Les conditions de vie déplorables engendrent une série de conséquences dramatiques sur l’éducation des enfants vivant dans un site abritant les déplacés des catastrophes naturelles à Gateri. Les garçons sombrent dans la délinquance tandis que certaines filles se tournent vers la prostitution. L’autonomisation financière de ces jeunes et l’octroi des logements décents aux sinistrés sont plus qu’une nécessité.
Le manque de logements décents favorise la recrudescence de grossesses non désirées et des mariages précoces dans le site de Gateri.
L’éducation est devenue une préoccupation centrale pour les parents victimes des différentes catastrophes naturelles vivant dans le site de Gateri dans l’ancienne province de Cibitoke. A notre arrivée à Gateri, nous remarquons une forte concentration de jeunes dans les allées du camp, certains étaient en train de jouer entre les tentes et d’autres, surtout les plus petits se divertissaient dans l’un des hangars construit dans ce site.
Ce jour-là, les agents du centre Seruka sont venus organiser des activités éducatives et récréatives à l’endroit de ceux-ci, une initiative saluée par plus d’un occupant de ce site. Bernadette Miburo, 59 ans, déplacée de Gatumba à Mubimbi puis à Gateri, s’en réjouit: « C’est une bonne chose que les enfants soient occupés. Cela pourrait réduire la délinquance qui commence à s’installer dans ce site », dit-elle.
Des logements incompatibles avec une vie familiale saine
Mme Miburo est mère de deux enfants et vit dans une tente précaire installée au bord de la rivière Rusizi. Ses enfants étant majeurs, elle a trouvé qu’elle ne peut pas partager une tente avec eux et a sollicité un abri chez des voisins. Elle souligne les dangers de partager un espace restreint avec ses enfants adolescents, notamment pour leur éducation morale. Elle cite des cas de grossesses précoces causées par le manque d’intimité et l’imitation des comportements adultes. Elle plaide pour des logements dignes avec des chambres séparées pour enfants et parents.
Jean Nahimana, 69 ans, père de cinq enfants, déplacé suite à un glissement de terrain à Mubimbi, partage les mêmes inquiétudes. N’ayant pas assez d’espace pour loger sa famille, il préfère lui aussi que ses enfants et sa femme dorment chez les voisins. « Ce serait imprudent de dormir dans la même pièce que mes enfants », explique-t-il. Il souligne que cette stratégie, bien qu’utile pour préserver les enfants, engendre des tensions conjugales et favorise les cas d’infidélité.
Une jeunesse livrée à elle-même et exposée à de nombreux risques
Sandrine Mugisha, 32 ans, responsable du secteur famille et ménages sur le site, déplore les conséquences de cette situation : « Nous dormons collés les uns aux autres dans un espace minuscule. Cela a eu un effet négatif sur les jeunes qui imitent ce qu’ils voient ou entendent de leurs parents pendant la nuit. » Elle fait état d’une recrudescence de grossesses non désirées et de mariages précoces.
A cela s’ajoute le chômage massif des jeunes. Avant leur relocalisation, certaines ONG les formaient à des métiers comme la couture, la menuiserie ou la mécanique. Mais depuis leur arrivée à Gateri, aucune activité ne les occupe. « Les garçons deviennent délinquants, les filles se prostituent. Certains hommes du village voisin profitent de la misère en séduisant les femmes et les jeunes filles avec de petites sommes d’argent », explique Mme Mugisha. Elle évoque les cas des femmes qui se prostituent et quand leurs maris s’en aperçoivent, elles expliquent qu’elles n’allaient pas laisser les enfants mourir de faim », déplore-t-elle.
Pour sortir de cette spirale de misère, Mme Mugisha propose des solutions concrètes: « Ces jeunes ont déjà été formés à des métiers. Il suffit de leur fournir un petit capital pour qu’ils démarrent leurs propres projets. » Elle insiste sur le besoin urgent de logements décents et d’un accompagnement socio-éducatif durable.