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Transport en commun : Quelle marge de manoeuvre pour le client ?

Alors que les pénuries de carburant persistent au Burundi, les trajets en transport en commun deviennent de plus en plus éprouvants pour les voyageurs. Entre négociations de prix, surcharges répétées et pratiques intimidantes, les passagers semblent avoir perdu toute marge de manœuvre.

Les scènes observées pendant ce déplacement témoignent d’une réalité largement répandue : surcharge, négociations forcées, pratiques abusives et absence de contrôle effectif.

 

Un mercredi de fin novembre 2025, un journaliste de Burundi Eco se rend au Nord du pays. Faute de temps pour rejoindre le parking des bus situé au marché Cotebu, dans la ville de Bujumbura, il choisit d’attendre le bus sur la RN1, près de la présidence Ntare Rushatsi House. Là, les bus interprovinciaux défilent et s’arrêtent régulièrement pour sonder les passants : « Gitega ? Ngozi ? Muramvya ? Kayanza ? »

Comme d’autres voyageurs, il attend la bonne direction et surtout le bon tarif. Après une dizaine de minutes, un minibus de type Hiace en partance pour Ngozi s’arrête. Le convoyeur descend immédiatement pour embarquer les passagers. Le journaliste négocie le prix : fixé par le convoyeur à 30 000 BIF, le journal finira par obtenir un accord à 20 000 BIF. Un tarif au-dessus du montant officiel, justifié selon les transporteurs par la flambée et la rareté du carburant. Une réalité que les voyageurs finissent par accepter faute d’alternative.

La surcharge devenue une pratique systématique

A l’intérieur, le minibus n’est pas encore saturé: il manque cinq passagers pour atteindre les 18 places assises prévues par le constructeur. Le véhicule se remet en route et s’arrête à chaque fois qu’un candidat au voyage se présente. En un quart d’heure, tous les sièges sont occupés. C’est alors que commence le véritable inconfort.

Le convoyeur, en quête de profits supplémentaires, n’hésite pas à faire monter des passagers en surnombre. La rangée arrière, conçue pour quatre personnes, accueille systématiquement une cinquième. Les occupants se retrouvent entassés, assis partiellement les uns sur les autres, incapables d’occuper correctement l’espace. Cette pratique se répète sur tous les sièges du véhicule. Les protestations de certains passagers n’y changent rien, mais le convoyeur continue sa bavure comme si de rien n’était.

Fait marquant : une partie des voyageurs s’y est résignée. « Aujourd’hui, on voyage comme cela. Quoi qu’on dise, c’est peine perdue », glisse une femme assise près de la fenêtre. Le fatalisme devient une forme de stratégie pour supporter le trajet.

Changements de véhicule forcés et nouvelles négociations

Arrivé à Kayanza, la majorité des passagers descendent. Il ne reste qu’une poignée de voyageurs souhaitant poursuivre le trajet jusqu’à Ngozi. Le conducteur décide alors d’interrompre son trajet et propose les derniers passagers à un autre minibus qui, lui, est prêt à les embarquer pour Ngozi.

A peine installés dans ce nouveau véhicule, les passagers constatent que la méthode reste identique : les sièges prévus pour quatre personnes doivent en accueillir cinq. Ceux qui protestent sont immédiatement recadrés. Le conducteur prévient : « Celui qui n’est pas d’accord peut descendre. » Une intimidation imparable, car les bus sont rares. Les voyageurs se contentent de murmurer: « On descend pour prendre quel autre bus ? Souffrons, mais avançons. »

Entre résignation et impuissance des passagers

Le voyage se poursuit péniblement jusqu’à l’approche de la ville de Ngozi où les passagers descendent progressivement, désengorgeant le véhicule. Ce soupir de soulagement marque la fin d’un trajet époustouflant pour de nombreux Burundais.

Les scènes observées pendant ce déplacement témoignent d’une réalité largement répandue : surcharge, négociations forcées, pratiques abusives et absence de contrôle effectif. Dans ce système où l’offre est faible et les besoins importants, le client ne semble plus être roi. Il est devenu un usager vulnérable, contraint d’accepter ce que lui impose le transporteur pour espérer arriver à destination.

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