Des mèches, de la farine, des paniers, etc. La liste des produits qu’on peut fabriquer à partir de la banane et de ses dérivés n’est pas exhaustive. Willy Tuyisenge l’a compris et a décidé de valoriser au maximum la culture de la banane tout en créant de l’emploi et en protégeant l’environnement. Pourtant, de telles innovations sont souvent handicapées par l’insuffisance des financements.
Les mèches fabriquées par cette société sont biodégradables contrairement aux mèches synthétiques importées qui polluent l’environnement.
Willy Tuyisenge est un jeune entrepreneur habitant la commune de Rutana dans la province de Burunga. Il représente la Société de la Valorisation de la Banane (SOVAB). Concrètement, cette société fabrique des mèches à base de fibres de banane. Elle produit également de la farine de banane, des paniers et d’autres objets à partir des fibres de banane.
Comme le précise M. Tuyisenge, leurs produits sont venus pour relever plusieurs défis existants. Les mèches fabriquées par cette société sont biodégradables contrairement aux mèches synthétiques importées qui polluent l’environnement. Les mèches made in Burundi sont solides et durables, car elles peuvent être utilisées pendant plus de six mois. « Concernant la farine que nous produisons, elle peut remplacer la farine d’arachides dans la cuisson et peut aussi se mélanger à d’autres farines pour faire de la bouillie et peut aussi être utilisée dans la pâtisserie », précise-t-il.
Un projet commencé avec rien
Comme le raconte cet innovateur, l’idée de ce projet a germé en 2022 alors que Tuyisenge et 23 autres jeunes prenaient part à une formation sur l’entrepreneuriat. Mais 4 d’entre eux ont lancé l’initiative après avoir fait des recherches sur Internet pour comprendre comment cela fonctionne.
Le but était de protéger l’environnement et de valoriser la culture de la banane, en permettant aux agriculteurs d’en tirer plus de bénéfices. « Un cultivateur de bananes attend longtemps avant de récolter, mais les profits sont souvent minimes. Avec notre approche, il gagne sur le fruit, mais aussi sur les résidus que nous lui achetons », fait savoir Tuyisenge.
Au départ, ils n’avaient rien, juste un bananier que Tuyisenge avait demandé à ses parents. « J’ai commencé à les découper et à chercher comment en extraire les fibres. De ses fruits, nous avons pensé à les sécher au soleil pour en produire de la farine », se souvient-il. Cette expérience a été couronnée de succès. C’est ainsi qu’ils ont décidé de présenter ce projet au programme PAEEJ et il a été classé premier au niveau provincial lors d’un concours et a été financé à hauteur de 15 millions de FBu.
Un long chemin jalonné d’embûches
Avec le financement du PAEEJ, ils ont voulu améliorer leur production en commençant par l’achat des machines. Malheureusement, cela a tourné au vinaigre. Un des quatre membres a escroqué ses coéquipiers en détournant l’argent destiné à l’achat d’une machine, soit un montant s’élevant à 8 millions de FBu. Les promoteurs initiaux du projet, après avoir constaté le vol, se sont retirés progressivement. « Aujourd’hui, nous avons une nouvelle équipe de 4 personnes. Malgré cela, nous n’avons pas abandonné. Nous avons continué à travailler manuellement », dit-il. Cela a affecté l’évolution de leur projet car, avec les mains, ils ne produisent que de petites quantités.
Pour lui, leur besoin primaire est l’acquisition d’une machine pour sécher les bananes en grandes quantités. « Cela nous aiderait beaucoup, surtout pendant la saison des pluies où le séchage au soleil est impossible. De même, une machine nous permettrait de produire des mèches en bonne quantité et qualité », dit-il.
Un projet plutôt ambitieux
Pour maximiser la disponibilité de la matière première, cette société a également lancé un projet de production de bananes sur ses propres terres. Des partenariats avec des coopératives agricoles ont été établis pour faciliter l’approvisionnement en matières premières. « Notre ambition est de produire à grande échelle pour desservir tout le pays afin que les devises utilisées pour importer les mèches restent au Burundi. Nous voulons créer l’emploi pour de nombreux jeunes, améliorer les conditions de vie des familles et contribuer au développement du pays », souligne Tuyisenge.
Pour la réussite des projets innovants des jeunes, Tuyisenge a des propositions. Selon lui, le PAEEJ devrait évaluer la portée des projets pour les financer adéquatement. « Notre projet a remporté un concours, mais le financement a été limité à 15 millions de FBu, alors qu’un projet industriel nécessite au moins 40 à 50 millions de FBu. Le PAEEJ devrait revoir les projets qu’il a financés et renforcer son appui », estime-t-il. Selon toujours lui, il faudrait aussi que d’autres ONGs soutiennent les jeunes innovateurs, surtout ceux dont les projets permettent de réduire les sorties de devises.