L’insécurité régnant dans la République Démocratique du Congo (RDC) constitue un défi majeur pour le commerce transfrontalier du côté burundais. Les commerçants œuvrant près de la frontière burundo-congolaise parlent d’un commerce florissant et rentable, mais qui n’est possible que lorsqu’il y a une situation sécuritaire stable dans les deux pays.
Au 4ème trimestre de 2023, plus de 89 % des exportations du Burundi vers les pays de l’Afrique centrale étaient destinées à la RDC.
« Quand la maison du voisin brûle, la tienne est en danger », dit un proverbe africain. Sur la Route Nationale numéro 4 communément appelée kurya Gatumba, avant de franchir la frontière burundo-congolaise, le commerce y est florissant. Des deux côtés de cette route, des bouteilles d’eau minérale et celles de différentes sortes de jus sont superposées les unes sur les autres, les sacs de farine de maïs made in Burundi, y sont entassés en abondance, etc.
Les produits vendus dans cette localité sont peu diversifiés et ce n’est pas pour rien. Comme le racontent la plupart de nos interlocuteurs, le commerce sur ce tronçon serait presqu’ inexistant sans le flux de Congolais qui entrent et sortent du Burundi en passant par cette frontière. Claudine Uwimana est l’une d’entre eux. Comme ses voisins, elle vend les articles les plus sollicités par les Congolais. Elle explique que les produits qu’ils vendent le plus aux Congolais sont entre autres: l’eau minérale, les jus, la farine de maïs communément appelée isembe, le haricot, etc.
Un commerce qui nourrit plus d’un
Uwimana parle d’un commerce rentable et qui fait vivre plus d’une famille dans cette localité. Lorsqu’on l’a rencontrée, c’était vers midi, elle disait qu’elle avait déjà vendu une centaine de kilos de farine de maïs isembe et plusieurs bouteilles d’eau minérale et de jus. Ce commerce qu’elle exerce depuis bientôt 5 ans lui permet de nourrir sa famille. « Sans ce commerce, nous ne serions pas nous-mêmes », dit-elle. Néanmoins, selon toujours elle, ce commerce dépend fortement de la situation sécuritaire qui prévaut en RDC. Elle précise que ces produits entrent en RDC en grandes quantités en période de stabilité sécuritaire. Mais en cas d’insécurité en RDC, surtout à Uvira, elle raconte qu’ils ne gagnent presque rien. « En cas de fortes tensions en RDC, surtout à Uvira, on ne tarde pas à le remarquer ici. Il n’y a pas de mouvement comme d’habitude. Ce qui fait que la plupart d’entre nous rentrent bredouilles », dit-elle. Elle prie pour la paix règne au Congo, car sa situation économique en dépend.
Cassien Manirakiza est un quinquagénaire rencontré à la frontière burundo-congolaise. Il fait le commerce transfrontalier des légumes comme l’amarante (Ilengalenga) et Umusoma du Burundi vers la République Démocratique du Congo. Lorsque nous l’avons rencontré non loin de la frontière séparant les deux pays, il était en train d’apprêter les amarantes qu’il voulait aller vendre en RDC. Depuis 2020, lui et sa famille ne vivent que de ce commerce. « Nous avons choisi d’aller vendre au Congo parce que là-bas les légumes se vendent plus chers qu’ici. En plus, les Congolais nous paient en francs congolais. Comme cela, on peut facilement gagner le double en convertissant les francs congolais en FBu. Tu comprends donc qu’il ne serait pas rentable de vendre ces légumes ici au Burundi », dit-il. Il ajoute que ce commerce lui permet de subvenir aux besoins de sa famille. « Grâce à ce commerce, je parviens à payer un loyer de 150 000 FBu et à nourrir ma famille », dit fièrement ce papa de 5 enfants. Lui aussi affirme que ce commerce n’est possible qu’en cas de situation sécuritaire stable dans les deux pays. Sinon il ne gagne rien, surtout qu’il n’a aucun autre emploi.
Signalons que la RDC constitue un grand marché d’écoulement pour les produits burundais. Selon les statistiques de l’Office Burundais des Recettes (OBR), au 4ème trimestre de 2023, plus de 89 % des exportations du Burundi vers les pays de l’Afrique centrale étaient destinées à la RDC.