Une année après la prise de la mesure de réduction des taux d’intérêts par la Banque centrale dans les secteurs porteurs de croissance, les banques commerciales sont toujours réticentes à appliquer cette mesure. Un économiste estime cela une bonne chose et propose des études pour que ce projet soit bénéfique à tous les acteurs
Selon Bellarmin Bacinoni, chargé de la communication à la Banque de la République du Burundi (BRB), au 1er octobre 2019 la BRB avait annoncé au public des mesures de politique monétaire. Ces mesures avaient pour objectif de soutenir le financement des secteurs identifiés comme porteurs de croissance.
Bellarmin Bacinoni, chargé de la communication à la BRB : « Une année après la prise de la mesure de financer les secteurs porteur de croissance, seuls quelques établissements de crédit ont déjà financé des projets dans ce cadre à hauteur d’environ 15 milliards de FBu ».
« Les secteurs concernés étaient les secteurs agro-pastoral et de l’industrie. En octobre dernier, la Banque centrale a ajouté à ces secteurs l’infrastructure, le tourisme et l’hôtellerie ainsi que les logements sociaux », rappelle-t-il.
Cependant, déplore M.Bacinoni, une année après, seuls quelques établissements de crédit ont déjà financé des projets dans ce cadre à hauteur d’environ 15 milliards de FBu.
Et de renchérir : « C’est ainsi que la BRB a rencontré les dirigeants des établissements de crédit pour échanger sur les défis auxquels ils font face leur empêchant de financer massivement ces projets ».
D’après les banquiers, continue-t-il, le public ignore encore l’existence de cette facilité pour en profiter.
Pour d’autres, le manque de fonds de garantie des investissements ainsi que l’assurance des projets des secteurs identifiés les rend réticents à les financer.
« Ils se sont convenus de se revoir souvent pour échanger sur la mise en œuvre de ces mesures », informe M.Bellarmin avant d’annoncer que dans les prochaines semaines, ils vont se revoir.
Pour lui donc, ces mesures visent à aider le pays à dépenser moins de devises pour importer, mais aussi à doter le pays d’autres possibilités d’exporter et acquérir plus de devises.
A quel pourcentage ces taux sont-ils réduits ?
M. Bacinoni notifie que grâce aux mesures de refinancement prises par la Banque Centrale, les personnes ayant des projets relatifs à cinq secteurs identifiés comme prioritaires pour le Burundi (agro-pastoral, l’industrie, l’infrastructure, les logements sociaux, le tourisme et l’hôtellerie) peuvent bénéficier des financements auprès des banques commerciales et institutions de microfinance.
« Les taux oscillent entre 2 et 7% pour les clients des Banques commerciale et entre 3 et 9% pour les clients des institutions de microfinance », avise-t-il.
Les projets financés doivent mettre un accent particulier sur le développement des chaînes de valeur, la promotion des exportations ou la substitution aux importations.
Des projets bénéfiques nécessitant un accompagnement
L’économiste Prosper Niyoboke confirme que ces projets entre la Banque centrale et les banques commerciales viseraient à booster le secteur productif.
« Ils ont été initiés dans le cadre d’accompagner les mesures stratégiques du gouvernement », indique-t-il avant de signaler que la question se pose au niveau de la faisabilité.
Cependant, M.Niyoboke précise que les banques avaient des taux qu’elles appliquaient à ces secteurs par rapport à ceux qui cherchaient des financements.
Prosper Niyoboke, économiste : « Quand il y a l’image commerciale, c’est normal que la visée n’est pas sociale, mais plutôt du profit. Ce n’est pas donc facile que ces banques puissent décider de revoir à la baisse ce taux sans qu’elles aient accès aux fonds de garantie ».
« Le taux qui était jusque-là appliqué par les banques commerciales était un taux qui avait été réfléchi sur plusieurs paramètres concernant en l’occurrence la configuration systémique des banques », dit-il.
