Le système BMD est caractérisé par beaucoup de nouveautés au niveau de l’organisation des enseignements, de l’évaluation et des conditions de réussite par rapport à l’ancien système. Depuis qu’il a commencé en 2011, le taux de réussite est élevé. Néanmoins, La compétence des lauréats est douteuse.
La réforme BMB rentre dans le cadre de la mondialisation. Il s’agit de mettre en place un système d’enseignement comparable aux autres systèmes d’enseignement dans la région et dans le monde, indique André Nduwimana, doyen de l’Institut Pédagogique Appliqué (IPA) à l’Université du Burundi. Il a été constaté qu’en Europe, chaque pays a son propre système. Ils ont voulu harmoniser leurs systèmes pour permettre à leurs jeunes d’étudier dans différents pays et d’y chercher de l’emploi avec des diplômes et des systèmes d’enseignement comparables.
Dr André Nduwimana, doyen de l’institut de la Pédagogie Appliqué à l’Université du Burundi : «Les taux de réussites sont actuellement très élevés. Ce qui est une bonne chose d’une part. Ce qui est questionnable aujourd’hui, c’est la compétence»
En Afrique, Nduwimana fait savoir qu’il a été constaté que l’organisation des enseignements était reposée essentiellement sur l’idéologie du colonisateur. Il y avait un système anglais, français, belge et allemand. Le cursus des enseignements était différent. Aujourd’hui, dans le monde, ils ont opté pour le système BMD pour que la licence puisse être obtenue après trois ans (ce qui correspond au baccalauréat), le master enseigné en deux ans et le doctorat en trois ans. Telle est la motivation qui a fait que tous les pays s’y adaptent.
Les innovations du système BMD
Il y a des innovations qui viennent avec le nouveau système, fait remarquer Nduwimana. Ce sont les notions de mobilité, de validation des unités d’enseignement, de transférabilité des crédits et de compensation entre les éléments constitutifs d’unité d’enseignement qui sont appelés des cours dans l’ancien système.
Qu’en est- il de l’organisation des enseignements ?
Selon lui, l’organisation des enseignements dans le système BMD est différente par rapport à celle de l’ancien système. Aujourd’hui, il y a ce qu’on appelle l’offre de formation qui est spécifique à chaque filière et à chaque niveau. Toutes les écoles doivent avoir 30 crédits : c’est-à-dire 450 heures. Autrefois, ce n’était pas organisé de cette manière. Certaines facultés étaient surchargées. «Moi, je suis à l’IPA depuis 1994. On avait une affaire de 1000 heures dans la classe de Biologie-Chimie III alors qu’on avait 450 heures dans la classe de Français III», témoigne Nduwimana.
Aujourd’hui, on a le même nombre d’heures et les enseignements sont organisés en unités d’enseignement. Une unité d’enseignement compte entre 3 et 4 éléments constitutifs d’unité. Ce qui permet une compensation au sein de ces cours regroupés selon leurs objectifs ou finalités. Le règlement encourage l’étudiant à être présent en classe. Mais on utilise beaucoup les projections. On donne par après un syllabus à la fin de chaque cours. Cela a des avantages et des inconvénients. Au niveau des avantages, le cours est suivi par tous les étudiants présents en classe. Malheureusement, lorsque l’étudiant sait qu’il va avoir des notes après le cours, la passivité domine et la participation baisse. Par conséquent, les étudiants ont des difficultés à s’exprimer. Lorsqu’ils se retrouvent face à des notions qu’ils ne comprennent pas, ils préfèrent se taire car ils disposent des notes. Ils n’appellent pas le professeur pour d’éventuelles explications.
Les devoirs et les interrogations sont cotés sur 40%
On leur donne aussi des travaux personnels (les devoirs). Ces derniers constituent une bonne occasion pour préparer les interrogations. Ce qui permet aux étudiants courageux et compétents de s’améliorer. C’est un moment opportun pour faire des recherches sur internet. Le temps pour de telles activités est prévu sur l’horaire. Nonobstant, certains étudiants consacrent ce moment à d’autres choses. Les devoirs et les interrogations sont cotés sur 40%.
Une bonne organisation des enseignements dans le système BMD
Nduwimana est fier de l’organisation des enseignements dans le système BMD par rapport à celle de l’ancien système. Selon lui, chaque enseignant doit toujours mettre à jour les cours qu’il dispense. De plus, il doit donner les syllabus aux étudiants. Ce qui n’était pas le cas autrefois, car certains professeurs se présentaient en classe pour dicter les notes. Selon lui, on perdait le temps qui pourrait être utilisé à autre chose. Pour évaluer les étudiants, on leur donne des interrogations, des devoirs, des exposés et des rapports après les excursions ou les travaux pratiques. Il y a aussi des sessions qui se font à la fin de chaque semestre.
Quid des conditions de réussite ?
Les conditions de réussite sont devenues très larges et clémentes. Dans le temps, pour réussir, il fallait avoir 55% et ne justifier que de deux échecs (entre 7 et 9,9 points). Selon lui, le sous sept exposait l’étudiant à l’échec. L’ancien système était très sélectif par rapport à celui d’aujourd’hui. Le système actuel est «trop souple», car on exige à l’étudiant d’avoir uniquement 50% dans chaque unité d’enseignement. On peut avoir autant d’échecs pourvu que l’unité d’enseignement soit cotée à 50%. Une autre disposition qui n’était pas prévue dans le temps est d’avancer avec des crédits.
