Une bonne partie des personnes vivant avec un handicap au Burundi baignent dans une misère sans nom. Certains d’entre eux prennent leur handicap comme une cause noble pour mendier. D’autres par contre parviennent à se créer des activités génératrices de revenus et contribuent ainsi au développement de la société. Thacienne Ngirabagenzi nous partage son témoignage
Thacienne Ngirabagenzi vit avec un handicap des jambes. Un handicap qu’elle n’avait pas à la naissance, mais qu’elle a subi au bas âge. Elle est la benjamine dans une fratrie de sept enfants. La plupart des burundais vivant avec un handicap, surtout les filles ont peu de chance de mettre leurs pieds à l’école. Ngirabagenzi, elle, a eu la chance d’être mis sur le banc de l’école comme ses paires bien portantes.
Dans sa vie scolaire, elle subissait des contraintes liées à son handicap. Elle a pu y faire face grâce au soutien de sa famille et à sa détermination. Après l’école primaire, elle a été admise au centre des handicapés de Kiganda dans la province de Muramvya. Elle a ainsi eu l’opportunité d’apprendre le métier de couture.
Thacienne Ngirabagenzi : « Je souhaitais énormément avoir ma propre entreprise et ainsi avoir la possibilité d’aider les autres. Je désirais beaucoup être celle à qui les autres demandent services et pas forcément le contraire ».
A la recherche de sa dignité
Ngirabagenzi n’a pas eu la chance de continuer les études faute de moyens financiers. Elle a donc décidé de venir à Bujumbura pour chercher un emploi, même si ce n’était pas la voie la plus facile. L’envie d’être sa propre patronne était ardente depuis son jeune âge. Cela était pour elle sa vraie dignité. « Je souhaitais énormément avoir ma propre entreprise et ainsi avoir la possibilité d’aider les autres. Je désirais beaucoup être celle à qui les autres demandent services et pas forcément le contraire », témoigne-t-elle.
Dans cette lutte pour son autonomisation, Ngirabagenzi a rencontré mille et un défis entre autres le manque de moyens tant financiers que matériels, mais aussi la méfiance de certaines de ses clients. « Ce n’est pas toujours facile de se lancer dans un tel métier pour une personne vivant avec un handicap. Ce n’est pas tout le monde qui peut te faire confiance. Mais cela ne te décourage pas lorsque tu sais ce que tu veux », confie-t-elle.
Vouloir c’est pouvoir
Ce courage d’avancer sur un long chemin plein d’embûches l’a amené à un pas satisfaisant. Aujourd’hui, elle possède un atelier de couture sis au quartier Jabe en mairie de Bujumbura qui lui permet de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Sa prière de pouvoir être utile aux autres personnes a été exaucée. Aujourd’hui, elle a une équipe qu’elle initie à ce métier de couture. Sa plus grande fierté comme elle le témoigne est de se voir entrain de dispenser ses connaissances aux autres, que ce soient ceux vivant avec un handicap ou non.
Elle reconnait l’effort du gouvernement pour assurer le bien-être des personnes vivant avec un handicap, mais également elle a quelques doléances. « Malgré notre travail, une bonne partie de notre gain est dépensée dans le transport. Parce que là où les autres peuvent marcher à pied, ce n’est pas toujours possible pour nous », regrette-t-elle. L’accès aux bus ne facilite pas la tâche aux personnes vivant avec un handicap. Elle propose que la convention que le Burundi a signé en 2018 soit mis en application.
Le handicap n’est pas une fatalité
Certaines personnes vivant avec un handicap pensent qu’être handicapé est une excuse pour mendier. Pour elle, si une personne n’est pas handicapée psychologiquement, sa dignité se trouve dans le fait de travailler et de subvenir à ses besoins.
Elle regrette que certains parents discriminent leurs enfants vivant avec un handicap et que cela affecte malheureusement toute leur vie. « Une famille ayant des enfants vivant avec un handicap a un grand rôle à jouer pour le bien-être de ceux-ci si l’enfant handicapé est discriminé à la maison, de même l’entourage le discriminera. Mais s’il est valorisé à la maison, rien n’empêche qu’il soit valorisé dans la société », fait-elle savoir.
« N’eût été le soutien de ma famille, je n’aurais pas franchi ce pas malgré la bonne volonté de vouloir me développer financièrement », ajoute-t-elle. Elle conseille cependant les parents ayant des enfants vivant avec un handicap à les soutenir et à les pousser vers l’avant.