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Le travail en réseaux scolaires : à abolir ou à encourager ?

Les conséquences du travail en réseaux scolaires commencent à se faire sentir. L’exemple le plus illustratif est relatif aux soupçons de vol des examens dans la direction communale de l’enseignement de Ntahangwa. Les apprenants, les enseignants et l’expert en éducation André Nduwimana s’en inquiètent et demandent l’abolition de ce système pour éviter les conséquences fâcheuses qui pourront s’ensuivre

Suite aux cas de soupçons de vol des examens du second palier dans la direction communale de l’enseignement de Ntahangwa, la direction provinciale de l’enseignement en Mairie de Bujumbura, dans sa correspondance du 23 mars 2021, a procédé à l’annulation de ces examens. Selon les apprenants qui se sont entretenus avec Burundi Eco, la cause principale de cette situation est le nouveau système de passer des examens uniques dans toutes les écoles de la même DCE dénommé «travail en réseaux scolaires» mis en place par le gouvernement ces derniers jours. «Les examens ont été trichés. La plupart des élèves avaient déjà les réponses», indiquent les élèves de certaines écoles implantées dans la commune Ntahangwa. Juste pendant l’étude, on a constaté des attroupements d’élèves. Ils se concentraient sur les exercices de certaines disciplines pour leur trouver des réponses. Par après, il a été révélé que ces exercices constituaient le corps de l’examen du second palier en préparation. Ces élèves font savoir que tout le monde s’est concentré seulement sur ces derniers pour ne pas se fatiguer pour rien.

André Nduwimana, expert en éducation et professeur à l’Université du Burundi : «Je ne suis pas du tout d’accord avec l’introduction de la passation d’un examen unique dans les écoles situées dans une même DCE».

Que l’ancien système soit restauré

Ces apprenants demandent qu’il faut que l’ancien système soit restauré. Selon ces derniers, pendant le choix des examens, on suppose que toute la matière a été dispensée et cela dans toutes les écoles. Ce qui est archifaux. Et d’ajouter que les conditions d’apprentissage ne sont pas les mêmes dans toutes les écoles. Selon un élève du Lycée Vugizo, ce système ne favorise pas l’excellence. Il précise cela, car, selon lui les épreuves qui constituent cet examen unique sont souvent faciles.

Les enseignants qui se sont entretenus avec Burundi Eco font savoir qu’ils avaient  déjà prévenu que ce système risque d’etre émaillé de pas mal de griefs et que les conséquences seront fâcheuses.  Ils indiquent qu’il y a un décalage horaire entre les moments de passation de l’examen. Ils affirment que des irrégularités se sont déjà manifestées au premier jour de la passation de l’examen lundi le 7 décembre 2020. Pendant la collecte des questionnaires, des cas de tricherie peuvent etre constates. Une enseignante dans l’une des lycées de la DCE Mukaza indique que des irrégularités au sein des directions communales chargées de choisir les examens ne cessent d’être enregistrées. «Les examens censées imprimés nous parviennent en manuscrits et tardivement», martèle-t-elle. Ce qui ne favorise ni l’enseignant, ni l’élève. Selon toujours elle, il n’est pas facile de respecter le même horaire de passation de l’examen dans toutes les écoles d’un même réseau. De plus, parce qu’on doit les taper à la machine et les multiplier, les éventuels cas de tricherie ne sont pas facile à maîtriser.

Le travail en réseaux scolaires n’est pas efficace

Selon une enseignante dans l’un des lycées de la DCE Ntahangwa, le travail en réseaux scolaires n’est pas efficace pour promouvoir le système éducatif burundais. Selon elle, être en réseaux scolaires suppose s’entraider entre les titulaires s’un même cours pour relever leurs niveaux. C’est aussi une bonne occasion pour organiser régulièrement des réunions dans l’optique de s’améliorer. Néanmoins, cette enseignante s’inquiète du fait que rien ne se fait.

