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Quand le quartz vert et l’améthyste s’envolent : des questions restent en suspens

Des tonnes de minerais de quartz vert et d’améthyste ont été exportées vers la Chine en ce début du mois d’octobre 2025. Cette exportation représente un motif d’espoir pour certains, mais ne suscite aucun enthousiasme chez d’autres, notamment l’organisation PARCEM. Celle-ci déplore un manque de vision stratégique dans le secteur minier qu’elle juge encore régi par une politique de tâtonnements.

L’exportation récente des minerais concerne six conteneurs contenant 156 tonnes d’améthyste et quatre conteneurs contenant 104 tonnes de quartz vert. (Photo : PAEEJ)

« Dix conteneurs représentant environ 260 tonnes de quartz vert et d’améthyste ont pris la route vers la Chine ce 7 octobre 2025 », peut-on lire sur le site web du Programme d’Autonomisation Economique et d’Emploi des Jeunes (PAEEJ).
Ce programme finance les travaux d’extraction de ces minerais dans cinq anciennes provinces, à savoir : Bubanza, Bururi, Karusi, Kirundo et Rutana.

Selon les informations publiées par ledit programme, c’est Evariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi qui a officiellement donné le coup d’envoi de l’exportation des premiers conteneurs. Il a souligné que cette richesse longtemps méconnue constitue désormais l’un des piliers sur lesquels le pays fonde ses espoirs pour éradiquer la pauvreté.

Il n’est pas le seul à s’en réjouir. Plusieurs internautes sur les réseaux sociaux saluent également cette exportation, y voyant un lien direct avec la baisse de la valeur du dollar sur le marché noir.
La valeur de la devise américaine qui dépassait les 7 250 FBu est descendue à environ 6 700 FBu au 15 octobre 2025.

Une lueur d’espoir contestée

Le 10 octobre 2025, l’organisation non gouvernementale Parole et Actions pour le Réveil des Consciences et l’Evolution des Mentalités (PARCEM) a publié une analyse critique sur l’état du secteur minier sur son compte X (anciennement Twitter).

Selon PARCEM, ce secteur stratégique est marqué par un manque de vision claire et une politique de tâtonnements, freinant son développement et son apport à l’économie nationale.

L’ONG illustre ses propos par plusieurs exemples concrets. En 2013, dans la province de Rutana, l’exploitation minière avait été officiellement lancée par feu le Président Pierre Nkurunziza. Cependant, cette initiative n’a produit aucun résultat tangible.

De même, les projets liés à l’exploitation des terres rares n’ont pas abouti. Un autre projet d’exploitation minière, porté par l’Alliance mondiale pour le sport sur le site de Waga, n’a jamais été mis en œuvre.

Plus récemment, PARCEM évoque le cas d’un opérateur économique étranger venu pour signer une convention avec le gouvernement. Ce partenariat devait permettre de débloquer 500 millions USD sur le compte de l’Etat en vue de lancer l’exploitation de certains minerais. Là encore, aucune suite concrète n’a été observée.

Enfin, l’organisation souligne que même les résultats liés à la découverte annoncée de mines prétendument cachées par le colonisateur à Murehe restent flous et mitigés, sans retombées claires à ce jour.

Des exploitations artisanales

PARCEM informe que cette politique de tâtonnements rend difficile pour le pays de tirer des recettes visibles du secteur minier. Selon cette ONG, les activités d’exploitation restent majoritairement artisanales et non conformes aux normes environnementales.

Elle signale en outre une tendance actuelle à privilégier les jeunes financés par le PAEEJ (Programme d’Autonomisation Economique et d’Emploi des Jeunes) dans le domaine de l’exploitation des minerais. Ce choix soulève plusieurs interrogations de la part de la PARCEM.

« Ces jeunes acteurs mis en avant dans ce secteur disposent-ils de l’expertise nécessaire pour commencer à exploiter ces minerais ? Qui exporte ces minerais ? Quelle est l’entité publique responsable de leur exploitation ? », s’interroge l’ONG local.

Pour celui-ci, ce qui importe dans le processus d’exportation, ce sont les recettes réellement générées. Et de s’inquiéter : « Est-ce que les revenus issus de ces exportations seront publiés de manière transparente ? Le montant total des ventes sera-t-il communiqué au public ? ».

PARCEM exprime par ailleurs son inquiétude quant à l’utilisation des recettes minières par la Banque centrale. Elle se demande si ces fonds seront orientés vers la résolution des problèmes urgents comme la rareté des produits de première nécessité, notamment le carburant.

Des éléments pour rendre le secteur minier efficace

PARCEM recommande l’élaboration d’un code minier complet, soulignant que le code actuellement en vigueur souffre de l’absence de certains textes d’application essentiels. Ce nouveau cadre juridique devrait guider l’ensemble de la politique minière du pays. L’ONG insiste également sur la nécessité d’adopter une stratégie minière nationale qui définit le contexte, identifie les défis majeurs du secteur et propose des solutions adaptées.

Par la suite, l’organisation appelle à l’actualisation de la carte minière, dans le but de mieux connaître la qualité, la quantité et la localisation des ressources minérales du sous-sol national.

PARCEM souligne aussi l’importance d’une coordination institutionnelle efficace, notamment entre le ministère en charge des mines, les organes de régulation, les services du cadastre minier, les laboratoires d’analyse, la Banque de la République du Burundi (BRB), les services douaniers et les autres parties prenantes. Elle met également en lumière la nécessité de garantir la transparence dans les contrats miniers et de réguler la concurrence entre les entreprises d’exploitation.

L’adhésion du pays à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) est, selon la PARCEM, une preuve de la volonté politique de s’inscrire dans un processus de transparence et de bonne gouvernance dans le secteur extractif avec l’appui d’une institution internationale reconnue.

L’organisation attire également l’attention sur plusieurs enjeux prioritaires dont la régulation environnementale afin de s’assurer du respect des normes en matière de protection de l’environnement ; la transparence dans la gestion des devises étrangères, notamment en assurant la traçabilité de ces ressources dans le budget de l’Etat et la lutte contre la corruption qui reste un défi majeur dans le secteur.

L’exportation récente des minerais concerne six conteneurs contenant 156 tonnes d’améthyste et quatre conteneurs contenant 104 tonnes de quartz vert.
L’améthyste est principalement utilisée en bijouterie (bagues, pendentifs, boucles d’oreilles, bracelets), mais également en décoration, en lithothérapie (pour ses vertus thérapeutiques supposées) et dans l’artisanat. Le quartz vert, quant à lui, est utilisé non seulement dans la fabrication des bijoux et d’objets décoratifs, mais aussi dans l’industrie du verre, les composants électroniques et les matériaux réfractaires.

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