Certains jeunes Burundais ont opté pour la valorisation de leurs talents pour pallier au chômage et plus d’un vivent des fruits de cette valorisation. Ce capital par excellence comme le qualifie ces jeunes entrepreneurs peut se suffire à elle seule pour générer des revenus. Malheureusement, le système éducatif burundais ne met pas un accent particulier sur cette alternative qui pourrait peut-être diminuer le taux de chômage si elle était bien exploitée
D’aucuns estiment que le tressage des cheveux est un métier réservé aux femmes illettrées au Burundi. Alaine Ngendakumana prouve le contraire. Elle a le niveau Master en Audit et contrôle de gestion. Depuis son jeune âge, à chaque fois qu’elle voit une personne tressée, l’envie de reproduire la même chose la prend. C’est ainsi qu’elle a commencé à se tresser les cheveux elle-même mais, jusque-là, sans intention de le faire comme un métier. Ce n’est que lorsqu’elle est arrivée à l’université qu’elle a pensé à faire recours à son talent pour subvenir à ses différents besoins. « Si je peux me tresser les cheveux moi-même, à plus forte raison je pourrais tresser ceux des autres », s’interroge -t-elle. Heureusement, son talent suffisait pour débuter ce métier. Sinon, elle ne disposait aucun autre capital financier comme elle le fait savoir.
La valorisation des talents permet de générer des revenus même en l’absence du capital financier.
Un talent bien valorisé, un gain sûr
De l’argent découlant de ce métier, Ngendakumana a pu se payer les études supérieures dans une université privée, les frais pour les stages et pour la rédaction de son travail de fin d’études. Cet argent lui a permis également de réaliser son projet de salon de beauté. Pour elle, le tressage des cheveux est un métier qui vaut de l’or, un gagne-pain en plus d’être sa passion. Comme elle le témoigne, avec ce métier, elle peut facilement gagner à peu près 100 mille FBu par jour, une somme qui lui permet d’avoir une stabilité supérieure ou égale à celle de la plupart des fonctionnaires Burundais, mais avec l’avantage qu’elle travaille pour son propre compte.
Elle compte commencer à apprendre aux jeunes qui le souhaitent différents métiers comme le tressage des cheveux, la plantation, la fabrication des boulettes, des jus de fruits, des pots à fleurs, etc. Plus déterminée que jamais, elle a déjà acheté certains matériels comme des moules pour la fabrication des pots à fleurs, des mixeurs pour la fabrication des boulettes et un presse-fruit pour la fabrication des jus. Elle appelle les jeunes Burundais à ne pas se laisser victimisés par le chômage, mais plutôt de saisir chaque opportunité pour apprendre le premier métier qui se présente.
La valorisation des talents, une alternative contre le chômage
Arnaud Irakoze est un jeune de 25 ans. Depuis son jeune âge, il prenait plaisir au bricolage de différents appareils. Après avoir terminé ses études secondaires, il n’a pas pu continuer ses études universitaires faute d’argent. C’est ainsi qu’il a fait recours à son talent pour gagner sa vie. « Dans mon entourage, tout le monde me connaissait et s’il y a quelqu’un qui voulait faire réparer son appareil, il n’hésitait pas à me contacter », témoigne-t-il. Au début, j’utilisais le peu de matériel qui était à ma disposition. Donc, le seul capital dont j’avais besoin pour travailler était mon talent de bricoleur. C’est l’argent découlant de ce métier qui m’a permis d’ouvrir une petite boutique pour avoir une adresse fixe. « Maintenant, je compte donner de l’emploi à d’autres personnes pour que je puisse poursuivre mes études car, aujourd’hui, je vois que je suis en mesure de me payer les frais académiques avec l’argent découlant de ce métier », se réjouit-il.
Selon Ngendakumana, chacun possède un talent, qu’il soit exploité ou pas. Malheureusement, très peu de jeunes ont eu la chance de détecter leurs talents et de les faire valoir. Le grand défi est que le système éducatif burundais n’encourage pas la valorisation des talents alors qu’elle pourrait constituer une alternative au chômage. Cela fait que certains jeunes relèguent aux oubliettes leurs talents ou tout simplement ne les exploitent pas croyant qu’ils ne vont pas leur servir à quelque chose dans l’avenir, surtout en matière d’emploi. Pourtant, selon Alène Ngendakumana, la valorisation des talents permet de générer des revenus même en l’absence du capital financier, si minime soit-il.