Au Burundi, les subventions publiques représentent une part significative du budget national. Ces subventions se remarquent notamment dans les secteurs clés tels que l’agriculture, la santé et l’éducation. Si ces subventions sont motivées par la volonté de permettre à la population à faible pouvoir d’achat d’accéder à certains produits et services, le fait qu’elles ciblent toutes les catégories pèse lourd sur l’économie nationale.
Alain Ndikumana, ministre en charge des finances : « Les réformes doivent s’orienter cette fois-ci beaucoup plus sur la catégorisation des personnes qui bénéficient de ces subventions ».
« Pour un budget de plus de 400 milliards de FBu alloués au ministère en charge de l’agriculture, il est prévu 307 milliards pour subventionner les engrais chimiques pour cette année budgétaire en cours. Vous pouvez constater que les subventions représentent à elles seules 60 % du budget de ce ministère », a fait savoir Alain Ndikumana, ministre en charge des finances. C’était lors d’une conférence-débat sur les réformes économiques organisée conjointement par la BRB et le ministère des Finances en date du 14 août 2025.
Selon lui, ce sont des montants exorbitants pour un secteur comme l’agriculture qui combine de plusieurs facteurs comme les terrains, les ressources humaines (la main-d’œuvre), l’eau, les fertilisants, les semences, etc. « Et si vous investissez plus de 60 % dans un seul facteur de production, est-ce que vous allez vous attendre à une production suffisante et de bonne qualité? », dit-il.
L’Etat en paie cher
Ces subventions ne sont pas sans conséquences néfastes sur l’économie nationale, surtout que leur gestion est parfois obscure. L’exemple évoqué est que le ministère ayant l’agriculture dans ses attributions prévoit pour l’année budgétaire en cours l’achat de 220 millions de kilogrammes de fertilisants. « Et si on fait des calculs simples en divisant ces quantités par 1 500 000 ménages agricoles selon le dernier recensement, on trouve que chaque ménage agricole utilise au moins 110 kilogrammes. Combien de ménages consomment de telles quantités? Cela veut dire qu’il y a de l’engrais chimique qui est subventionné, mais qui n’est pas utilisé dans l’économie burundaise », regrette-t-il.
A part dans le domaine agricole, ces subventions se remarquent aussi dans le secteur de la santé, en ce qui concerne la gratuité des soins pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes. Mais également au niveau de l’assistance médicale où tout le monde bénéficie de la carte d’assurance maladie, et enfin au niveau de l’éducation, en ce qui concerne la gratuité de la scolarité à l’école primaire, etc. « Est-ce que c’est tout le monde qui doit être subventionné? Est-ce que c’est tout le monde qui a besoin d’un prix subventionné? Aujourd’hui, les fertilisants subventionnés sont accessibles à tous, y compris les commerçants et les ménages aisés et cela grève lourdement le budget général de l’État », dit-il.
Pour le ministre Ndikumana, les réformes doivent s’orienter cette fois-ci beaucoup plus sur la catégorisation des personnes qui bénéficient de ces subventions. Et tout cela en s’appuyant sur les données du dernier recensement pour identifier les ménages les plus nécessiteux que les autres. « Il faut qu’on essaie de faire des politiques ciblées. Il y a des gens qui ont des moyens, qui peuvent payer », dit-il. Et c’est pour cela que le gouvernement du Burundi compte mettre en œuvre des mesures pour assister réellement les vrais nécessiteux. Selon lui, cela va demander beaucoup d’efforts et de données statistiques pour catégoriser les ménages, mais cela doit être fait pour réduire le déficit budgétaire.