Site icon Burundi Eco

Une goutte d’eau qui fait déborder la vase

La pénurie du carburant qui perdure met à rude épreuve l’économie burundaise qui peine à résister aux chocs extérieurs. La double crise économique liée à la volatilité des cours des matières premières et les effets de la pandémie de Covid-19 frappent de plein fouet tous les secteurs de la vie socio-économique du pays. 

Les contraintes liées à la mobilité urbaine sautent directement aux yeux avec les files d’attente intermittentes au niveau des quartiers et au centre-ville. L’embellie des prix des produits vivriers disparait progressivement sur les différents marchés du pays. Ce qui fait craindre une stagflation avec le ralentissement de l’activité économique.

Benjamin Kuriyo, Directeur de publication

Le pays est fortement dépendant des importations avec une balance commerciale très déficitaire. Cela explique en partie la flambée des prix de la quasi-totalité des produits importés. Les distorsions du marché de change ponctuées par la chute sensible des réserves de devises est à l’ origine de la dislocation des chaînes d’approvisionnement. La situation se présente ainsi alors que les sources de devises tarissent. 

Le pays tire essentiellement ses devises des exportations domestiques du café, du thé, les subventions des partenaires au développement et des prêts. Il y a trois ans, le café était jusque-là la principale culture d’exportation avec un apport d’au moins 60 % en devises. Par ailleurs, les exportations du café ont chuté au cours de la campagne précédente suite au désintéressement des caféiculteurs. Les recettes issues du thé et du coton qui devraient supplanter le café connaissent une production en nette régression depuis des années. Pire encore, les recettes minières stagnent avec la suspension des travaux d’exploitation des sites miniers il y a de cela plus de six mois. Ainsi, le pays se prive de l’une des principales sources de devises pour redresser son économie. 

Le pays beigne dans un marasme économique sans précédent. Tous les indicateurs sont au rouge. La dette publique intérieure frôle les trois milliards de BIF alors que le budget de l’Etat reste en deçà de 2 000 milliards de FBu. Dans ces conditions, l’Etat emprunte pour financer son fonctionnement. Par conséquent, le déficit public assèche les capitaux intérieurs en l’occurrence les capitaux du secteur bancaire et financier. Par effet d’éviction, le financement du secteur privé est évincé par le financement du déficit public. Le secteur bancaire a tendance à financer le déficit budgétaire au lieu de financer les entreprises. 

L’inflation atteint des chiffres record au fil des années et la monnaie locale se déprécie de façon continue. Ce qui se répercute sur le pouvoir d’achat de la population qui se détériore de plus en plus.  A en croire les propos tenus par l’éminent professeur Léonce Ndikumana lors  du forum national sur le développement, l’inaction n’est pas du tout une option. Celui-ci invitait les pouvoirs publics à prendre rapidement le taureau par les cornes. « L’inaction n’est une option. Chaque jour qui avance rend le problème plus difficile à résoudre. Et chaque jour qui passe décourage les gens qui attendent des solutions à ce problème ». 

Ainsi, suggéra-t-il, des réformes doivent être entreprises.  Il faudra entreprendre des projets qui permettront à amortir les chocs sur les ménages, notamment les projets de protection des filets sociaux. Le coût de la vie augmente alors que les salaires stagnent. Alors c’est ça le problème dont il faudra aussi tenir en compte. Donc les politiques macroéconomiques sont plus importantes et surtout il faudra tenir compte des effets inflationnistes sur les biens et services importés, suggère l’économiste-chercheur. La diversification des produits d’exportation est une priorité pour maximiser les recettes en devises. L’arabica burundais tant convoité au lieu d’être un ingrédient pour les lots de mauvaise qualité devrait être transformé et labélisé pour être commercialise sur les marchés de niche avec une certaine valeur ajoutée. La liste des produits à exporter est longue, mais il faudra une bonne stratégie pour conquérir le marché d’écoulement avec de bons outils pour la traçabilité des devises. 

Quitter la version mobile