Les personnes vivant avec le VIH/Sida regrettent que leur stigmatisation soit toujours d’actualité. Ce qui engendre la peur chez ceux qui veulent se faire dépister et, partant l’augmentation de la propagation du VIH/Sida. Pour amener les gens à prendre conscience de l’existence de cette maladie, Eliane Becks Nininahazwe connue sous le sobriquet de « HIV Stigmafighter » a organisé un concert à Gihanga, sa commune natale en province de Bubanza. Cela en collaboration avec le Réseau National des Jeunes Vivant avec le VIH (RNJ+) et « Fit Fashion Fire ». C’était aussi dans le cadre de la célébration de la Journée Mondiale de lutte contre le Sida
Témoignages, danses modernes et traditionnelles ont agrémenté le concert pour manifester la solidarité globale, les responsabilités partagées pour lutter contre la stigmatisation des PVVIH.
Selon Eliane Becks Nininahazwe, résidant actuellement en Hollande, un couple de sa famille a été décimé en 2015 à cause du VIH/Sida.
« Le problème est que le couple n’a pas pris le médicament à temps. Il avait peur d’être vu par l’entourage et, par conséquent d’être stigmatisé. Pourtant, moi, cela fait 18 ans que je suis dépistée séropositive. Je prends régulièrement les médicaments et je suis bien portante. Se référant à ce qui est arrivé à ce couple et à ce qui m’est arrivée lorsque j’ai été dépistée positive, j’ai commencé en 2015 le combat de « HIV Sitgmafighter ». Cela pour éradiquer toute forme de discrimination », explique-t-elle dans une audio envoyée à l’occasion du concert. Celui-ci a eu lieu le 5 décembre 2020.
A l’ occasion de la Journée Mondiale de Lutte contre le Sida qui est célébrée le 1er décembre de chaque année, un concert a été organisé le 5 décembre 2020 dans la commune Gihanga de la province Bubanza pour inviter les habitants de cette localité à éviter la stigmatisation des PVVIH.
Un combat en permanence
« Je ne suis pas malade du VIH/Sida. Je vis avec le VIH/Sida. Lorsque tu es porteur du VIH/Sida, la vie continue. Il suffit de suivre les conseils du médecin. J’accepte de le dire à haute voix non pas pour vous encourager à propager le VIH/Sida, mais plutôt pour contribuer à éviter toute sorte de discrimination. Le Sida est là. Si tu n’es pas d’accord, il y a encore quelque chose que tu n’as pas compris dans ta vie. Conjuguons nos efforts alors pour lutter contre le VIH/Sida », indique Chantal Mbonankira, membre de RNJ+.
Pour elle, les gens ont peur de le dire à haute voix voire de se faire dépister. En outre, continue-elle, il y en a qui vivent avec le VIH/Sida et qui n’acceptent pas de prendre les médicaments publiquement. Ce qui est déplorable, car cela contribue à la propagation du virus.
Daphrose Kanyana, représentant du Réseau Burundais des Personnes Vivant avec le VIH/Sida (RBP+) dans la commune Gihanga se base sur les statistiques pour montrer la réticence des personnes à dévoiler la vraie face de leur état de santé.
« A Gihanga, dans notre réseau, nous avons plus de 300 personnes vivant avec le VIH/Sida. Parmi ceux-ci, une quinzaine de jeunes. Par ailleurs, sur les 300 personnes, seuls 20% sont des hommes », fait remarquer Mme Kanyana.
Elle explique que les jeunes préfèrent aller prendre les médicaments ailleurs qu’à Gihanga de peur d’être repérés. Quant aux hommes, poursuit-elle, ils se font dépister rarement. « S’il arrive qu’une femme soit dépistée positive comme c’est souvent obligatoire lorsqu’elles sont enceintes, les maris les abandonnent au détriment des concubines. Ce qui facilite la propagation du VIH/Sida. Une situation qui se manifeste également quand le couple est discordant », précise Mme Kanyana.
Evariste Niyonkuru, habitant la colline Rugenge dans la commune Mpanda de la province Bubanza informe qu’il reconnait la valeur de toute personne même de ceux qui sont porteur du VIH/Sida. Ce quadragénaire faisant partie du peuple autochtone souligne qu’il a été sensibilisé par Eliane Becks Nininahazwe depuis 2018 sur l’existence du VIH/Sida. « Je ne peux en aucun cas discriminer une personne vivant avec le VIH/Sida. D’ailleurs, je suis devenu un agent de santé communautaire et je sensibilise les femmes Batwa à se faire dépister. Ce qu’elles font pour le moment », se réjouit-il.
Bien qu’il existe des jeunes qui acceptent leur séropositivité, les défis ne manquent pas, déclare Jean Paul Gentil Uwase, chargé de la prise en charge sociale des PVVIH à RNJ+. Il évoque le manque des médicaments pour faire face aux infections opportunistes.
Il convie tout bienfaiteur à être à côté des PVVIH pour sauver la vie des milliers de jeunes vivant avec cette maladie.