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Rivière Mugere : Plus de 600 extracteurs sans toilettes ni abri

Sur les bords de la rivière Mugere, plus de 600 extracteurs de matériaux de construction travaillent dans des conditions précaires. Sans toilettes, ni cabines pour ne se changer ni abris contre la pluie, leur dignité et leur santé sont menacées. Malgré leurs cotisations aux coopératives, leurs revendications restent ignorées. Seule une coopérative exemplaire a commencé à agir.

Sans toilettes, ni cabines pour ne se changer ni abris contre la pluie, la dignité et la santé de ces extracteurs sont menacées.

Plus de 600 personnes passent leurs journées à extraire des matériaux de construction dans la rivière Mugere. Cette dernière traverse la Route Nationale numéro 3, en contrebas du marché de Ruziba dans la commune de Mugere. Comme dans tant d’autres rivières du pays, on y pratique l’extraction du sable, du gravier, de moellons, etc. Au total, ces extracteurs sont à dans neuf coopératives comptant chacune entre 60 et 80 membres, réparties sur neuf sites le long de cette rivière.

Aussi nombreux soient-ils, ces extracteurs font face à un problème sérieux: l’absence de toilettes. P.I., un extracteur qui travaille sur cette rivière depuis 30 ans, regrette ce manque d’infrastructures de base. « La première chose que nous demandons, ce sont des toilettes. Le reste peut attendre », affirme-t-il. Faute de toilettes, les extracteurs se soulagent dans la nature environnante et parfois même dans la rivière. « Sans exagérer, lorsque nous sommes en train d’extraire le sable, il arrive qu’on voit les excréments descendre dans la rivière. Car même ceux qui extraient les matériaux de construction de l’autre côté de la rivière n’ont pas de toilettes », explique-t-il.

Des cabines pour se changer, un besoin tout aussi urgent

En plus du manque de toilettes, les extracteurs déplorent l’absence de cabines pour se changer après le travail ainsi que d’abris contre la pluie. « Moi, par exemple, je suis père de famille. Et pour me changer après le travail, je suis obligé de me déshabiller devant des femmes de l’âge de ma mère et des enfants de l’âge des miens. C’est vraiment embarrassant. S’il y avait un endroit pour se cacher, avec des espaces séparés pour les femmes et les hommes, ce serait très bien », confie P.I.

Une collègue le complète: « Nous avons aussi un problème d’abri. Quand il pleut, tout le monde se rassemble sous un arbre. Enfants, hommes, femmes… Une situation qui n’est pas du tout commode », regrette-t-elle.

Pour eux, cette situation est incompréhensible, d’autant plus qu’ils paient régulièrement des cotisations dans les coopératives où ils sont membres. « Nous demandons que nos revendications soient prises en compte. Car continuer à payer sans recevoir les services demandés devient problématique », insiste P.I.

CPELP Tuje Kukivi, une coopérative exemplaire

Même si la situation semble urgente pour les extracteurs, certains responsables des coopératives ne se pressent pas. La coopérative CPELP Tuje Kukivi, elle, a pris les choses au sérieux. Benoît, son responsable, explique qu’après avoir constaté qu’il est difficile de traiter cette question en synergie avec d’autres coopératives, la coopérative CPELP Tuje ku kivi, elle, a préféré construire une cabine sanitaire pour ses membres. Les travaux de construction de cette cabine sont en cours. Elle sera subdivisée en deux parties: une pour les femmes, une autre pour les hommes. Les membres sauront qui détient la clé, afin de faciliter l’entretien et garantir l’hygiène de cette cabine. Cette coopérative prévoit aussi la construction d’une cabine dans laquelle les membres vont se changer.

Cette situation préoccupante survient alors que le choléra menace plusieurs quartiers de Bujumbura. Cette maladie, liée au manque d’hygiène, pourrait affecter gravement ces extracteurs si aucune mesure n’est prise rapidement.

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