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Quand les fortes précipitations entrainent la montée du lac

La montée du lac Tanganyika inquiète plus d’un. Les plages publiques, les centres de loisirs ou de jeux aménagés le long du lac tendent à disparaître. Les hôtels, les restaurants bordant le lac Tanganyika ferment les uns après les autres. L’impact économique est déjà perceptible chez les investisseurs. Pourquoi cette montée spectaculaire des eaux du lac Tanganyika ? Eléments de réponse avec l’Autorité du Lac Tanganyika (ALT)

Le débordement du lac emporte tout sur son passage. Les espaces de loisirs tels que les hôtels, les plages, les snack-bars, les habitations sont menacés par l’eau qui gagne du terrain. Vers le port de Bujumbura, le boulevard du Japon risque de s’effondrer si rien n’est fait dans l’immédiat. Une partie de la digue érigée pour contrecarrer les vagues s’est écroulée plus précisément entre les restaurant bar « Le pirogue » et le restaurant « Pasta Comedia ».

Les crues du lac Tanganyika constituent une menace réelle pour les infrastructures érigées le long du lac Tanganyika.

L’érosion côtière s’amplifie au jour le jour. Des mesures de précaution doivent être arrêtées pour protéger les infrastructures socio-économiques.  La rédaction de Burundi Eco a contacté les responsables de l’Autorité du Lac Tanganyika (ALT) pour en savoir plus sur les causes ce phénomène.

Une variation au-dessus de la normale

Au cours du dernier siècle, la variation du niveau de l’eau est de l’ordre de 0,5 m à 0,8m par an sauf en 1960 où l’eau atteignait les bâtiments de la radio nationale. Pour l’autorité du lac, on n’est pas à ce stade, mais la montée progressive inquiète plus d’un. Les variations actuelles au niveau du port de Bujumbura dépassent 1 m. Une simulation faite par l’équipe montre l’ampleur des dégâts une fois que le niveau du lac continuerait à monter (Voir les cartes).

Il faut avoir à l’esprit qu’une centaine de rivières se jettent dans le lac Tanganyika. Et elles constituent les principaux affluents du lac Tanganyika, d’après les études déjà réalisées. Du côté du Burundi, les principaux affluents du lac sont entre autres la rivière Rusizi et la Malagarazi. En plus de ces rivières, les eaux de pluie en constituent une autre source.

Des fortes précipitations aux crues du lac Tanganyika

Au niveau des pertes des eaux du lac Tanganyika, la rivière Lukuga écoule entre 6 et 18 % des eaux du lac selon les saisons. L’évaporation cause des pertes estimées entre 82 % et 94% des pertes totales des eaux du lac Tanganyika. L’écart entre les entrées et les pertes d’eau au niveau du lac montre que le lac a reçu beaucoup d’eau suite à la surabondance de la pluviométrie. Donc la montée de l’eau du lac tire son origine de cette différence entre les entrées et les sorties d’eau au niveau du lac, font savoir les responsables de l’ALT. Bref, si la pluie et les débits d’entrée sont supérieurs aux pertes, le niveau du lac monte. Dans le cas contraire, le niveau du lac baisse.

Concrètement, il a plu beaucoup et les fortes précipitations ont été facilitées par l’absence de couvert végétal au niveau des montagnes en amont du lac. D’ici deux mois, le niveau du lac aura tendance à baisser. Mais la montée est un phénomène qui risque de se reproduire avec la prochaine saison pluvieuse. En octobre 2016, le niveau du lac atteignait une altitude de 774,25 m. Par contre, le niveau actuel dépasse 775 m.

Pas de barrage sur la rivière Lukuga

L’hypothèse d’un barrage érigé sur la rivière Lukuga-unique exécutoire du lac Tanganyika-est à rejeter. Il n’y a aucun barrage en cours de construction sur la Lukuga. Auparavant, la Tanzanie et la République Démocratique du Congo (RDC) avaient réclamé la construction d’un barrage pour réguler le débit des eaux arguant que les ports de ces deux pays deviennent de plus en plus inaccessibles.

