La pauvreté accrue dans les campagnes est à l’origine de l’exode rural. La ville devient désormais un lieu de prédilection pour les chercheurs d’emploi. A Bujumbura, l’effectif des conducteurs de taxis-vélos ne cesse de croître, majoritairement constitué de jeunes gens. Animés d’un esprit d’entraide, les professionnels de ce métier exercent dans des situations difficiles et parfois précaires
Il est 10h 56. Au carrefour du boulevard Mwezi Gisabo et de l’avenue de l’Imprimerie, ils sont nombreux à attendre. Dans un ciel un peu troublé, les nuages gris dissimulent le soleil tandis qu’un léger vent vient amortir la chaleur qui, jusqu’ici, tordait la peau des corps moins résistants. Chacun sur sa bicyclette, l’équipe comprend une trentaine de personnes. Les uns discutent. Les autres restent silencieux, mais vigilants, appelant d’un geste de main ou de mimique un piéton qui approche. Il y a ici une concurrence ardue et il faut être vraiment dynamique pour gagner la confiance du client.
Toujours exposés aux accidents de roulage, les conducteurs de taxis-vélos ne sont nullement assurés et leurs conditions de travail sont précaires.
Difficile de choisir avec qui engager la conversation. Tous sont debout, trop serrés. Ce sont des professionnels du vélo qui ont décidé de mettre leur force au service d’eux-mêmes, de leurs clients et de leurs familles. Nous nous approchons de l’un d’entre eux qui était resté retranché du groupe pour tenter un contact. Sans trop de difficultés, il arrête son vélo et nous suit pour un bref échange sur le motif de la visite. L’homme est sûr de lui. «Je n’ai rien à dire aux medias, c’est vraiment simple», dit-il. Pourtant, il fait savoir qu’échanger avec le chef de l’équipe serait préférable et, de son index, il nous le montre. Nous découvrons un homme visiblement mûr et confiant qui nous explique le métier qu’il exerce depuis cinq ans. Le groupe compte environ soixante conducteurs de taxis-vélos.
Originaire de la province Ngozi, Noé Ciza fait ce métier depuis cinq ans. C’est un senior dans cette carrière. Il est père de six enfants qu’il doit faire vivre à la campagne. Ciza ne fait pas exception. Il y en a plusieurs parmi ses confrères qui travaillent pour assurer la survie de leurs familles à la campagne. Comment s’y prend-t-il pour réussir à sa mission? «Quand je gagne dix mille francs par semaine, j’en consomme une partie et j’envoie le reliquat à la maison pour aider ma famille. C’est comme ça la vie. Nous ne cherchons pas à nous enrichir, c’est juste pour survivre», explique-il sourire aux lèvres. Notre témoin affirme que, compte tenu du surnombre de taxis vélos et des restrictions imposées par la loi, son travail n’est plus rentable. A la question de savoir si les limites imposées par la Mairie ne dérangent pas leur travail, il a rétorqué que la loi doit être respectée quand bien même elle est très contraignante.
La sécurité au travail rassure le moins
Les travailleurs de ce secteur exercent dans des situations difficiles et parfois précaires malgré leur effectif croissant dans la ville de Bujumbura. Toujours exposés aux accidents de roulage, ils ignorent l’usage de la carte d’assurance maladie, qui est aujourd’hui un instrument adoucissant les difficultés liées à l’accès aux soins de santé dans les ménages.
La vie de ces braves gens omniprésents dans la circulation parfois trop fluide dans les rues de Bujumbura n’est nullement assurée. La question mérite d’être posée, et elle est pertinente. Comment s’y prennent-ils en cas de maladie? Tentant d’y répondre notre interlocuteur affirme qu’il est très difficile de se faire soigner pour un conducteur de taxi-vélo? « Nous nous organisons et réunissons nos maigres contributions pour faire soigner un ami en cas de maladie. Si la situation s’empire, nous mettons ensemble les moyens pour l’envoyer dans sa famille », explique ce chef de groupe.
On voit souvent certaines gens de cette catégorie prendre leur bain dans les eaux sales des rigoles aux abords de la rue. Ciza pense que ce sont ceux qui n’ont pas de l’eau à leur portée pour se rafraîchir, surtout quand la journée a été trop ensoleillée. «Nous, nous avons la chance d’en avoir ici tout près», dit-il. D’après les informations révélées par Ciza, la majorité de ces conducteurs de taxis-vélos habitent les quartiers périphériques de ville de Bujumbura. Ils travaillent dans les quartiers qu’ils choisissent eux-mêmes, parfois éloignés de leur domicile. Très souvent l’attachement à un ami ou à des connaissances à soi déterminent le choix du novice dans le métier.