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Quand la jacinthe d’eau booste l’artisanat et l’élevage

Si la jacinthe d’eau est souvent considérée comme une menace pour l’environnement, elle constitue en réalité une opportunité dès lors qu’elle est valorisée. Matière première incontournable pour l’artisanat, elle s’avère également être une nourriture riche pour le bétail. Aujourd’hui, plus de 5 tonnes de cette herbe sont arrachées quotidiennement des rivières de Bujumbura à cette fin.

Cette innovation sert d’alternative, surtout avec la mise en application de la loi sur la stabulation permanente.

 

Depuis 2022, Nezerwa Investment Group s’est donné pour objectif de valoriser la jacinthe d’eau. D’ailleurs, comme le dit Silas Bucumi, son dirigeant, cette société s’est fixé pour mission de valoriser ce que l’on appelle à tort des « problèmes ». « Nous accordons de la valeur à la jacinthe d’eau tout comme nous le faisons pour les plastiques », précise-t-il.

Dans la fabrication des nattes, la jacinthe d’eau est mélangée avec d’autres herbes qui poussent au bord des rivières. Cette activité génératrice de revenus a débuté en 2022. Comme l’explique M. Bucumi, cette idée est née d’une volonté de protéger l’environnement, mais aussi après avoir constaté qu’il y a une demande croissante des nattes, surtout à l’intérieur du pays.

Cette initiative a déjà créé 15 emplois pour les personnes qui confectionnent ces nattes. Pour le moment, cette société produit manuellement autour de 30 nattes par jour, car un artisan peut en produire entre 2 et 3. Cette production peut augmenter lorsqu’ils ont en stock des herbes bien sèches. Dans ce cas, la société peut produire jusqu’à 200 nattes par mois, « car le séchage de ces herbes est ce qui prend le plus de temps », explique M. Bucumi.

Une opportunité d’exportation

Selon cet entrepreneur, cette activité permet à ces artisans de gagner chaque jour au moins 10 000 FBu par personne. La société y trouve aussi son compte, car une natte se vend à 12 000 FBu, tout comme le Trésor public puisque l’entreprise paie des impôts. Il explique qu’il n’y a aucun problème avec le marché d’écoulement. « Le marché existe et nous ne parvenons même pas à satisfaire la demande », affirme-t-il. Et d’ajouter : « Nous encourageons les personnes qui passent leur temps à chercher du travail là où il n’y en a pas à apprendre à fabriquer des nattes, afin de s’autonomiser ».

La société a également tenté un projet ambitieux d’exporter ces nattes vers l’Ouganda, et témoigne avoir constaté qu’elles y sont appréciées. « Nous étudions maintenant une stratégie pour les transporter jusque là-bas, afin d’en tirer des devises », dit-il.

Alimentation pour les animaux

Parallèlement à son projet de transformation de la jacinthe d’eau pour fabriquer des nattes, la société Nezerwa Investment Group a initié un programme de formation destiné aux éleveurs de bovins, de porcins et de lapins. L’objectif : leur apprendre à intégrer cette plante aquatique dans l’alimentation de leur bétail.

Selon Silas Bucumi, l’engouement des éleveurs est manifeste depuis le mois d’août 2025. Cette innovation sert d’alternative, surtout avec la mise en application de la loi sur la stabulation permanente. Une mesure qui a rendu l’accès au fourrage traditionnel beaucoup plus complexe et coûteux.

Au-delà de l’aspect nutritif, l’exploitation de cette plante est devenue un véritable moteur d’emploi dans le secteur de l’élevage. Plus de 30 collecteurs de cette plante s’activent quotidiennement sur les rives du lac Tanganyika et le long des rivières traversant la ville de Bujumbura. Ensemble, ils parviennent à extraire plus de 5 tonnes de jacinthe d’eau par jour. Ce « fourrage aquatique » est ensuite commercialisé sous forme de tas (Umuganda) dont le prix varie entre 10 000 et 20 000 FBu.

Silas Bucumi souligne par ailleurs un avantage majeur pour la filière laitière : les vaches nourries à la jacinthe d’eau affichent une production de lait nettement supérieure. Il lance donc un appel pressant aux éleveurs pour qu’ils adoptent cette ressource. Selon lui, c’est une stratégie « gagnant-gagnant » qui permet d’accroître la rentabilité des exploitations tout en participant activement à la protection de l’environnement.

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