Site icon Burundi Eco

Travail des enfants : La loi dit non, la réalité dit oui

Dans la rivière Mugere, plusieurs mineurs œuvrent dans l’extraction des matériaux de construction. Une façon de gagner de l’argent pour nourrir leurs familles et subvenir à leurs besoins. La pauvreté qui règne dans leurs familles est la cause principale du travail des enfants interdit par le Code burundais du travail.

« Ce sont surtout les enfants qui extraient le gravier, car ils ont des hanches encore souples leur permettant de se courber plus facilement, contrairement aux adultes »

 

En bas du marché de Ruziba se trouve la rivière Mugere. A l’instar d’autres rivières traversant la ville de Bujumbura, les travaux d’extraction des différents matériaux de construction s’y déroulent. Parmi les extracteurs, des mineurs. Des pelles dans les mains, ils extraient du gravier. « Ce sont surtout les enfants qui extraient le gravier, car ils ont des hanches encore souples leur permettant de se courber plus facilement, contrairement aux adultes », explique une maman qui était en train de tailler les pierres au bord de cette rivière.

A part l’extraction du gravier, les enfants taillent aussi des pierres au bord de la rivière Mugere. Naomie, 16 ans, est l’une d’entre eux. En uniforme d’une école publique environnante, les cahiers dans la main, Naomie vient vers la rivière. Visiblement fatiguée et affamée, elle s’allonge sur une natte au bord de la rivière, juste le temps de se reposer. « Naomie, quand elle sort de l’école, vient directement ici sans même passer chez elle et sans avoir mangé. Oui, elle est obligée de le faire, ce sont les difficultés de la vie », nous raconte une tailleuse de pierres.

Une situation récurrente dans cette localité

Naomie a commencé à tailler des pierres près de la rivière Mugere très tôt, avant même de commencer l’école. Elle est la quatrième d’une fratrie de huit enfants, dont trois pêcheurs, un chauffeur et trois autres qui, comme leur sœur, taillent des pierres sur ce site. Malgré la faim et la fatigue, Naomie peut tailler des pierres pouvant remplir 5 à 6 bidons qui se vendent à 500 FBu chacun.

Elle n’est pas la seule enfant dans son entourage à mener ce genre de vie. Ces extracteurs nous racontent que pendant les vacances, les enfants sont encore plus nombreux sur ce site, car c’est là qu’ils trouvent de quoi acheter leurs fournitures scolaires. De même, le soir, quand les enfants sortent de l’école, le site se remplit. « Ce site est une bénédiction. Il est arrivé au bon moment. Beaucoup d’élèves ont commencé à travailler ici étant très jeunes et ont réussi à terminer leurs études grâce à l’argent gagné sur ce site », dit l’une d’entre elles. Selon l’âge et le travail donné, un enfant peut gagner autour de 5000 FBu par jour.

La pauvreté à l’origine de ce travail interdit

« C’est la pauvreté des parents qui pousse les enfants à faire ce genre de travail », ont répondu tous nos interlocuteurs. Comme ils l’expliquent, aucun enfant ne viendrait casser les pierres s’il n’était pas dans le besoin. Car, disent-ils, ce n’est pas le plus facile des travaux. Nul ne l’aurait souhaité à son enfant, n’eût été la pauvreté qui règne dans les familles.

Selon eux, ces enfants s’attèlent à ces travaux pour pouvoir obtenir de quoi manger. Pourquoi rentrer à la maison alors que tu es sûr qu’il n’y a rien à manger? C’est pourquoi la plupart des enfants viennent directement ici après l’école pour chercher de quoi manger le soir. Ou quand ils étudient l’après-midi, ils viennent le matin pour aider leurs parents à travailler ici. L’argent issu de ce travail permet à ces enfants non seulement de nourrir leurs familles, mais aussi de se payer différents besoins scolaires.

Le droit des enfants le dit autrement

La situation se présente comme telle alors que le travail des enfants mineurs est interdit par l’Organisation internationale du travail (OIT). L’article 32 de la Convention relative aux droits de l’enfant (1989) reconnait « le droit de l’enfant à être protégé contre l’exploitation économique et à n’être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social ».

Les parents disent qu’ils sont conscients que ces travaux sont disproportionnés à la capacité de leursenfants, mais qu’ils n’ont pas d’autre choix. Pour eux, le mal serait de leur interdire de continuer l’école. « Même si nous leur interdisons de venir travailler ici, ils vont piquer l’argent dans les poches des gens au marché. Au moins ici, ils apprennent le travail et aident leurs parents à nourrir leurs familles », concluent-ils.

Quitter la version mobile