Face à la crise de pénurie de carburant, de nouvelles alternatives ont vu le jour à Bujumbura. Parmi elles figure le transport « changachanga », une solution coûteuse, mais salvatrice pour les passagers. Du côté des transporteurs officiels, on dénonce une concurrence déloyale qui ne verse aucun sou au Trésor public et qu’il faudrait bannir. Pourtant, seule une solution durable à l’approvisionnement en carburant apporterait une réponse adéquate à ce problème.
Face à la crise de pénurie de carburant, de nouvelles alternatives ont vu le jour à Bujumbura.
Depuis près d’une décennie, le Burundi traverse une crise récurrente de carburant qui handicape de nombreux secteurs au premier rang desquels le transport urbain et interurbain. Les bus se font rares aussi bien dans les quartiers que dans les parkings du centre-ville. Pour continuer à travailler, les citadins s’adaptent : les habitants des quartiers proches comme Bwiza, Jabe, Nyakabiga ou Musaga effectuent leurs trajets à pied, imités par ceux des zones plus éloignées par manque d’alternative. Dans plusieurs localités, de longues files d’attente se forment dès le bon matin attendant sans certitude les rares bus ayant pu s’approvisionner en carburant.
Face à ce calvaire, les chauffeurs de taxi officiels ont ajusté leur stratégie. Plutôt que de prendre un client unique, ils regroupent désormais quatre à six passagers sur un même itinéraire pour partager les frais. Ainsi, pour un trajet entre le centre-ville et Kanyosha, le coût oscille entre 4 000 et 7 000 FBu par personne, tandis qu’il varie entre 3 000 et 5 000 FBu pour Musaga, les tarifs grimpant selon la distance et la rareté de l’essence.
Et puis changachanga arriva
Cette organisation a apporté un léger soulagement sans régler le fond du problème. C’est dans ce contexte que des propriétaires de véhicules particuliers ont investi ce marché en reproduisant la méthode des taxis. Si l’initiative ravit les usagers dont le seul souci est de pouvoir se déplacer, elle exaspère les chauffeurs professionnels. Ces derniers dénoncent une concurrence déloyale liée aux prix plus bas pratiqués par ces particuliers. Comme l’explique le taximan Emile Nshimirimana, ces conducteurs occasionnels n’assument que la dépense du carburant alors que les professionnels supportent des charges administratives qu’ils doivent répercuter sur leurs tarifs. Ce qui incite malheureusement la clientèle à se tourner vers les particuliers.
Lors d’une conférence de presse, Etienne Citegetse, commandant de la PSR s’est montré très ferme face aux propriétaires de véhicules immatriculés dans la catégorie « affaire et promenade » utilisés pour le transport payant. Il a rappelé que cette activité informelle s’est développée sans autorisation depuis le début de la crise de pénurie du carburant et a invité toute personne souhaitant exercer ce métier à régulariser sa situation auprès des autorités compétentes sous peine de sanctions.
Au-delà des pertes fiscales pour l’Etat, le responsable de la PSR a souligné le désordre causé par ces chauffeurs dans les parkings. Cette intervention suscite toutefois des avis partagés. Si Nshimirimana juge la mesure légitime, il doute de son application effective au regard des tentatives passées neutralisées par la réalité du terrain. De son côté, Jeanne Niyukuri, usagère régulière des changachanga, estime que les autorités devraient laisser les citoyens se débrouiller ou autoriser le retour des motos et des tricycles au centre-ville tant qu’une solution définitive à la pénurie du carburant n’aura pas été trouvée, estimant qu’interdire ce transport nuit avant tout à la population modeste.
Rappelons que pour passer officiellement de la catégorie « affaire et promenade » au transport rémunéré, un propriétaire doit entreprendre plusieurs démarches. Entre autres, il lui faut mettre à jour son NIF auprès de l’OBR pour y déclarer l’activité de transporteur et renégocier son contrat d’assurance pour une couverture dédiée au transport de personnes, dont la prime s’avère nettement plus élevée en raison des risques accrus.