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Quand les activités sportives redorent les sourires

Les personnes vivant avec une déficience intellectuelle sont souvent discriminées, cachées et rejetées par la société et leurs familles. Pourtant, lorsqu’elles sont bien encadrées, elles peuvent devenir une fierté pour leurs familles et pour toute une nation.  Annie Ciella Mizero en est une preuve vivante.

Annie Ciella Mizero « Lorsque j’ai commencé à voyager pour représenter le pays aux Jeux Mondiaux de Spécial Olympics, j’ai compris que je constitue plutôt une fierté ».

Annie Ciella Mizero, est une fille de 20 ans vivant avec une Infirmité Motrice Cérébrale (IMC). Lorsque nous l’avons rencontré, elle participait aux activités sportives organisées par Special Olympics Burundi. Mizero est originaire de la province de Makamba. Elle est en 8ème année à l’Institut Médico-Pédagogique (IMP) de Mutwenzi à Gitega. Elle est aînée dans une fratrie de 4 enfants.

Mizero raconte qu’avant de rejoindre l’IMP, elle se sentait isolée et discriminée, même par elle-même. Elle croyait être la seule au monde à avoir de tels problèmes et pensait être un fardeau pour ses parents. « Je n’arrêtais pas de pleurer », se souvient-elle. « Je croyais que j’étais une cause perdue et que j’étais simplement un fardeau pour mes parents. C’est d’ailleurs ce qu’essayait de me faire comprendre mon entourage », témoigne-t-elle.

De la méprisée à une fierté

Son intégration à l’IMP a marqué un tournant. Elle a découvert qu’elle n’était pas seule à vivre avec une déficience mentale. « Cela m’a permis de m’épanouir et de me reconnaître à ma juste valeur », témoigne-t-elle.

Sa participation aux Jeux Mondiaux de Special Olympics à Berlin (2023) et au football unifié à Ntungamo en Ouganda (2024) ont amplifié ce sentiment. « Lorsque j’ai commencé à voyager pour représenter le pays aux Jeux Mondiaux de Special Olympics,  j’ai compris que je constitue plutôt une fierté », dit-elle.

Mizero se prépare encore à représenter le Burundi aux Jeux Mondiaux de Special Olympics de Chili en 2027. Elle espère participer à encore plus de compétitions. Aujourd’hui, elle se sent plus à l’aise, capable et invincible.

Grâce à l’argent gagné lors de ses voyages, Mizero a lancé un projet d’élevage de moutons. Elle espère ainsi devenir financièrement autonome et préparer son avenir. Elle rêve également d’aider d’autres enfants vivant avec une déficience intellectuelle à sortir de l’ombre, à retrouver leur dignité et leur valeur et à les accompagner vers la réalisation de leurs rêves.

Face aux mépris de la société Burundaise

Les personnes vivant avec une déficience mentale sont souvent discriminées au sein de leurs ménages. Certains sont même rejetés par leurs familles. C’est le cas d’Odette Nshimirimana, jeune du Centre I Muhira de Maramvya vivant avec déficiente intellectuelle qui, elle aussi, participait à ces activités sportives.

Comme elle le raconte, elle a été maintes fois discriminée et rejetée par sa famille. « Personne ne voulait me voir chez eux. Ils me le disaient ouvertement. Ils me méprisaient. Cela ne faisait qu’empirer mon état mental », dit-elle. Lorsqu’elle a intégré le centre encadrant de telles personnes, elle a compris qu’elle avait de la valeur. « J’ai remarqué que mes problèmes étaient moindres comparativement à ceux des autres fréquentant le même centre. J’ai même commencé à aider ceux ayant des incapacités plus graves que les miennes », explique-t-elle.

Nshimirimana n’est pas la seule à subir cette discrimination

Télésphore Ndayishimiye est coach des athlètes vivant avec une déficience intellectuelle de la province de Gitega (Sous-programme) depuis près de quatre. Il constate que certains parents commencent à comprendre qu’un enfant vivant avec une déficience mentale est un enfant comme les autres. Néanmoins, il souligne qu’il reste encore du travail à faire, car certains parents cachent encore leurs enfants atteints de déficience mentale.

Les jeux du mouvement Special Olympics, un secteur à soutenir

Selon Théon Tuyisabe, Vice-Président de Special Olympics Burundi, des activités sportives sont organisées pour permettre aux personnes vivant avec une déficience intellectuelle de se sentir à l’aise dans leur société.

Parmi ces activités, il note le sport unifié, qui permet aux athlètes vivant avec une déficience intellectuelle de jouer avec leurs pairs non handicapés. Cela impacte positivement tant leur santé physique que mentale. Il appelle les parents ayant des enfants pareils à leur donner la chance de jouir de leurs droits aux jeux. Il se réjouit des progrès déjà réalisés et appelle chacun à soutenir ce domaine.

Signalons que les athlètes burundais vivant avec une déficience intellectuelle ont déjà participé aux Jeux Mondiaux d’Abou Dhabi en 2019, aux jeux panafricains du Caire/Egypte en 2020 et aux jeux Mondiaux de Berlin en 2023.  A chaque fois, les participants burundais ont maintes fois rapporté des médailles, une fierté pour eux, mais aussi pour le pays.

Néanmoins, certains défis persistent, notamment le manque de terrains adaptés pour permettre aux participants de se préparer pour diverses disciplines. Cela limite la représentation du Burundi à seulement pu de disciplines.

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