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VBG, un monstre parmi nous

Ces derniers jours, il s’observe une persistance de violences basées sur le genre (VBG). Plus de 590 cas de viols enregistrés jusqu’en juin au centre Seruka. Cette situation inquiète les associations qui luttent en faveur des droits de la femme. Le ministère en charge du genre indique qu’il ne ménage aucun effort pour éradiquer à jamais ce genre de crime

Le cas le plus récent s’est passé vendredi le 7 août 2020 en province Kayanza. La nommée Floride Nshimirimana, 27 ans et mère de 3 enfants a été brutalement battue par son mari Fulgence Ndayungeko. La cause aurait été 500 FBu que Floride n’a pas remis à son mari après l’achat d’une boisson pour un visiteur. Cet argent était resté à la boutique. La femme a été gravement blessée suite aux coups qu’elle a reçu. Actuellement, elle est hospitalisée à l’hôpital de Kayanza.

Mardi le 4 août, une femme de 36 ans a été assassinée par son mari vers 22 h du soir. Ce carnage s’est déroulé dans la commune Bugabira de la province Kirundo. Le motif serait qu’avec l’aide de sa sœur, son mari avait amené une seconde épouse. L’administrateur de la commune Bugabira indique que le mari et sa sœur ont été appréhendés. Ils se trouvent au cachot de la commune Bugabira

Mercredi 1er juillet au quartier Nyamugari se trouvant au chef-lieu de la province Karusi, une fille non identifiée d’une vingtaine d’années a été retrouvée inanimée. Ce corps a ensuite été acheminé à l’hôpital du Cinquantenaire par le chef de ce quartier en collaboration avec la police.

Ces cas sont loin d’être isolés

Le 9 juillet, un corps sans vie d’une adolescente de 18 ans du nom de Marie Annick Ndayishemeze, élève au Lycée Communal de Musongati relevant de la province Rutana a été retrouvé par la police dans une plantation d’eucalyptus. La victime aurait été poignardée à la gorge après avoir été violée.

Au centre Seruka, 597 cas de viols ont été enregistrés de janvier à juin 2020.Au centre Seruka, 597 cas de viols ont été enregistrés de janvier à juin 2020.

En date du 14 juillet 2020, vers 7 h00, sur la chaîne de montagne Munanira de la commune Gihogazi, province Karusi, Anita Nshimirimana, âgée de 20 ans a été brûlée vive avec de l’essence par des criminels non encore identifiés avant d’être jetée à cet endroit. Toutefois, le premier suspect du nom de Roger Havyarimana, pasteur à l’Eglise Pentecôte, a été arrêté du fait que la victime aurait été engrossée par ce pasteur d’une église Pentecôte qui aurait eu peur que le cas soit connu par son église. Pour rappel, la victime était portée disparue depuis le 6 juillet.

Le 7 juin, une femme de 42 ans est morte sur la colline Gasave de la commune Kirundo. Selon l’administrateur de cette commune, elle aurait succombé aux coups de pieds sur la poitrine lui infligés par son mari parce qu’elle réclamait l’argent issu de la vente des haricots effectué par son mari. Selon la police, certains suspects ont été déjà appréhendés et les enquêtes sont en cours pour identifier les auteurs et les traduire en justice.

Plus de 590 cas de viols enregistrés jusqu’en juin au centre Seruka

Gloriose Nyakuza, chargée des formations et encadrement des stages au centre Seruka fait savoir que le viol vient en tête des cas reçus. Elle distingue la violence sexuelle des violences physiques, psychologiques et conjugales. 597 cas de viols ont été enregistrés de janvier à juin 2020. Les autres formes de VBG viennent en second lieu. 6 cas en janvier, 7 cas en février, 15 cas en mars, 8 cas en avril, 9 cas au mois de mai, 9 cas au mois de juin. De ces cas de viols, 79 cas sont des victimes de moins de 5 ans, 182 cas ont entre 5 et 12 ans et 180 cas ont entre 13 et 17 ans.

Mme Nyakuza précise que ce centre enregistre mensuellement une moyenne de 101 cas de violences basées sur le genre. Selon elle, la culture burundaise est l’une des causes qui favorise la prolifération de ces crimes en ce sens qu’elle sous-estime et humilie la femme. Les violences physiques, économiques et psychologiques sont considérées comme normales et certaines femmes vivent longtemps avec cette humiliation. Ce nombre peut aller au-delà du fait que dans les centres-villes, les femmes ne dénoncent pas ce genre de violence.  « Par rapport aux femmes urbaines, les femmes rurales s’expriment librement ». Et Mme Nyakuza d’ajouter qu’il existe plusieurs formes de VBG. « Malheureusement, ceux qui viennent les dénoncer se comptent sur les doigts de la main ». En outre, demande-t-elle, des mesures fermes doivent être prises pour éradiquer ce fléau.

Le ministère sur le coup

Donatienne Girukwishaka, directrice générale de la protection de la femme et de l’égalité des genres au sein de ce ministère fait savoir que le ministère est au courant de ces cas de VBG.  Chaque jour, il reçoit des informations et collabore avec les agents de santé, de la sécurité et de la justice pour savoir ce qui se passe et les pistes de solutions. Cela est la première priorité des agents des centres de développement familial et communautaire (CDFC).  Ces derniers sont représentés jusqu’au niveau collinaire. «C’est pour cela que chaque cas de VBG est connu par le ministère». Mme Girukwishaka insiste sur le fait que ces derniers veillent à ce que les victimes soient assistées psychologiquement et juridiquement. Les agents des CDFC qui ne sont pas des psychologues ont eu des formations pour assurer une assistance psychologique aux victimes. «Ils les accompagnent dans les centres de prise en charge également pour ceux qui ont besoin de soins de santé». Pour les cas où les VBG dégénèrent jusqu’à l’assassinat, on assiste les enfants de la victime. Et de renchérir que s’il y a des signes avant-coureurs, les voisins de la victime ont le droit d’alerter les autorités habilitées.

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