La ville de Bujumbura est un grand marché pour les agriculteurs vivant dans les zones qui lui sont limitrophes. Cette ville qui s’étend dans la plaine de l’Imbo est une véritable machine de consommation qui booste le commerce sur toutes ses facettes. Certaines gens vivent du transport des marchandises à vélo vers Bujumbura, un métier parfois dangereux. Burundi Eco a rencontré un de ces dealers de transport à vélo
Nous sommes aux environs de 7 h du matin. Comme à l’accoutumée dans la ville de Bujumbura, la journée s’annonce ensoleillée. Nous arrivons à la quatorzième avenue, de la zone de Kamenge, juste au niveau de la RN1. A cette heure de la journée, la circulation est trop fluide dans cette rue servant de portail d’entrée et de sortie pour les gens provenant de certaines provinces du Nord du pays et des zones périphériques de la capitale. Les élèves en uniformes de couleurs majoritairement blanche et noire sont les plus nombreux dans la rue. De temps en temps, ces audacieux cyclistes arrivent à grande vitesse avec pour destination les bas-fonds des quartiers. Chacun d’eux a sa destination et ses clients.
Ces audacieux cyclistes qui entrent chaque matin dans la ville de Bujumbura sont exposés aux risques d’accidents
Certains de ces « cascadeurs » qui ne semblent pas inquiétés par les risques d’accident de circulation arrivent très tôt le matin. Nous décidons d’arrêter un d’eux transportant un gros tas de régimes de bananes sur son vélo pour échanger sur la nature de leur métier. Curieusement, ce dealer croit à une offre d’un nouveau marché.
Portrait d’un travailleur téméraire
Un instant après, nous nous retrouvons devant un homme court de taille et de santé visiblement fragile, dont le visage reflète la joie de vivre dénommé Mathieu Ndimubandi. Il est natif de Mageyo, une zone de la commune Isale en province de Bujumbura Rural. Marié et père d’une famille nombreuse (six enfants), cet homme misérable s’adonne depuis sa jeunesse au métier de transporteur de régimes de bananes à vélo bananes vers Bujumbura. Et, d’ailleurs, il s’agit d’un métier hérité de son père. Selon ce fils d’un ancien transporteur de bananes à vélo, ce métier a été longtemps exercé par les gens de sa localité qui se rendaient en ville à pied transportant des marchandises avant que le vélo ne vienne au secours de ces affairistes. « J’ai exercé ce métier depuis mon très jeune âge. J’ai déjà 17 ans d’expérience », indique-t-il. Ndimubandi descend sur Bujumbura vendre ses marchandises deux fois par semaine, soit le lundi et le mercredi.
Ndimubandi ne gagne pas énormément d’argent. Pourtant, son métier lui a permis d’envoyer ses enfants à l’école. Nous avons voulu savoir comment il apprécie son métier, sa réponse fait penser à un travail exigeant. Celui qui l’exerce se doit d’être plus tenace et courageux. «C’est une sorte de vocation. Il y en a qui se lancent dans cette activité et qui abandonnent un peu plus tard», explique-t-il. Pour gagner entre cinq et sept mille FBu, il se lève très tôt le matin à 4h pour atteindre la RN1 aux environs de 5h du matin.
En tout cas, il faut surmonter la peur pour faire le trajet reliant Mageyo à la ville de Bujumbura à la manière de ces professionnels incrédules. Ce sont de véritables casse-cous. Alors que le fait que la route compte de nombreux virages constitue déjà une forte raison de tirer une attention particulière, ces derniers ont pris l’habitude de lever une de leurs jambes au-dessus du cadre de leur vélo en pleine descente. Mathieu Ndimubandi, un de ces professionnels incrédules explique : « Il faut libérer l’une des jambes pour pouvoir sauter facilement en cas d’accident ». Il affirme pourtant que leur métier est très risqué quand bien même il ne peut pas abandonner. « Il y a plusieurs personnes exerçant ce métier qui sont mortes. D’autres sont devenus infirmes à cause des accidents de la route », explique-t-il.
Ces transporteurs qui arrivent dans la ville de Bujumbura aux environs de 7 h du matin se dispersent dans différents quartiers avant de rebrousser chemin dans l’après-midi. La destination de Ndimubandi est le marché de Ngagara. Selon ses dires, ils prennent le temps de remonter la pente lentement. Certains choisissent de payer les chauffeurs de gros camions qui les font monter à bord tandis que d’autres peuvent s’accrocher sur l’arrière des camions avec ou sans consentement du conducteur. Ce qui peut provoquer de graves accidents.