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Système éducatif: Faut-t-il se réjouir ou se préoccuper ?

A la veille de la rentrée scolaire 2018-2019, le ministère de l’Education se réjouit du bon déroulement de l’année scolaire précédente. Il affirme être à pied d’œuvre pour réussir la nouvelle rentrée. Cependant, quelques chiffres poussent à des réflexions

La rentrée scolaire 2018-2019 est fixée le lundi 10 septembre 2018, selon un communiqué lu le 5 septembre par Herménégilde Burikukiye, secrétaire permanent au ministère de l’Education, de la Formation Technique et Professionnelle.

« D’emblée, il faudrait noter que l’année scolaire écoulée (2017-2018) s’est déroulée sans problème », se réjouit Juma Edouard, porte-parole du ministère de l’Education. Par ailleurs, il rappelle qu’en cette même année scolaire, il y a eu la réinstauration du secteur de l’enseignement professionnel et de l’enseignement des métiers. Ce qui permettra une bonne planification par rapport aux lauréats du cycle fondamental.

« Au niveau de la mise en œuvre des réformes, les premiers lauréats du cycle post-fondamental ont passé l’examen d’Etat. On a donc atteint le niveau supérieur du post-fondamental », déclare M.Juma Edouard.

Des nouveautés au cours de l’année scolaire 2018-2019

Juma Edouard indique que le ministère  envisage depuis cette année entreprendre la révision  des programmes au niveau du premier cycle de l’enseignement fondamental. Cela pour être en harmonie avec ce qui se fait à partir du quatrième cycle de l’enseignement fondamental. « Au niveau technique et au niveau des appuis des partenaires notamment la Banque Mondiale l’Enabel, l’Unicef, le partenariat mondial pour l’éducation….nous sommes très bien avancé », se félicite-t-il.

Le porte-parole du ministère de l’Education informe qu’à la veille de la rentrée scolaire, les travaux qui la conditionnent vont bon train. Il est vrai, selon lui, qu’il y a eu des mesures qui ont été prises comme la revue à la hausse des frais scolaires. « Il faut créer dans les établissements scolaires des conditions leur permettant de mieux fonctionner », martèle-t-il.

Juma Edouard, porte-parole du ministère de l’Education : « Le ministère envisage depuis cette année entreprendre la révision des programmes au niveau du premier cycle de l’enseignement fondamental »

Et d’estimer : « La réussite des activités se mesure  au niveau des salles de classes. Avec cette rentrée scolaire, il faut sentir l’objectif d’arriver à améliorer les conditions de travail dans les écoles, car en les améliorant, sûrement qu’on va améliorer les performances du système éducatif ».

Les responsables scolaires pointés du doigt

M.Juma Edouard déplore que certains responsables scolaires soient en rupture avec l’éthique de leur métier. « Cela a été constaté pendant les évaluations nationales de l’année scolaire 2017-2018 où les tricheries étaient organisées à l’initiative de ceux-ci», fait-il remarquer.

M.Juma Edouard regrette que de telles situations constituent une bombe à retardement. Il affirme que même ces responsables scolaires qui favorisent les tricheries creusent des tombes pour eux-mêmes. « Un apprenant qui termine ces études après magouilles, par exemple en médecine, peut offrir un mauvais service en soignant soit l’enfant voire le responsable scolaire, complice de l’achèvement du cursus scolaire de cet apprenant », signale-t-il.

M.Juma Edouard souligne enfin que le ministère est satisfait des nouvelles réformes dans le secteur de l’éducation par rapport à l’achèvement universel du cycle primaire. Au niveau de la qualité, poursuit-t-il, les programmes ont été actualisés tandis qu’au niveau de la quantité, les effectifs des apprenants ont été également augmentés.

Persistance des enfants en dehors du système éducatif

Le Plan Transitoire de l’Education au Burundi 2018-2020 stipule qu’en référence à l’Enquête sur les Conditions de Vie des Ménages (ECVM) 2013, une proportion importante d’enfants étaient en dehors de l’école, soit près de 19,8 % des enfants âgés de 7 à 16 ans (dont 90 % n’ont jamais été scolarisés et 10 % ont été scolarisés) mais ont abandonné l’école et 23 % des enfants de 6 à 14 ans (dont 94 % jamais scolarisés) étaient en dehors de l’école.

La proportion des garçons est relativement plus importante parmi les jeunes Burundais en dehors de l’école (52,5 %). Environ 93 % de ces enfants vivaient dans le milieu rural.

Peine des familles dans la scolarisation des enfants

« Depuis 2005, le gouvernement du Burundi a adopté le principe de la gratuité de l’enseignement primaire. Celle-ci s’est étendue à l’école fondamentale avec la suppression des frais d’inscription scolaire de 1.500 FBu par enfant et par an (plus ou moins 1,2 USD) », lit-on dans le document de l’UNESCO intitulé « La question enseignante au Burundi ». Celui-ci est une mise à jour de l’étude de 2012 orientée par l’agenda 2030.

Malgré cette mesure de la gratuité scolaire, explique le document, le coût de la scolarisation reste exorbitant au regard du pouvoir d’achat des ménages, particulièrement ceux du milieu rural. En 2016, on peut estimer le coût de la scolarisation d’un enfant de l’école fondamentale à 70 000 FBu par an et par enfant (17 USD), contre 10 000 FBu (7,5 USD) en 2008.

A partir de l’année scolaire 2017-2018, une ordonnance du ministre ayant l’Éducation dans ses attributions a fixé les frais scolaires à 7 000 FBu par trimestre et par élève, soit 21 000 FBu par an (12 USD) pour les élèves externes, et 15 000 FBu par trimestre et par élève pour les élèves internes soit 45 000 FBu par an (26 USD). Un parent ayant un enfant à l’internat paie donc autour de 70.000 FBu par an si on ajoute les autres fournitures scolaires tels que les uniformes, les cahiers et autres matériels. « Ce montant représente le tiers du PIB par habitant. On s’imagine facilement les difficultés auxquelles se heurtent les parents qui ont plusieurs enfants à l’école fondamentale », s’interroge le document.

Formation des enseignants, toujours inquiétante

Le document de l’UNESCO ci-haut cité notifie qu’au niveau du post-fondamental, les enseignants qualifiés ont un pourcentage de 68 % contre 32 % de ceux non qualifiés.

Les enseignants les plus nombreux dans le système éducatif Burundais sont les détenteurs d’une licence (24 %), les D7 (24 %), les lauréats de l’Institut de Pédagogie Appliquée (17 %) et ceux de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) (14%). Parmi les « licenciés » figurent une majorité d’enseignants qui ne sont pas qualifiés pour enseigner. Ils sont plutôt diplômés dans des domaines autres que pédagogiques (juristes, économistes, lauréats de l’ISCO, de la faculté des lettres, des sciences…).

Sans toutefois relever tous les défis qui hantent le secteur éducatif, on peut se demander quand est-ce que les réformes aboutiront aux meilleurs résultats du système éducatif Burundais qui est tout sauf idéal ?

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