Les personnes âgées vivent dans une extrême précarité. Elles ont des difficultés pour accéder aux soins de santé suite au manque de moyens financiers et aux structures de soins situées loin de leurs domiciles. Elles sont devenues la proie facile de pas mal de pathologies. Ce sont entre autres les troubles visuels et auditifs. Elles sont confrontées aux problèmes de mobilité, d’équilibre, de mémoire, etc. 80% des personnes âgées affirment qu’elles n’arrivent plus à couvrir leurs besoins élémentaires, c’est-à-dire l’alimentation, le logement, l’habillement et les soins de santé. Les détails dans ce numéro
Mercredi le 26 août 2020, le ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida a organisé un atelier de sensibilisation sur les Maladies chroniques Non Transmissibles (MNT). A cette occasion, Dr Gilbert Batungwanayo, consultant indépendant a présenté les résultats d’une étude sur la situation sanitaire et du bien-être des personnes âgées au Burundi. Cette étude a été effectuée de novembre à décembre 2019 dans huit provinces dont Bujumbura, Bujumbura-Mairie, Rutana, Mwaro, Bururi, Muramvya, Cibitoke et Gitega. Dans cette étude, 853 personnes âgées dont 473 femmes et 380 hommes ont été interviewées pour se rendre compte de leur mode de vie.
Dr Gilbert Batungwanayo, consultant indépendant : «La plupart des personnes âgées vivent une situation dramatique».
Quelques résultats frappants de l’étude
On trouve que la plupart des personnes âgées vivent une situation dramatique, signale Dr Batungwanayo. Elles sont la proie facile de beaucoup de pathologies, les unes liées à la vieillesse et d’autres qu’on trouve chez les personnes d’autres tranches d’âge. La pathologie la plus fréquente est le trouble visuel. 73% des personnes âgées souffrent de troubles de la vision lorsque 40% souffrent de troubles de l’audition. Par contre, seulement 19% ont des lunettes correctrices quand 2,8% ont des appareils qui facilitent l’audition. De plus, elles souffrent des maladies cardiovasculaires comme l’hypertension artérielle, le diabète, l’arthrite (troubles des membres inferieurs), les crises cardiaques, l’asthme, etc. De surcroît, elles ont des problèmes liés à la mobilité. Plus de 58% ne peuvent pas se déplacer jusqu’à 1 km. Elles ont aussi des difficultés d’équilibre. 64% ont tendance à tomber par terre quand elles tentent de se déplacer. Et d’ajouter les problèmes liés à la mémoire. Certaines oublient même là où elles habitent. 8% ont une tendance à la dépression. Elles souffrent également de troubles émotionnels liés à l’isolement social, à la solitude, aux maltraitances de toutes sortes qui arrivent même aux crimes. Pire encore, plus de 80% ont du mal à accéder aux services de soins de santé du fait qu’elles sont à court d’argent et habitent loin des structures de soins. 80% des personnes âgées affirment qu’elles n’arrivent plus à couvrir les besoins élémentaires, c’est-à-dire l’alimentation, le logement, l’habillement et les soins de santé.
La gratuité des soins pour toutes les personnes âgées, une nécessité
De manière générale, Dr Batungwanayo indique que c’est bien que le gouvernement soit entrain de fournir des efforts pour inverser la tendance en améliorant les conditions de vie des retraités. Néanmoins, son souhait serait de le faire pour toutes les personnes âgées, car elles ont contribué d’une manière ou d’une autre au développement du pays. Elles ont payé les taxes et les impôts. Selon Dr Batungwanayo, toutes les personnes âgées devraient être soignées gratuitement. Elles ont aussi besoin d’autres appuis pour vieillir en bonne santé. A titre d’exemple, les regrouper en associations, leur permettre d’accéder aux crédits sociaux afin d’initier des activités génératrices de revenus est une nécessité pour les aider à se maintenir en vie, car perdre une personne âgée c’est comme perdre une bibliothèque.
Quelques pistes pour réussir la politique du vieillissement en bonne santé
Pour aboutir à une bonne couverture sanitaire des personnes âgées, Dr Batungwanayo fait savoir que la mise en place d’une stratégie nationale spécifique pour ces derniers est une nécessité. Nonobstant, cela ne suffit pas. On a aussi besoin d’organiser des formations à l’endroit des prestataires de soins qui s’occupent des personnes âgées. Les structures de soins devraient être bien équipées pour la réussite de la prise en charge de toutes les pathologies qui les guettent. Un autre élément dont les personnes âgées devraient tenir compte pour parvenir au vieillissement en bonne santé est le sport, révèle Dr Batungwanayo. Il les invite à toujours pratiquer des activités sportives. Cependant, le défi majeur est que le terrain n’est pas propice à tout le monde, surtout pour les personnes âgées habitant la capitale économique, là où les routes sont exigües, où le vrombissement des véhicules casse les tympans et où tout le monde est plongé dans le noir pendant la nuit. Elles sont aussi invitées à se doter d’une alimentation spéciale, constituée de légumes et de fruits. Du fait que parmi les personnes âgées interviewées lors de l’étude, 6% étaient des retraités, allonger l’âge de la retraite fait aussi partie des pistes de solution pour aboutir au vieillissement en bonne santé. Cette situation va aussi alléger les dépenses de l’INSS, de l’ONPR et de la mutuelle de la fonction publique. Ceux qui partent en retraite sont nombreux. Ce qui fait que les charges des institutions de sécurité sociale deviennent supérieures aux produits. Il propose de revoir la politique de cotisation dans les institutions de sécurité sociale.
Dr Batungwanayo signale que cette étude qui est la première au Burundi a été commanditée car, dans le rapport du directeur général de l’OMS présenté lors de la 69ème assemblée générale de l’OMS en 2016, on a éveillé la conscience du monde entier sur la transition démographique vers le vieillissement de la population. On a précisé qu’entre 2015 et 2020, la population âgée de 60 ans et plus est en train de dépasser celle des enfants de moins de 5 ans. Ce qui fait qu’avec l’allongement de la durée de vie, les personnes âgées vont devenir nombreuses à travers le monde entier. Selon ce rapport, cette population va doubler en passant de 11% à 22% de la population mondiale à l’horizon 2030. Pour cette raison, on a encouragé les Etats à prendre en compte cette catégorie de personnes dans leurs plans de développement. On leur demande d’élaborer des stratégies de vieillissement en bonne santé. C’est pour cette raison que le Burundi s’inscrit dans cette dynamique. Mais, bien avant cela, Dr Batungwanayo affirme que le Burundi a déjà pris en compte les questions des personnes âgées. Dans certains documents comme le plan de développement sanitaire 2019-2023, le plan stratégique du Programme National Intégré de Lutte contre les Maladies chroniques Non Transmissibles, on donne la priorité à cette catégorie. On montre qu’elles sont vulnérables vis-à-vis de la nutrition, des MNT et des maladies liées à la vieillesse.