Les taux de réussite dans le système BMD
Les taux de réussites sont actuellement très élevés. Ce qui est une bonne chose d’une part. Ce qui est questionnable aujourd’hui, c’est la compétence. Dans les autres pays comme l’Ouganda, le Kenya et le Rwanda, il faut avoir 60%. Au niveau de la compétence, l’ancien système était sélectif alors qu’il y a beaucoup plus de largesse dans le nouveau système. Les classes sont pleines d’étudiants. Ce qui offre très peu de chances aux étudiants pour s’exprimer.
Les perspectives
Au niveau des perspectives, Il précise que la confection du règlement académique est la mise en œuvre d’une politique gouvernementale en matière d’éducation. Mais des interrogations subsistent si on essaie de passer en revue le contenu du règlement. Est-ce que l’Etat a besoin de beaucoup de gens formés mais avec des compétences relativement faibles ?, faut-il maintenant former plus de diplômés ou plus de gens compétents? Il appartient aux autorités politiques de voir là où on peut concentrer plus d’efforts. Il est vrai que si on considère l’ancien système comme un système sélectif, ce qui se comprend était que même si le taux de réussite est faible, les lauréats étaient vraiment compétents. Aujourd’hui, le taux de réussite est très élevé.
La rigueur dans la profession, une nécessité
Cependant, les bagages ne sont pas satisfaisants dans tous les domaines.
Il faut de la rigueur dans la profession. Ils ont un handicap dans la valorisation du travail personnel et dans l’expression, car on leur accorde trop de liberté.
Le manque d’ordinateurs est aussi un défi majeur. Le ratio qui a été fait par un expert qui a évalué le système BMD a trouvé qu’en moyenne 20 étudiants partagent un seul ordinateur. On pense actuellement à la mise en place d’une bibliothèque virtuelle pour permettre aux étudiants d’accéder à la lecture des livres non seulement dans les enceintes universitaires, mais aussi en dehors des campus.
Très peu d’étudiants ont des machines portables
Cependant, même si on encourage l’utilisation des nouvelles technologies, Nduwimana certifie que le pouvoir d’achat est une autre contrainte majeure. Très peu de familles peuvent acheter des ordinateurs pour leurs enfants. L’UB a fait de son mieux pour booster l’accès à l’internet. Mais combien parviendront-ils à avoir des ordinateurs ? L’UB n’est pas quelque d’isoler. Elle est dans un pays pauvre. Très peu de gens sont capables de s’acheter des ordinateurs. Même les fonctionnaires ne sont pas épargnés. Dans les pays comme le Sénégal et le Rwanda, ils se sont fixés comme objectif «Un étudiant, un ordinateur». Beaucoup de facilités ont été consenties pour permettre à la majorité d’étudiants d’accéder à l’internet.
Comment peut-on améliorer la compétence des étudiants ?
Pour améliorer la compétence des étudiants, Nduwimana suggère de leur doter des conditions de travail favorables. Ce sont entre autres les centres où ils peuvent accéder à l’information facilement. Pas mal d’étudiants vont fouiller dans les bibliothèques qui offrent des informations qui sont tombées en désuétude. De plus il faut essayer de revoir les conditions de réussite, c’est-à-dire leur exiger au minimum une moyenne de 60% dans chaque cours pour que les étudiants manifestent un esprit de compétition. Troisièmement, la motivation est une nécessité, car on voit que les meilleurs ne sont pas encourages au niveau des emplois. Exiger 50% dans tous les cours ne suffit pas. 10/20 c’est juste passable, mais c’est encore très peu.
Exigeons 60% de moyenne pour avancer dans la classe suivante et 50% dans tous les cours, indique-t-il. Si on privilégie le rabais, ça se répercute au niveau de la vie courante. Vous voyez toujours des maisons qui s’effondrent parce que les ingénieurs n’ont pas de bagages suffisantes. Si on leur exige peu, ils produisent peu. Au niveau de la santé, des négligences et des dérapages ne cessent de s’observer.
Au niveau de l’enseignement, lorsque le professeur ne peut pas s’exprimer correctement, que dire de son élève ? Dans le métier de journalisme, combien de journalistes peuvent s’exprimer correctement ? Il y en a très peu aujourd’hui. Combien sont capables de préparer un bon éditorial ? Le constat est que ce sont les vieux routiers qui rédigent les éditoriaux. Lorsqu’on exige peu, on produit peu. Auparavant, pour être assistant à l’UB, on devrait avoir une distinction (plus de 70%).Pour accéder à une bourse d’études, il fallait être le meilleur. Pour accéder à un emploi, il fallait avoir une bonne note. Il y avait de la compétition. Autrefois, on intéressait les lauréats. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
Signalons qu’Elisée Nimubona, président de la commission chargée de la préparation des diplômes et de leur entérinement à l’Université Lumière de Bujumbura (ULBU) souligne qu’une unité d’enseignement est validée si la moyenne générale des notes attribuées aux Eléments Constitutifs d’une Unité d’Enseignement (ECUE) pondérées en fonction des crédits affectés à chacun d’eux est au moins égale à 50% (10/20).