Le ministère en charge de l’éducation continue d’autres à reformer le secteur éducatif en procédant au réaménagement des programmes dans l’enseignement fondamental, post fondamental et technique. L’objectif est d’atteindre la spécialisation dans les sections scientifique et littéraire. Adieu désormais les cours littéraires dans la section scientifique et les cours scientifiques dans la section des lettres. Le SEPEDUC fait savoir que ce réaménagement des programmes risque de mettre de l’huile sur le feu. Les détails dans ce numéro
Dans une réunion organisée mardi le 2 juin 2020 par la direction du Bureau d’Etudes et des Curricula de l’Enseignement Post Fondamental Général et Pédagogique, on a précisé que le ministère de l’Education, de la Formation Technique et Professionnelle demande aux bureaux pédagogiques de redéfinir et de réaménager les programmes. L’objectif de ces réformes est de privilégier la spécialisation. Chaque section aura ses cours d’option. Il n’y aura plus de cours supplémentaires ni d’année commune comme c’était auparavant. Aucune section ou option ne dépassera 8 disciplines ou cours. A titre illustratif, la section scientifique aura trois options chacune indépendante. Ce sont entre autres les options Maths-Physique-Technologie, Maths-Stat et Biologie-Chimie et Sciences de la Terre.
André Nduwimana, doyen de l’Institut de Pédagogie Appliquée à l’Université du Burundi : «L’éducation ne devrait pas être seulement une affaire du ministère. S’il faut réformer ce secteur, l’implication de toutes les parties prenantes s’avère une nécessité».
Sauf les cours d’Entrepreneuriat et de Formation Patriotique et Humaine (FPH) qui sont transversaux à toutes les sections, chaque option ou section aura ses propres cours. L’option Mathématiques-physique aura six cours notamment les mathématiques, la physique, le dessin scientifique, l’informatique, l’entrepreneuriat et la FPH. Dans l’option Mathématiques- Statistique, il y aura six cours. Il s’agit des mathématiques, de la statistique, de l’informatique et des probabilités. Et d’y ajouter l’Entrepreneuriat et la FPH. Dans l’option de Bio -chimie et sciences de la terre, les cours retenus sont à huit, à savoir : la biologie, la chimie, les Mathématiques, la Physique et les TIC (en plus de l’Entrepreneuriat et de la FPH). Dans cette section, il y aura plus de cours littéraires comme le Français, l’Anglais, le Kirundi et le Kiswahili. Ces cours ajoutés aux TIC seront appris dans la section des lettres.
Un élève de la 9ème année est capable de s’exprimer dans n’importe quelle langue, vrai ou faux ?
La recommandation de la commission d’experts du ministère de l’Education envisage la subdivision du domaine des sciences et technologie en deux sous –domaines, à savoir : celui de Physique –Technologie et de Biologie-chimie. Le domaine des langues comprendra trois sous domaines notamment celui de Français, d’Anglais et de Kirundi-Kiswahili. Ainsi les programmes du cycle 4ème fondamental, c’est-à-dire 7è, 8è et 9è, du post fondamental et de l’enseignement technique vont être réaménagés. La commission d’experts considère qu’un élève ayant atteint le niveau de la 9ème année sera capable de s’exprimer dans n’importe quelle langue.
SEPEDUC, pas un béni-oui-oui
Selon Gérard Niyongabo, président du Syndicat des Enseignants et Professionnels de l’Education (SEPEDUC), le système éducatif burundais a connu des réformes répétitives au niveau des programmes d’enseignement. Ces derniers jours, il affirme que Madame le Directeur Général des Bureaux Pédagogiques a annoncé les nouvelles prévisions de réformes parmi lesquelles, les langues ne seront enseignées que dans les sections des langues. D’après le ministère en charge de l’éducation, l’enfant qui termine l’école fondamentale est capable de parler et de comprendre le Français et l’Anglais. Néanmoins, ce syndicaliste n’est pas un béni-oui-oui. Il précise que la réalité sur terrain est toute autre. Les élèves du post fondamental ont d’énormes problèmes de compréhension. L’enseignement des quatre langues a réduit considérablement le volume horaire qui était prévu pour le français. Niyongabo s’inquiète du fait que cette langue d’enseignement et d’administration semble être reléguée à l’arrière-plan. L’enfant qui termine le post fondamental ne maîtrise ni le français, ni l’anglais qui sont les principales langues d’enseignement et de recherche. Il précise que la suppression des langues dans les sections des sciences, sciences sociales et humaines va entraver la qualité des apprentissages. Il fallait plutôt définir et privilégier une langue d’enseignement et l’étendre sur toutes les sections. Et d’ajouter qu’il faudra aussi tenir compte de la complémentarité des disciplines pendant le réaménagement des programmes.
André Nduwimana, doyen de l’Institut de Pédagogie Appliquée à l’Université du Burundi n’y va pas par quatre chemins. Cet expert en éducation est contre cette réforme. Il la qualifie de tragédie. Au moment où la plupart des élèves ne maîtrisent aucune langue, que ce soit le Français, l’Anglais et le Kiswahili, il se demande quelle langue on veut promouvoir. Selon lui, la maîtrise des langues n’est pas seulement l’apanage des littéraires. Même les élèves des autres sections ont besoin de connaître les langues. Et de se questionner si on veut former une génération incapable de mener des compétitions avec les élèves des autres pays. L’éducation ne devrait pas être seulement une affaire du ministère. S’il faut réformer ce secteur, Nduwimana fait remarquer que l’implication de toutes les parties prenantes s’avère une nécessité.
Signalons qu’on compte utiliser les programmes réaménagés depuis le premier trimestre de l’année scolaire 2020-2021.