En réalité, le problème n’était pas lié au manque d’eau dans les ports. « Les conclusions d’une étude évaluative ont montré que ce sont plutôt les sédiments qui empêchaient les bateaux d’accoster. Donc, ça n’a rien à voir avec la diminution du niveau de l’eau. Il faut plutôt instaurer un système de dragage permanent pour faciliter l’accostage des gros bateaux », affirme le directeur exécutif de l’Autorité du Lac Tanganyika.

La région en proie aux changements climatiques

La montée des eaux du lac Tanganyika est un phénomène qui était prévisible à l’avance. Ce sont les manifestations des changements climatiques qui peuvent avoir des effets variés. La plupart des études déjà menées montrent que notre région fait partie des zones les plus sensibles aux changements climatiques qui se traduisent soit par des sècheresse prolongées ou par de fortes précipitations. Le lac Tanganyika constitue un écosystème très fragile. Les effets du changement climatique peuvent être beaucoup plus dévastateurs sur le lac que sur le reste du monde. Le cas du lac Tanganyika n’est pas isolé. Au Kenya, les autorités rapportent que sur les 147 plages du lac Victoria, 135 plages ont disparu sous les eaux.

Avec un niveau du Lac atteignant 780.0m, la carte délimite la zone potentiellement inondable. Si l’eau monte de 6m du niveau actuel, les infrastructures socioéconomiques telles que le port de Bujumbura, le Musée vivant, une partie du quartier asiatique, l’immeuble Virago, les hôtels et les routes vont se retrouver sous l’eau.(Source: Etude IGEBU-PAM)

 

Dans tous les quatre pays riverains du lac Tanganyika, les services météo publiaient des prévisions qui montraient que la région des grands lacs connaîtra de fortes précipitations comparativement aux années antérieures. En février dernier, l’Institut Géographique du Burundi (IGEBU) préconisait déjà des précipitations intenses pour les mois de mars et d’avril 2020. Ce n’était pas du tout une fausse alerte car, durant cette période, les pluies diluviennes ont causé des dégâts considérables à travers le pays. D’ailleurs, les habitants de la zone Gatumba n’ont pas encore regagné leurs ménages malgré la saison sèche qui s’annonce.

Les infrastructures socio-économiques menacées

Les crues du lac sur tout le littoral entrainent la perturbation de l’activité économique. En RDC, précisément à Uvira, on rapporte plusieurs dégâts matériels. Il en est de même à Kigoma en Tanzanie où des dizaines de maisons ont été inondées. Les infrastructures socio-économiques sont très touchées. Les restaurants, les hôtels, les espaces de jeux et loisirs aménagés sur le littoral ferment les uns après les autres. La situation est similaire en Zambie où l’eau du lac Tanganyika a beaucoup augmenté.

Si la situation persiste, les retombées économiques risquent d’impacter les recettes fiscales. Les opérateurs économiques qui exercent leurs activités sur le littoral ou directement sur le lac (transport lacustre, les ports) connaîtront une baisse de l’activité.

Renforcer la résilience des populations

Des mesures d’atténuation doivent être prises. Entre temps, il faut respecter la zone tampon en évitant de construire dans les 150 m. De plus, la population riveraine doit être sensibilisée sur les dangers qu’elle encourt en construisant des habitations dans des zones potentiellement inondables.

Pour l’ALT, les quatre pays qui partagent le lac Tanganyika doivent se mettre ensemble pour bien aménager le bassin versant du lac Tanganyika. Les experts des quatre pays vont se réunir pour mener des réflexions afin d’adopter une position commune sur les mesures d’atténuation les plus appropriés. On devrait également mettre en place un système d’alerte précoce sur base des données recueillies au cours de deux dernières décennies. La mise en commun des études déjà réalisées sur le lac est plus que nécessaire quitte à ce qu’on puisse dégager une stratégie régionale pour une gestion durable des eaux du lac Tanganyika. Et cette stratégie reprendra les activités à mener pour renforcer la résilience des populations.

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