Lorsqu’on parle du taux d’intérêt, explique M.Niyoboke, la rémunération du principe aux demandeurs de crédits tient compte de la stabilité, de la bancabilité du projet soumis. On tient compte également des risques inhérents aux crédits ; donc à la sensibilité des secteurs à financer.
« Ce qui fait que le taux appliqué aux débiteurs au niveau des demandeurs de crédits est un taux qui tient compte la surveillance des risques, la rémunération des facteurs utilisés par les banques (unités de transformation de valeurs en valeurs) », précise-t-il.
D’après M.Niyoboke, les banques sont des établissements qui investissent les consciences. La plupart des gens y font des placements. C’est cet argent qui va être transformé pour être donné aux autres demandeurs de crédits.
Et d’éclairer : « Donc, ces banques sont des gens qui investissent la conscience en eux. Autrement dit, la vitesse de l’argent utilisé, la transformation et les taux qui sont appliqués par l’autorité suprême sont l’indicateur principal des taux de ces autres banques qui vont devoir être appliqués sur le marché. Ce qui orienterait même la parité de la monnaie locale comparée à la monnaie étrangère ».
Ces aspects ne vont pas directement apparaître, avise M.Niyoboke.
Pour l’économiste, ces banques ne sont pas des associations sans but lucratif. « Quand il y a l’image commerciale, c’est normal que la visée n’est pas sociale, mais plutôt du profit. Ce n’est pas donc facile que ces banques puissent décider de revoir à la baisse ce taux sans qu’elles aient accès aux fonds de garantie », explicite-t-il.
Là aussi il faut voir les marges de profit, poursuit M.Niyoboke. C’est en termes de projets que cela doit être négocié, discuté avec ces banques. Cela pour montrer ce qu’elles doivent récupérer à leur tour.
Normalement, fait remarquer l’économiste, les banques accompagnent le gouvernement dans sa dynamique de relance de l’économie. Cela à travers les secteurs porteurs de croissance. « C’est avec d’autres mesures d’allègements fiscaux qui pourront accompagner le secteur bancaire afin qu’il s’imbibe du devoir d’accompagner les initiatives du gouvernement », martèle-t-il.
Les secteurs porteurs de croissance concernés par la mesure de la réduction des taux d’intérêt sont : les secteurs agro-pastoral et de l’industrie, l’infrastructure, le tourisme et l’hôtellerie ainsi que les logements sociaux.
Le taux appliqué par exemple à 8% est bénéfique et salutaire pour les entreprises comme le stipule M.Niyoboke. Ce qui permettra d’être compétitif et permettra à l’économie de décoller.
Il restera à voir si ces banques ne pourront pas être pénalisées par ces changements. Ainsi, insiste-t-il, les banques sont habituées à un taux d’intérêt élevé au-delà de 17%. Si elles arrivent à revoir la baisse jusqu’à 8 % du taux qui rémunérait les crédits qui avaient été donnés aux différents acteurs, sûrement qu’il y aura un impact sur les banques. « C’est à ce niveau qu’on apprécierait la santé financière (économique) des banques », se demande M.Niyoboke.
A partir d’une simple arithmétique, l’économiste fait savoir que les acteurs des secteurs concernés qui demanderaient des crédits seront avantagés. Toutefois, si on démultiplie avec la réduction de la variation, on prend par exemple le taux de 18% qui était appliquée. On retranche 8%. Il reste 10% fois les montants contractés en termes de crédits contractés auprès de ces banques. Les encours crédits fois le taux de 10% donneraient le manque à gagner des banques qui nécessiteraient d’être compensées par le gouvernement via les fonds de garantie.
Tout un processus
C’est donc un processus, estime M.Niyoboke, toute une configuration qui nécessite des études approfondies. Cela pour essayer de dégager les pertes infligées à ces banques. C’est enfin une bonne chose, des décisions hypersensibles à discuter avec les banques pour ne pas les forcer à revoir à la baisse les taux sans qu’ils aient le temps de pouvoir réfléchir aux possibilités de poursuivre leurs activités quotidiennes.
