont diversifiés d’une église à une autre selon les leaders religieux. Certains leaders religieux mal intentionnés profitent du besoin de secours du peuple de Dieu pour chercher leurs intérêts personnels. Certains sont doués dans la manipulation des consciences et il est parfois difficile de les distinguer des vrais. Ils usent de leur arrogance et de leur connaissance par cœur des livres saints comme capital pour accroître le nombre de leurs adeptes et transformer ainsi leurs ministères en Business, ceux que la Bible appelle des hypocrites. Ils sont comparables aux scribes et pharisiens qui ne cherchaient que leurs propres gains. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte; et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous », Mathieu 23 verset 15.
Impact social
Les livres saints qui devraient normalement être une ligne directrice pour ceux qui se disent croire en un seul Dieu sont interprétées différemment selon les objectifs et les aspirations des leaders religieux. Certaines doctrines, selon l’interprétation donnée par les pasteurs, exigent des pratiques qui s’opposent radicalement des mœurs et aux exigences de la société et de la culture burundaise. Ce qui fait que certains leaders religieux sont considérés comme des rebelles dans la société mais qui en sont souvent fiers car, selon eux, ils sont en train d’accomplir la volonté divine.
Cette prolifération des confessions religieuses a des conséquences néfastes sur la société, surtout que les plus exposées sont les personnes qui sont en âge de travailler. Certains passent une grande partie de leur temps dans les églises et n’ont plus le temps de faire leurs devoirs socio-économiques, oubliant ainsi ce que dit saint Paul aux Thessaloniciens « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». 2 Thessaloniciens 3 verset 10.
On ne peut pas passer sous silence le cas des adeptes d’Eusebie Ngendakumana qui ont été accusés de semer le désordre dans leurs familles, dans la société burundaise et jusque dans les pays voisins. Beaucoup d’entre eux ont abandonné leurs familles, démissionné de leurs fonctions, abandonné les études…pour s’attacher pleinement à leurs convictions religieuses.
Dans une rencontre du 19 octobre 2020 à huis clos avec certains leaders religieux, le Président de la République leur a rappelé qu’ils ont un grand rôle à jouer dans le renforcement de l’unité nationale et de la cohésion sociale dans le pays en commençant par la gestion pacifique et rationnelle des conflits internes au sein de leurs églises, des conflits qui sont souvent à l’origine de la perturbation de l’ordre et de la tranquillité publique.