Le gouvernement s’active pour la redynamisation et l’extension de la Société Sucrière du Moso (SOSUMO) dans l’optique d’augmenter la production jusqu’à 40 mille tonnes et satisfaire au moins le marché local. Pour atteindre cet objectif, un montant de 20 millions USD offert par les actionnaires rôdés en matière de sucrerie est nécessaire. Le personnel sent une odeur de la privatisation de cette société.
Joseph Butore, Deuxième Vice- Président de la République en compagnie de certains hauts cadres de l’Etat et de la SOSUMO en train de visiter les plantations de canne à sucre.
Sur une propriété de 5800 ha dont dispose la SOSUMO, seulement 3360 ha sont exploités, indique Salvator Sindayihebura, directeur du département de l’agriculture. Il se lamente qu’on ne parvient plus à broyer toute la quantité de canne à sucre produite par campagne sur cette propriété, car la capacité installée de cette usine est de 55 tonnes de canne à sucre par heure, soit 1250 tonnes de canne à sucre/jour.
Selon Joseph Butore, Deuxième Vice- Président de la République, la SOSUMO a une production qui tourne autour de 20 mille tonnes de sucre et 23 mille/an. L’exception s’est observée en 2014 où la production était de plus de 25 mille tonnes de sucre suite au climat qui a été bon. Il s’inquiète qu’on n’a jamais atteint ce résultat avant cette période. Plus la production de sucre baisse, plus le pays en pâtit. Pire encore, une grande partie de la valeur ajoutée est allouée à la masse salariale.
94% de la valeur ajoutée a été allouée à la masse salariale en 2015
En 2015, Butore fait savoir que 94% de la valeur ajouté a été utilisée pour le paiement du personnel. Plus les salaires et les primes augmentent, la production restant constante, plus il y aura un moment où la SOSUMO va contracter un crédit pour payer le personnel. Il y a une société de l’Etat qui a connu ces moments difficiles, martèle-t-il. Pour des sociétés sucrières comme la SOSUMO, seulement 25% de la valeur ajoutée, en se référant à la production enregistrée, est destinée à la masse salariale.
Revoir le règlement du personnel pour le bien- être de la SOSUMO
Pour le bien-être de cette société et de son personnel, il y a une étude qui note qu’il faut réviser le réglement du personnel. Cela a fait que quelques articles ont été révisés pour adapter les salaires et les primes à la production de cette usine. Au regard de son état financier, son avenir est incertain car on n’épargne rien pour le remplacement des pièces de rechange usées. C’est la raison pour laquelle le décret-loi du 21 novembre 2016 a mis en place un comité de pilotage pour la redynamisation et l’extension de cette usine.
La transparence dans la gestion du trésor de la SOSUMO, une nécessité
L’audit comptable et financier de la société précise qu’il faut comptabiliser tout ce qui s’opère dans les services qui constituent le trésor de la SOSUMO. Cela a été suggéré car on a constaté qu’il y a des services qui ne sont pas considérés comme ceux de la SOSUMO car ils ne sont nulle part enregistrés dans les rapports de cette société. Ce qui souille son image. Mettre en place le service de comptabilité analytique pour plus de transparence dans la gestion est une nécessité comme le précise l’audit. L’audit organisationnel, quant à lui, montre qu’il est possible de booster la production. Il suffit d’augmenter les plantations, de faire l’extension de l’usine… L’objectif est d’atteindre plus de 40 tonnes de sucre par an pour satisfaire non seulement le marché local, mais aussi pour passer à l’exportation. Selon lui, la qualité du sucre de la SOSUMO est appréciée par la communauté des pays voisins.
Comment peut-on augmenter la production ?
Pour augmenter la production, Jean-Marie Niyokindi, ministre du Commerce, de l’Industrie et du Commerce fait remarquer que pas mal de conditions doivent être réunies à savoir : cultiver beaucoup de canne à sucre, disposer un bon climat, recourir aux techniques agricoles modernes, disposer le personnel compétent et suffisant ainsi que d’un bon leadership…. La campagne sucrière commence au mois de juin pour se clôturer au mois de novembre. Maximiser ce temps de travail contribuera beaucoup à l’augmentation de la production. De plus, le transport de la canne doit se faire rapidement. Pour y parvenir, les engins doivent être suffisants. On a aussi besoin d’un endroit réservé au stockage de la canne à sucre pour faciliter le ravitaillement sur place même quant il pleut. Cela évite les arrêts de fonctionnement des machines.
