Ils deviennent de plus en plus nombreux à terminer les études secondaires et à devenir domestiques : boys et nounous comme ils sont souvent appelés. Ils ne sont ni paysans ni intellectuels. Ils avaient des rêves qu’ils n’ont pas pu transformer en réalités. Ils n’ont pas eu mieux que de se contenter d’une autre vie, celle leur imposée par le destin malgré eux
Dans le temps, lorsqu’il fallait embaucher un nouveau groom ou nouvelle nounou, on lui demandait s’il avait eu la chance de mettre le pied à l’école ou s’il savait lire et écrire. Mais, aujourd’hui, il serait préférable de lui demander la section qu’il a fréquentée, car les actuels quémandeurs de ce genre d’emploi sont dans la plupart des cas, des lauréats des différents établissements, surtout ceux de l’intérieur du pays.
Nadine Ngabire : « Tous mes rêves sont tombés à l’eau le jour où j’ai constaté que je n’avais ni le droit d’aller à l’université publique, ni à l’université privée ».
Nadine Ngabire est détentrice d’un diplôme des humanités générales en pédagogie obtenu à un des lycées communaux de la province de Kayanza, à la fin de l’année scolaire 2019-2020. Elle est nounou dans le quartier Kanyosha en Mairie de Bujumbura. Elle n’a pas eu la chance de totaliser la note qu’il fallait pour fréquenter l’université publique. Suite à la situation financière délicate de sa famille, elle n’a pas eu non plus l’argent nécessaire pour être éligible à la formation dans une université privée, le seul choix qui lui restait était de rejoindre sa famille et d’aider ses parents dans les travaux ménagers. « Mes rêves allaient très loin, Je me voyais déjà dans un auditoire de l’université et ensuite dans un bureau. Mais d’un coup, tous mes rêves sont tombés à l’eau le jour où j’ai constaté que je n’avais ni le droit d’aller à l’université publique n’ayant pas obtenu assez de points, ni à l’université privée, car mes parents ne sont pas assez riches pour me payer une formation dans une université privée », raconte -t-elle. Elle n’arrivait pas à saisir à quoi lui a servi tout le cursus scolaire, pourquoi ses parents ont-ils gaspillé autant d’argent pour lui payer les études. « J’ai alors commencé à envier ceux qui ont abandonné tôt les études. Au moins, eux ils s’y sont déjà habitués et moi je dois faire un nouveau départ dans un travail qui ne me convient pas », conclut-elle
Tout sauf rester à la maison
De peur de rester à la maison et de continuer à être une charge pour des parents qui croupissent dans une pauvreté sans nom, la plupart d’entre eux acceptent d’exercer n’importe quel genre d’emploi pourvu qu’ils gagnent un peu d’argent. N’étant pas fiers de cette nouvelle carrière, certains préfèrent aller le plus loin possible là où personne ne saura le genre de travail qu’ils exercent. « J’avais honte de devenir taxi-vélo dans ma commune natale, devant les yeux de toutes ces personnes qui voyaient mes parents s’endetter pour me payer les frais scolaires. Je ne pouvais pas non plus rester à la maison sans rien faire. Il a fallu que je quitte le toit familial pour venir à Bujumbura », raconte Yves Niyubahwe, un jeune de 22 ans, taxi-vélo et détenteur d’un diplôme des humanités générales dans la section Langue. Au moins, il est sûr qu’il ne constitue plus une charge pour ses parents. Le peu d’argent qu’il gagne dans son métier de taxi- vélo lui permet non seulement de satisfaire certains de ses besoins, mais aussi d’envoyer un peu de sous à ses parents.
Ils ne sont ni paysans ni intellectuels
« S’il y a une fierté pour les enseignants, c’est bel et bien de voir leur ancien élève réussir sa vie. Mais, au contraire, ça fait mal au cœur, de le voir bloqué en cours de route parce qu’il a échoué l’examen d’Etat. Cela peut être de sa faute ou juste parce qu’il n’a pas eu des formations suffisantes pour se préparer à ce genre d’examen », fait savoir Marie Nahayo, enseignante. Selon toujours elle, l’origine de cet échec peut être la section fréquentée. Même si l’accès a un emploi est compliqué pour tout le monde, c’est plus difficile de trouver un emploi après avoir fait par exemple la section pédagogique ou les humanités générales et échouer l’examen d’Etat. Celui qui n’a pas d’argent pour se faire inscrire dans une université privée est condamné à exercer un métier qui ne lui convient pas, à la sauvette quoi! il n’est ni paysans car il a fréquenté l’école, ni intellectuel parce qu’il n’a pas de bagage suffisant.
Selon Mme Nahayo, le gouvernement devrait redoubler d’efforts pour leur fournir une formation conséquente.