Après leurs études, les jeunes Burundais ont du mal à trouver un emploi à cause du chômage récurrent que connait le Burundi depuis une dizaine d’années. Malgré cela, certains d’entre eux essaient de contourner les aléas du chômage en faisant recours aux petits métiers dont celui de réparation des téléphones mobiles. Mais, ce métier est en quelque sorte risqué à l’insu de ceux qui l’exercent
En 2017, le Burundi comptait environ 11 millions d’habitants. C’est aussi un pays jeune où presque 80% de sa population a moins de 35 ans. Les jeunes de 15 à 35 ans, eux, sont plus de 3 millions (https://urlz.fr/eZGK). En 2015, 60% des jeunes Burundais n’avaient pas d’emploi et, en 2017, le chômage des jeunes a augmenté jusqu’à 65%. Ce problème jusqu’ici insolvable a diverses causes dont le système éducatif burundais inadapté. Selon l’«Etude sur l’état des lieux de l’emploi des jeunes au Burundi» (une réalisation de l’ADISCO en collaboration avec REJA et CORDAID), le système éducatif burundais se concentre sur la formation scolaire et universitaire générale. Pourtant, l’Etat devrait plutôt mettre l’accent sur les domaines techniques et professionnels (sciences appliquées, physique, informatique, etc.) ainsi que sur les sciences de la vie (médecine, pharmacie, biologie, chimie, etc.). Actuellement, 93% des jeunes qui arrivent sur le marché du travail mettront en moyenne 5 ans pour trouver un emploi. Malgré toutes ces contraintes qui entravent l’employabilité des jeunes Burundais qui terminent leur cursus scolaire ou académique, certains d’entre eux essaient d’y remédier grâce aux petits métiers dont celui de réparation des téléphones mobiles.
Le métier de réparateur de téléphones mobiles est indispensable pour ceux qui l’exercent, mais on ignore que ces appareils contiennent des substances plus ou moins nocives pour la santé humaine.
Pour certains, l’« inévitable » n’est pas le chômage
Le chômage endémique qui est devenu monnaie courante au Burundi brise les rêves de pas mal de jeunes qui espèrent en vain être embauchés après leurs études. La plupart d’entre eux gardent toujours l’espoir d’être affecté à une fonction publique tôt ou tard. Par contre, certains jeunes diplômés essaient de contourner avec succès cette problématique via le métier de réparation de téléphones mobiles. Dans la plupart des cas, ce métier n’a rien à voir avec ce qu’ils ont étudié à l’école ou à l’université. « Je suis le lauréat d’une école secondaire. Mais dès mon jeune âge, parallèlement à l’école, je m’exerçais à réparer les téléphones mobiles et d’autres appareils électroniques grâce à une connaissance qui pratiquait le métier de réparateur des téléphones mobiles tombées en panne. Au fur des années, je suis devenu un réparateur réputé et je suis parvenu à gagner la confiance de mon entourage. Ce qui m’a permis d’ouvrir mon propre kiosque consacré à ce métier », confie Prosper, un jeune homme de la commune Ryansoro en province de Gitega. Selon lui, malgré que le chômage frappe fort dans le milieu des jeunes diplômés, au moins lui, il parvient à mener une vie plus ou moins correcte sans compter sur qui que ce soit grâce à son métier.
De même pour Désiré habitant à Buyenzi en Mairie de Bujumbura. En l’absence d’un emploi correspondant aux études qu’il a faites à l’université, il affirme avoir été consolé par ce métier de réparateur de téléphones qu’il exerce depuis six ans. « Je n’ai appris ce métier nulle part, mais j’ai accumulé petit à petit le savoir-faire en la matière. Hélas, il me permet de survivre en lieu et place de mon diplôme qui n’est pas beaucoup sollicité par les employeurs », ajoute Désiré.
Un métier utile, en même temps un danger qui tue à petit feu
La réparation d’un téléphone mobile ou de tout autre appareil électronique se fait, dans la plupart des cas, par la méthode « essai-erreur ». De ce fait, Désiré affirme avoir été parfois en conflit avec ses clients lorsqu’il ne parvenait pas à réparer leurs appareils comme il faut ou à cause de la perte de leurs données après la réparation. Qu’à cela ne tienne, le démontage ou la manipulation des pièces des appareils électroniques est dangereuse pour la santé étant donné que les pratiquants ne disposent pas d’outils de protection, notamment les masques et les gants.
Dans une étude menée en 2012 par une ONG américaine dénommée «Ecology Center» en collaboration avec iFixit (https://urlz.fr/f6Aj), 100% des téléphones mobiles et smartphones étudiés contiennent des substances chimiques dangereuses pour l’environnement et pour la santé des utilisateurs, particulièrement les réparateurs. Chaque téléphone mobiletesté contient des produits toxiques dangereux, notamment le plomb, le brome, le chlore, le mercure, le cadmium ainsi que le coltan. Les matières toxiques sont des substances qui sont susceptibles de causer de graves lésions si elles s’introduisent dans l’organisme. La pénétration dans l’organisme d’une quantité même minime de la substance toxique suffit pour causer des effets nocifs à la santé. La manipulation des objets contenant des matières toxiques nécessite de prendre des précautions et de se protéger au moins en portant des gants et des masques. Le démontage des appareils électroniques est en quelque sorte nuisible à la santé mais, malheureusement, certains réparateurs de téléphones mobiles n’en sont pas conscients.