Dans le but d’atteindre l’indice synthétique de fécondité de 3 enfants par femme à l’horizon 2025, le ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida appuyé par UNFPA vient de lancer dans la commune Gatara de la province Kayanza « Sayana Press », une nouvelle méthode contraceptive
Dr Thaddée Ndikumana, le ministre de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida en train d’administrer « Sayana Press » à une femme de la commune Gatara de la province de Kayanza
« Sayana Press » est une nouvelle formule de l’acétate de médroxyprogestérone (DMPA), moins dosé que le DMPA intramusculaire communément appelé «urushinge» en kirundi, injecté dans le tissu adipeux juste sous la peau et uniquement disponible sous format Uniject.
Chaque dose unique de « Sayana Press » empêche l’ovulation et offre à la femme une protection pendant 3 mois. Il possède l’avantage d’être auto-injectable. Il est donc plus facile à administrer. « Après son introduction dans les formations sanitaires, nous allons étendre progressivement son administration par les agents de santé communautaire et plus tard aux bénéficiaires elles-mêmes car, comme on vient de le dire, il est facile à administrer. La technique d’injection est la même que pour l’insuline. Aujourd’hui, personne n’a plus peur de s’auto-injecter l’insuline. Dans les jours à venir, ce sera de même pour « Sayana Press’ » », a indiqué Dr Juma Ndereye, Directeur du Programme National de Santé de la Reproduction au Ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida.
Destiné à s’étendre sur l’ensemble du pays
« A terme, nous souhaitons que les femmes puissent s’administrer elles-mêmes le ‘’Sayana Press’’, mais la première administration devra se faire dans une structure de soins pour que la bénéficiaire puisse discuter avec le prestataire de soins qui devra évaluer les critères d’éligibilité. C’est seulement après cette évaluation qu’elle recevra sa première dose de « Sayana Press ». Dans un premier temps, nous allons commencer par quatre provinces suivantes : Kayanza, Ruyigi, Ngozi et Karusi pour voir comment la population perçoit ce nouveau produit qui vient d’être introduit dans notre pays. Quand nous aurons une idée sur son acceptabilité, on pourra l’étendre sur l’ensemble du pays. Cela aurait été une erreur de commander une grande quantité de ‘’Sayana Press’’ alors qu’on ne sait pas encore s’il sera adopté par la population ou pas. Sinon il périmerait dans le stock alors que les produits contraceptifs coûtent relativement chers », a déclaré Dr Ndereye.
« Sayana Press »présent dans tous les districts sanitaires à l’horizon 2020
C’est pour cette raison que nous avons commencé par les provinces pilotes dont Kayanza pour tester et évaluer l’acceptabilité de ce produit par la population. Par la suite, nous ferons les projections nécessaires pour couvrir l’ensemble du pays. Cette évaluation ne devrait pas durer longtemps. Nous pensons que d’ici six mois à une année nous aurons une idée précise sur la consommation de ce produit. A partir de 2020, nous espérons que « Sayana Press » sera présent dans tous les districts sanitaires selon le degré d’acceptabilité de chacun, a estimé le Directeur du Programme National de Santé de la Reproduction
Richmond Tiemoko, le représentant du UNFPA au Burundi : « En plus d’élargir la gamme des méthodes contraceptives, ‘’Sayana Press’’ vient également contribuer à la confidentialité et à la vie privée de la femme qui pourra elle-même se faire une auto-injection »
Un lancement officiel en grande pompe
Le ministre de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida était venu en personne pour lancer officiellement ‘’Sayana Press’’ qui, selon lui, vient à point nommé pour élargir la gamme de produits contraceptifs facilement administrables mis à la disposition de la population par le gouvernement dans le but d’atteindre l’objectif de 3 enfants par femme se trouvant dans le document de vision Burundi 2025. Les besoins non satisfait sont immenses en matière de planning familial (PF). D’après les données fournies par l’EDS 2016-2017, les besoins non satisfaits en PF s’élèvent à 30%. Ce pourcentage représente les femmes qui souhaitent éviter une grossesse, mais elles ou leurs partenaires n’utilisent pas la contraception pour diverses raisons dont la distance à parcourir pour avoir la méthode que l’individu ou le couple souhaite utiliser, la crainte des effets secondaires, la faible qualité des services et la gamme limitée des méthodes contraceptives.
