Servir au cabaret est l’un des métiers très prisés dans les villes. Bujumbura n’échappe pas à cette réalité. Ce genre de travail est en grande partie exercé par des jeunes filles. Ces dernières disent faire face au harcèlement basé sur le genre de la part de certains clients
Le commerce de cabaret est l’une des activités économiques les plus en vue dans la ville de Bujumbura. Pour satisfaire une clientèle parfois nombreuse, les propriétaires des cabarets sont constamment à la recherche des serveurs. Le constat est que les candidats de sexe féminin sont les plus nombreux dans ce métier. Ces jeunes qui s’activent pour leur survie sont parfois mal compris. Sachant d’avance qu’elles touchent un salaire de misère à la fin du mois, certains clients les prennent pour des proies faciles. D’autres les considèrent comme des personnes qui ne méritent pas respect et les humilient publiquement avec des mots grossiers. Certaines ouvrières qui sont recrutées pour améliorer la qualité du service dans des bistrots sont parfois mal comprises.
Les langages humiliants souvent utilisés publiquement envers les serveuses de cabarets et les stéréotypes en rapport avec leur métier pèsent lourdement sur leur moral.
Il faut du courage pour tenir le coup
Les langages humiliants souvent utilisés publiquement envers les serveuses de cabarets et les stéréotypes en rapport avec leur métier pèsent lourd sur leur moral. Elles sont tout de même obligées d’observer strictement la règle du métier qui consiste à respecter le client quel qu’il soit car, dit-on, le client est roi. Pour Yvette Nirere, jeune diplômée et serveuse dans un petit bistrot au quartier de Nyakabiga, il s’agit d’un travail où sa dignité n’est presque pas respectée. « Il y a des gens qui considèrent toutes les serveuses de cabarets comme des putes », lance-t-elle avec un air agacé. Cette jeune fille se plaint du fait que certains clients s’arrogent le droit de lui lancer publiquement des propos grossiers. « Certains s’adressent à moi avec des mots sexistes comme si je n’avais pas droit au respect », dit-elle.
D’autres gens mal intentionnées se font passer pour des clients fidèles pour solliciter des faveurs sexuelles auprès des serveuses. Ce qui gêne beaucoup lorsque l’intéressé insiste. « Ils nous prennent pour des proies faciles parce qu’ils savent que nous ne sommes pas bien payées. J’avais un client qui me proposait toujours des pourboires et qui a terminé dans cette logique », explique Nirere. Cette jeune fille qui a travaillé avant dans un cafeteria n’est pas encore au bout de sa mésaventure. Après plus d’une année d’expérience au cabaret, elle aimerait abandonner ce travail qu’elle juge humiliant et fatigant pour fouetter d’autres chats. Mais, il lui faut travailler dur pour sa survie. Elle affirme avoir déjà eu des différends avec son patron à qui elle avait refusé des faveurs sexuelles.
Pour Christella Mpundu, une fille qui a dû quitter son village natal pour devenir serveuse dans la capitale politique après ses études secondaires, il faut se passer de ce que les gens pensent de vous. Celle-ci pense que le métier de serveuse est réservé aux filles courageuses. « Bien sûr qu’on finit par abandonner si on n’est pas courageuse », indique-t-elle. Dans sa réaction, Mpundu affirme que ce n’est pas toujours facile de tenir le coup. Cette jeune fille affirme faire face à la grossièreté des clients qui la considère comme une fille de joie et cela de façon quotidienne.
De toutes les façons, l’atteinte à l’intégrité de la personne humaine qui cible les jeunes filles serveuses dans des cabarets devrait être combattue. En effet, tout travailleur a droit à la préservation de sa dignité malgré le peu d’importance accordée à ce sujet par le code pénal du Burundi.