Le gouvernement prévoit de recruter 5 000 enseignants au cours de l’année scolaire 2026-2027 pour un budget de 17 785 714 286 FBu, selon les décisions du Conseil des ministres du 12 août 2026. Cette annonce constitue certes une réponse aux difficultés du système éducatif, mais elle soulève une question essentielle : est-ce suffisant face à l’ampleur des besoins ?
Mélance Maniragaba, rédacteur en chef.
A l’échelle nationale, les besoins exprimés s’élèvent à 14 330 enseignants. Le recrutement annoncé ne permettra donc de couvrir qu’une partie de ce déficit. Autrement dit, même après le recrutement de ces 5 000 nouveaux enseignants, le pays pourrait encore compter 9 330 enseignants manquants si les besoins restent inchangés.
Mais le problème ne se résume pas au nombre de postes à pourvoir. Il concerne également l’attractivité du métier d’enseignant. Recruter de nouveaux enseignants est indispensable. Toutefois, il faut également veiller à ce que ceux qui exercent déjà ce métier puissent y rester dans des conditions dignes. Lorsque des enseignants quittent leur profession ou cherchent à émigrer vers d’autres secteurs et d’autres pays à la recherche de meilleures conditions de vie, c’est un signe que les pouvoirs publics ne devraient pas négliger.
Un système éducatif de qualité ne peut pas +reposer uniquement sur la multiplication des recrutements. Il faut attirer, mais surtout retenir les enseignants. Et pour cela, la question salariale est incontournable. Un enseignant qui doit faire face aux charges quotidiennes avec un revenu insuffisant peut difficilement exercer son métier dans les meilleures conditions, aussi engagé soit-il.
Le Burundi a donc besoin d’une véritable politique de valorisation de la profession enseignante, soit par des salaires plus motivants, de meilleures conditions de travail afin de joindre les deux bouts du mois sans souci, de faire soigner la famille et d’envoyer les enfants à l’école, d’avoir une reconnaissance accrue du rôle de l’enseignant dans la société…
Les 5 000 recrutements annoncés sont un pas dans la bonne direction. Malgré cela, ils ne doivent pas donner l’impression que le problème est réglé. Sur 14 330 enseignants nécessaires, en recruter 5 000 ne suffit pas. Et si, parallèlement, certains enseignants déjà en fonction continuent à quitter le métier faute de perspectives ou de rémunération suffisante, le déficit risque de se renouveler.
L’éducation est un investissement de long terme. Pour détruire une nation, il suffit de détruire son système éducatif. Les salles de classe, les programmes et les infrastructures sont importants, mais sans enseignants en nombre suffisant, motivés et correctement rémunérés, aucune réforme éducative ne peut produire pleinement ses effets.
Il est donc temps de dépasser la logique du simple recrutement et de poser une question plus fondamentale : quelle place le pays veut-il réellement accorder à ceux qui forment les générations futures ?