Le gouvernement déterminé à inverser la tendance
Le gouvernement est déterminé à mettre à la disposition du citoyen le plus de méthodes contraceptives possibles pour qu’il puisse faire un choix libre et éclairé, a indiqué le ministre de la santé. Il a par ailleurs remercié les responsables sanitaires et administratifs de la commune de Gatara qui ont bien sensibilisé la population en planification familiale comme il l’a constaté à travers un jeu-concours public qu’il a lui-même animé pendant le lancement officiel de « Sayana Press ». Pour rappel, le ministre Thaddée Ndikumana est en même temps le parrain de la province Kayanza. Il a à ce titre souhaité que la commune de Gatara, une des plus densément peuplée du Burundi, serve d’exemple dans la maîtrise de la croissance démographique.
Des chiffres témoins de l’ampleur du travail à accomplir
Le Burundi a un taux moyen d’accroissement annuel de 2,4%. La population burundaise est passée de 2,8 millions d’habitants en 1960 à 8,05 millions d’habitants d’après les chiffres du recensement général de la population et de l’habitat de 2008. Actuellement, les projections démographiques estiment une population burundaise à plus de 10 millions d’habitants. Cet accroissement démographique galopant freine les efforts de développement économique, car 90% de la population tirent leurs ressources de la terre cultivable qui se raréfie de plus en plus.
Ainsi le gouvernement du Burundi dans ses objectifs de sa vision 2025 souhaite faire baisser l’indice synthétique de fécondité de 6,4 enfants par femme en 2008 à 3 enfants par femme en 2025. Pour atteindre cet objectif, le Taux de Prévalence Contraceptive (TPC) devrait passer de 29% en 2017 à 50% en 2025. La diversification et la vulgarisation des méthodes contraceptives que le gouvernement entreprend visent à répondre à cet objectif.
UNFPA aux côtés du Burundi
Dans son objectif de maîtriser la croissance démographique, le Burundi peut compter sur le soutien de ses partenaires multilatéraux. UNFPA fait partie de ces partenaires qui se sont investis aux côtés du gouvernement. Richmond Tiemoko, le représentant de UNFPA au Burundi qui était également présent à Gatara a rappelé que la conférence des Nations Unies sur les Droits de l’Homme qui s’est tenue à Téhéran en Iran le 13 mai 1968 a retenu que les parents ont un droit fondamental de déterminer librement et de manière responsable le nombre et l’espacement des naissances. Ainsi, la planification familiale est un droit humain et non un contrôle de la population. « Lorsqu’une femme a le pouvoir et les moyens d’éviter ou d’espacer une grossesse, elle peut planifier sa vie. Elle peut aussi faire ses études, chercher à conserver les meilleurs emplois et contribuer davantage au bien-être de sa famille et de sa nation ainsi qu’à la prospérité mondiale », a indiqué M. Tiemoko. En plus d’élargir la gamme des méthodes contraceptives, « Sayana Press » vient également contribuer à la confidentialité et à la vie privée de la femme qui pourra elle-même se faire une auto-injection, a-t-il ajouté.
Le ministre de la Santé a lui-même animé un jeu-concours public sur les méthodes contraceptives
Des efforts qui commencent à porter des fruits
M. Anicet Ndayizeye, gouverneur de la province Kayanza, a remercié le ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida d’avoir choisi sa province pour lancer cette nouvelle méthode contraceptive. Il a en outre rappelé que cette province a une population de 750 mille habitants, soit une densité de 652 habitants par km2. Ce qui en fait la province la plus peuplée du pays. Quant à la commune Gatara, la densité de sa population oscillerait atour de 1000 habitants au km2. M. Ndayizeye a fait savoir que la province de Kayanza possède 33 centres de santé et 3 hôpitaux qui sensibilisent la population sur la Planification Familiale et autres problèmes de santé. Le travail conjugué des administratifs et des prestataires de santé commence à produire ses fruits, car le pourcentage de femmes qui ont recours aux conseils en santé sexuelle reproductive et aux méthodes contraceptives dans cette province est passé de 19% en 2015 à 42% aujourd’hui, a-t-il indiqué. A ce propos, M. Marc Nizigiyimana, un technicien de promotion de santé (TPS) du centre de santé de Kavoga a été primé pour avoir était premier à administrer plus de 5000 DMPA aux femmes au niveau communautaire depuis 2014. Des efforts continueront à être fournis dans le but d’atteindre l’objectif de 3 enfants par femme afin de pouvoir profiter des dividendes démographiques, a souligné M. Ndayizeye.
La radio Ubuzima FM, pour promouvoir la santé
Le gouverneur de Kayanza a fait savoir que dans le but de promouvoir la santé et en particulier la Panification Familiale, une radio communautaire dénommée Ubuzima FM commencera à émettre bientôt à Kayanza. Cette radio a déjà reçu l’agrément du Conseil National de la Communication (CNC). Elle n’attend que l’arrivée du matériel pour commencer à émettre. Il a donc sollicité un soutien financier au ministère ayant la santé dans ses attributions et à ses partenaires.