Les femmes administrent efficacement les collines. C’est ce qui ressort des témoignages recueillis vendredi le 25 juillet 2025 lors d’un panel organisé par le Centre d’Alerte et de Prévention des Conflits (CENAP) à Bujumbura. Les femmes gèrent avec rigueur, équité et proximité les affaires communautaires au niveau local. Ce qui a fait qu’un appel a été lancé à tout un chacun pour soutenir les candidatures féminines lors des prochaines élections des chefs collinaires du 25 août 2025
« Le développement de la femme entraîne celui de la famille, de la communauté et du pays tout entier ».
Selon Libérate Nakimana, directrice du CENAP, ce panel s’inscrit dans le cadre des efforts de renforcement des capacités des citoyens burundais. « Aujourd’hui, nous avons réuni des leaders politiques, religieux, communautaires ainsi que de jeunes leaders, afin qu’ils réfléchissent ensemble sur le rôle de la femme et l’importance de sa présence dans les instances de prise de décision », a-t-elle déclaré.
Mme Nakimana a également rappelé que de nombreux proverbes et slogans soulignent que le développement de la femme entraîne celui de la famille, de la communauté et du pays tout entier. C’est dans cette logique, informe-t-elle, que le CENAP a voulu rassembler des personnes issues d’horizons divers, avec des expériences et des parcours variés, afin qu’elles partagent leurs vécus et inspirent les jeunes leaders à s’engager, notamment en se portant candidats aux prochaines élections.
Un poids démographique, une voix réduite
Pour Désiré Nitunga, directeur général de la Coordination des ONGs et de la Promotion des Libertés Publiques au sein du ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique, les femmes représentent environ 53 % de la population burundaise.
Cependant, en matière de participation politique, la représentation féminine dans les instances de prise de décision devrait atteindre au minimum 30 %, conformément aux engagements nationaux. Ce seuil est respecté voire dépassé dans certaines structures. Par exemple, à l’Assemblée Nationale et parmi les gouverneurs de province, la représentation atteint 40 %. Le Sénat et les conseils communaux respectent également le quota des 30 %.
Néanmoins, des disparités persistent, notamment dans certaines institutions où les femmes restent absentes principalement à cause des freins culturels et des stéréotypes enracinés.
« Parfois, les femmes elles-mêmes hésitent à s’engager en politique ou peinent à se soutenir mutuellement dans les urnes alors que, sans elles, aucun développement durable n’est possible », reconnait M. Nitunga.
Alphonsine Bigirimana, activiste engagée dans le développement inclusif, met en évidence les racines profondes de l’exclusion des femmes des instances de prise de décision. Selon elle, cette marginalisation trouve ses origines dans des facteurs culturels et religieux. Toutefois, elle souligne que la législation actuelle tend à corriger cette situation même si certaines imperfections subsistent.
La femme, un leadership trop souvent sous-estimé
Rose Hakizimana, cheffe de la colline Mutobo, située dans la commune Tangara de la province Butanyerera affirme que les collines dirigées par des femmes sont généralement bien gouvernées. En poste depuis dix ans, elle se souvient qu’avant de se porter candidate, elle avait d’abord sollicité l’accord de son époux, une démarche qu’il avait acceptée de bon cœur.
Une fois élue, Madame Hakizimana a adopté une approche inclusive. Elle a commencé par organiser des réunions de proximité, allant de ménage en ménage, avant de convoquer des assemblées plus larges. Son objectif était clair. Il s’agissait d’inciter les citoyens à contribuer au développement non seulement de leur foyer, mais aussi de la nation tout entière.
« Une autre chose que j’ai priorisée, c’est de montrer mon affection à mes administrés. Je m’efforce de connaître les personnes malades sur ma colline ; je leur rends visite ou, à défaut, je leur envoie un message », témoigne-t-elle, tout en encourageant les autres femmes à briguer des postes de responsabilité.
De son côté, Audrey Iradukunda, jeune innovatrice engagée dans le développement de la région des Grands Lacs souligne les obstacles auxquels les femmes aspirantes à des fonctions électives font face. Elle déplore notamment les contraintes financières qui freinent leur capacité à mener efficacement une campagne électorale. Elle évoque également les quotas ethniques qui peuvent constituer un frein supplémentaire.
Mme Iradukunda lance un appel aux femmes à ne pas céder au découragement : « Il ne faut pas se considérer comme vulnérables. Il faut oser, s’engager et occuper l’espace politique ». Francine Munezero, membre du groupe de dialogue permanent de la commune Cibitoke dans la province de Bujumbura exprime son regret face à certaines femmes qui ont accédé à des instances de prise de décision, mais qui n’ont pas su jouer un rôle de modèle positif. Ce qui décourage les autres femmes à s’engager dans la gouvernance locale.
A l’approche des élections des chefs de colline et de quartier prévues pour le 25 août 2025, François Bizimana, porte-parole de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) indique que la participation des femmes candidates reste relativement faible avec une moyenne communale allant jusqu’à 11 %.
Cependant, il précise que la législation actuelle ne prévoit pas de quota de 30 % pour ces élections locales contrairement à d’autres niveaux de représentation. Cela signifie que tout citoyen est libre de faire campagne pour une candidate. Ce qui pourrait permettre à certaines collines de dépasser ce pourcentage par simple engagement communautaire.
« La loi n’impose pas de seuil, mais l’implication des électeurs peut faire toute la différence », souligne-t-il, tout en appelant à un soutien accru des femmes candidates sur le terrain.