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Quand la pénurie de carburant « reparalyse » le transport en commun

A Bujumbura, la pénurie persistante de carburant a fortement perturbé le transport en commun. Les habitants font face à de longues files d’attente sur les parkings, des retards importants et une flambée du marché noir. Entre bus immobilisés et communication irrégulière des autorités, la situation suscite l’inquiétude et la frustration au sein de la population.

Les files d’attente sont devenues monnaie courante aux arrêts-bus.

 

Depuis près de sept ans, le Burundi fait face à des difficultés récurrentes de transport liées à la pénurie du carburant. Si certaines périodes ont connu de légers répits, la situation actuelle apparait plus critique. Les déplacements quotidiens, notamment aux heures de pointe, sont devenus particulièrement éprouvants pour les usagers des bus. Dans plusieurs quartiersde  la ville de Bujumbura, les habitants rapportent des temps d’attente excessivement longs et une offre de transport largement insuffisante par rapport à la demande. Les arrêts de bus sont souvent saturés dès les premières heures de la journée, obligeant de nombreux passagers à patienter pendant plusieurs heures, voire à parcourir de longues distances à pied pour tenter de trouver un moyen de transport en cours de chemin.

Un habitant du quartier Carama, situé au Nord-Ouest de la ville de Bujumbura témoigne : « Se déplacer est devenu l’un des problèmes qui me préoccupent le plus. » Il fonde ses propos sur ce qu’il a vécu lundi le 27 avril 2026. Parti de chez lui à 6h00 pour prendre un bus, il a trouvé une file d’attente bien plus longue que d’habitude. Il s’est alors dit : « Peut-être qu’en avançant, je pourrais trouver un véhicule plus loin sur la route. » Mais cela ne s’est pas passé comme prévu. Il a traversé plusieurs arrêts bus, mais partout il y avait une foule importante de personnes faisant la queue pour se rendre au centre-ville. Les rares véhicules qui passaient étaient déjà pleins. Il a marché pendant une heure et demie avant de finalement trouver un bus près du marché dit Cotebu. Arrivé au centre-ville, les difficultés ont persisté. Il devait encore prendre un autre bus pour rejoindre son lieu de travail. Là aussi, il a dû attendre presque une heure. Résultat, il est arrivé au travail avec un retard de deux heures.

Le lendemain, il a décidé de partir encore plus tôt, espérant trouver plus facilement un moyen de transport. A sa grande surprise, à 5h30 du matin, plus d’une centaine de personnes faisaient déjà la queue au terminus de Carama sans qu’aucun véhicule ne soit disponible. Quelques bus arrivaient de temps en temps pour embarquer quelques passagers, mais les files continuaient à s’allonger. A 8h30, il était toujours sur place sans avoir pu se déplacer. Ce témoignage n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de citoyens qui affirment que se déplacer est devenu un parcours de combattant.

Plusieurs éléments montrent la gravité de la situation

Pendant toute cette période, on pouvait constater que de nombreux bus de transport en commun faisaient la queue devant les stations-service dans l’espoir d’obtenir du carburant. Par exemple, au matin du 27 avril, plus de 100 bus étaient alignés devant une station-service située au centre-ville de Bujumbura, communément appelée « Face à face ». Le même constat a été fait dans la soirée aux environs du marché communément appelé Chez Sion. Autrement dit, de nombreux bus étaient à l’arrêt. Cette situation illustre une paralysie progressive du secteur où les véhicules restent immobilisés faute d’approvisionnement régulier en carburant.

Un autre élément qui montre la gravité de la situation est que la Société Pétrolière du Burundi (SOPEBU) ne publie plus régulièrement la liste des stations-service approvisionnées en carburant chaque jour sur ses plateformes numériques. Par exemple, entre le 20 et le 29 avril 2026, elle ne l’a fait que deux fois.

La crise du carburant a également entraîné une forte perturbation du marché. Le marché noir, en particulier, connait une flambée des prix. Le coût de l’essence a considérablement augmenté, rendant l’accès au carburant encore plus difficile pour de nombreux usagers. A titre d’exemple, 1,5 litre d’essence est passé de 25000 BIF à 35000 BIF voire plus. Cela étant, le prix officiel de l’essence n’est que de 4000 BIF par litre.

PARCEM appelle à des solutions urgentes

Face à cette crise du carburant, l’organisation Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Evolution des Mentalités (PARCEM) appelle les autorités à réagir rapidement et efficacement. Dans une communication publiée sur les réseaux sociaux, PARCEM souligne que le Burundi traverse une période difficile marquée par la pénurie de carburant, qui perturbe gravement la circulation des personnes et des biens. L’organisation déplore également le manque de communication claire de la part des autorités, estimant que cela alimente les inquiétudes et les rumeurs au sein de la population.

PARCEM recommande au gouvernement de renforcer sa capacité de réponse, de proposer des solutions rapides et durables, et surtout d’informer régulièrement les citoyens sur les mesures à adopter dans ce contexte difficile. Pour l’organisation, il ne s’agit pas d’une période de silence ou d’hésitation, mais d’un moment d’action décisive face à une situation exceptionnelle.

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