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Régulation des prix: entre protection sociale et déséquilibres économiques

Dans le but de protéger le pouvoir d’achat des citoyens et de lutter contre la spéculation abusive, le gouvernement du Burundi opte pour la régulation des prix de certains produits de première nécessité. Bien que cette option vise en premier lieu le bien-être des consommateurs, parfois, elle aboutit à la cherté du produit et, pire encore, à la pénurie de celui-ci. Des mesures d’accompagnement sont plus que nécessaires pour inverser la tendance.

Professeur Léonce Ndikumana : « Si la régulation des prix résulte de la pénurie du produit, qu’est-ce qui est plus cher entre ne pas avoir le produit ou le service ou le payer au prix du marché ? »

Comme dans toutes les autres économies, le gouvernement du Burundi a pris des mesures de régulation des prix de certains produits de première nécessité. Cela a été aussi le cas pour les denrées alimentaires telles que le riz, les haricots, la viande, la farine de maïs, les pommes de terre, etc. Selon Professeur Léonce Ndikumana, la régulation des prix n’est pas une stratégie utilisée seulement au Burundi. « Dans toutes les économies, il y a des biens stratégiques que le gouvernement doit surveiller pour permettre au peuple de pouvoir les acheter et pour qu’il n’y ait pas de spéculations », explique-t-il.

Cette régulation, bien qu’animée par de bonnes intentions, peut engendrer plusieurs effets économiques négatifs à long terme. Lorsque les prix fixés par l’Etat ne correspondent pas aux coûts réels de production, cela crée une distorsion du marché qui décourage les producteurs. Si les prix sont trop bas, certains vendeurs peuvent refuser de vendre, provoquant parfois des situations plus compliquées que la hausse des prix et la spéculation : la pénurie prolongée du produit. L’exemple le plus récent est celui du carburant dont le prix a été régulé mais qui est devenu introuvable au Burundi depuis un bout de temps.

De même, pendant plusieurs années, le prix du sucre a été régulé par le gouvernement. A un certain moment, au lieu d’être une solution, le Burundi est entré dans une pénurie de sucre sans nom. Le sucre était introuvable dans les magasins que ce soit à Bujumbura ou à l’intérieur du pays. Les jours de distribution, on pouvait remarquer de longues files d’acheteurs. Ces derniers n’ont jamais cessé de demander la libéralisation de ce produit. En 2024, le gouvernement a pris une décision de libéraliser le sucre. A partir de ce moment, le sucre est revenu sur le marché étant cher bien sûr, mais au moins trouvable.

Une mesure à prendre soigneusement

Pour le Professeur Ndikumana, la régulation des prix en soi n’est pas problématique, mais plutôt sa mise en œuvre. « Si la régulation des prix résulte de la pénurie du produit, qu’est-ce qui est plus cher entre ne pas avoir le produit ou le service ou le payer au prix du marché? Pour un citoyen burundais, qu’est-ce qui est plus cher entre ne pas avoir le carburant ou le payer au prix du marché? », se demande –t-il.

Dans le contexte burundais, la régulation des prix devrait tenir en considération plusieurs facteurs qui nourrissent la spéculation et la hausse excessive des prix. On peut citer entre autres : l’actuelle pénurie de carburant qui impacte les déplacements, la faible production locale qui fait que le Burundi devient très dépendant des importations, lesquelles importations sont freinées par le manque de devises, etc.

Le Professeur Ndikumana suggère qu’en régulant les prix, le gouvernement essaie de voir ce qui est plus cher entre la libéralisation et la régulation d’un produit.

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