De plus, un enseignant dans ladite DCE indique qu’il n’y a pas de règle qui régit les réseaux scolaires. «Il n’y a pas de document écrit qui régit les lignes directives de ce système d’évaluation», fait remarquer cet enseignant. Comme conséquences, les enseignants font remarquer qu’il y aura un ralentissement du niveau de l’apprentissage chez certains élèves et un relâchement dans le mode d’évaluation. Avant de mettre en place ce système, ils laissent entendre que l’Etat devrait considérer quelques points tels que l’excellence recherchée par certains établissements, le pouvoir de l’enseignant sur l’élève, le manque de ressources humaines, le manque de matériels didactiques, le problème d’encadrement, etc. A titre d’exemple, ils ne voient pas comment une classe qui n’a pas de professeurs en suffisance peut être évaluée au même titre que les autres. Suite à cette situation, certains élèves seront  défavorisés par rapport aux autres.

Le travail en réseaux scolaires favorise l’échec

Selon les propos relayés par nos confrères du groupe de presse Iwacu, Emmanuel Mashandari, président du Conapes trouve que ce système ne favorise pas la réussite. Selon lui, certains élèves vont passer un examen sur une matière non vue. Dans ce cas, l’échec est garanti.

La mesure est non seulement injuste, mais aussi anti-pédagogique voire dangereuse

André Nduwimana, expert en éducation et professeur à l’Université du Burundi n’est pas du tout d’accord avec l’introduction de la passation d’un examen unique dans les écoles situées dans une même DCE. Selon lui, la compétence recherchée est évaluée au bout d’un cycle à partir des contenus des domaines. C’est pour cela que les tests de classement ou les examens nationaux se font à  la fin de l’année. Pour lui, la mesure est non seulement injuste, mais aussi anti pédagogique voire dangereuse. En tant qu’expert, son avis est que chaque école devrait s’organiser pour terminer les programmes dans les délais en fonction de son potentiel matériel pédagogique et des ressources humaines disponibles. Il souligne cela, car toutes les écoles ne sont pas au même niveau sur les points susmentionnés. A titre d’exemple, on peut commencer l’année scolaire sans professeurs de Maths, d’Anglais, etc soit parce qu’ils n’existent pas à cette école, soit parce qu’ils sont en congé de maternité. Selon lui, chaque école devrait prendre toutes les stratégies et mesures nécessaires afin de terminer le programme avant la clôture de l’année.

Selon Toujours Nduwimana, évaluer toutes les écoles au bout d’un trimestre est donc injuste. Chaque enseignant a sa façon d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé en suivant le guide méthodologique indiqué. Il a  l’obligation d’enseigner,  de suivre ses écoliers et surtout de les évaluer pour enfin prendre des mesures de remédiation conséquentes. Un enseignant qui n’évalue pas ses élèves ne pourra jamais redresser sa classe, surtout aujourd’hui ou on a des classes nombreuses. Il y a des écoles performantes qui ont toujours de bons résultats dans l’ensemble.

Néanmoins, parce que l’examen trimestriel semble trop facile, Nduwimana signale que le risque est que les élèves démotivés n’afficheront aucun effort pour réussir. De même pour les écoles à faibles performances. Les élèves seront découragés. Ils ne fourniront aucun effort pour réussir. En ces temps où la déontologie professionnelle fait défaut à pas mal de directeurs d’écoles et d’enseignants, Nduwimana s’inquiète du fait que la garantie de la discrétion des épreuves est mise à rude épreuve. La compétition n’est plus au niveau des écoles ou des écoliers. Certains directeurs useront de tous les moyens, y compris de la tricherie pour mieux apparaitre. Pour lui, les examens uniques qu’il faut encourager sont seulement les tests de fin de cycle.

Notons que la direction provinciale de l’enseignement en mairie de Bujumbura indique que cette mesure permettra de repérer les professeurs qui n’achèvent pas le programme scolaire à temps. Elle affirme que ce système est non seulement avantageux pour les professeurs, mais aussi pour les apprenants.

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