La SOSUMO fait face à des défis non négligeables
Salvator Sindayihebura, directeur du département de l’agriculture : «Sur une propriété de 5800 ha dont dispose la SOSUMO, seulement 3360 ha sont exploités
Chaque fois que l’usine croît, elle fait face à beaucoup de défis à savoir le vieillissement des machines, la hausse des prix des pièces de rechange sur le marché international, l’augmentation de la masse salariale… . Ce n’est pas un mensonge et il y a quelques années que le gouvernement est à l’œuvre pour y apporter des solutions, mais en vain. Le moment décisif est arrivé car l’Etat a déjà mis en place un groupe d’experts et de hauts cadres de l’Etat pour statuer sur la redynamisation et l’extension de cette entreprise. Deux audits ont été déjà réalisés pour savoir pourquoi la SOSUMO ne cesse pas de reconnaitre des problèmes. Des orientations ont même été données comme voie de sortie. Le personnel qui s’est entretenu avec le Journal Burundi Eco en sent une odeur de la privatisation de cette société qui a le chiffre d’affaire de plus de 30 milliards de FBu.
Merchicedeck Muhindo, représentant du personnel à la SOSUMO fait savoir que les lois constituent aussi une barrière pour le bon fonctionnement de l’usine. Lorsqu’on veut acheter une pièce ou un autre produit qui dépasse 10 millions de FBu, on est obligé de passer par les marchés publics. Ces procédures freinent le déroulement des activités et par conséquent constituent un obstacle pour la production. Et Muhindo de demander la révision de ces documents juridiques. Selon toujours lui, le personnel est à renforcer car, 160 employés sur 537 dont dispose la SOSUMO seront bientôt des retraités. La loi ne permet pas aussi à la SOSUMO d’aller elle-même sur le marché pour négocier et acheter les intrants agricoles et les sacs d’emballages dont elle a besoin, certifie Libère Bakevya de la SOSUMO. Ce sont d’autres opérateurs économiques qui en profitent. Sur l’achat des intrants agricoles, cette société dépense chaque année 2 milliards de FBu. Elle accorde aussi une ligne de crédit de 11 milliards de FBu à un homme d’affaire qui importe le sucre dans les autres pays pour satisfaire le marché local. Pourquoi ne pas le faire elle-même dans l’optique de booster le rendement, se questionne Bakevya.
Augmenter la capacité de l’usine
En 2009, on a proposé qu’il y ait des modifications portant sur l’augmentation de la taille de la table à canne à sucre et la mobilité du déchargeur pour augmenter la capacité de l’usine, indique Juvénal Nzangomba, chef de service «Réparation et entretien de l’usine». Si le broyeur fonctionne rapidement, le transporteur de la canne à sucre devra aussi être rapide. Il suffit d’augmenter sa vitesse. C’est ce qu’on appelle l’atelier de préparation de la canne à sucre qui a une grande influence sur l’extraction des moulins. De plus, il faut installer des coupe-cannes et un équipement dénommé «shredder» qui possède 84 marteaux. A ce moment, l’extraction et le rendement s’accroissent et la puissance consommée par les moulins diminue et sera utilisée ailleurs.
Le personnel de la SOSUMO est prometteur
«Nous démontons les pièces de l’usine. Après, nous les remontons dans la règles d’art», souligne Nzangomba. C’est la raison pour laquelle le consultant affirme que le fonctionnement de l’usine affiche une bonne performance. Depuis que les étrangers qui les appuyaient techniquement ont plié bagage, les performances de l’usine sont devenues bonnes. Cela s’observe dans une étude qui a été faite par le consultant sur les campagnes sucrières qui se sont déroulées de 2007 à 2015.
Les conditions de travail sont difficiles dans une usine sucrière
De 1996 à 2007, on a eu plus de 20 milles tonnes de canne à sucre. Cela est lié aux efforts du personnel. Il a une culture sucrière. Selon lui, plus on les désintéresse au niveau des salaires et des primes, plus ils sont démotivés et ne se donnent pas corps et âme pour produire beaucoup. Les conditions de travail dans une usine sucrière sont difficiles. On travaille 24 heures sur 24. La poussière dans les plantations, les cendres pendant la coupe de la canne à sucre et une grande température à l’usine règnent en maître. Que le gouvernement en tienne compte.
La SOSUMO n’est pas une usine vétuste
Nous parvenons à dépasser la capacité de l’usine jusqu’ à plus de 65 tonnes par jour, fait remarquer Nzangomba. Ce qui certifie que ce n’est plus une usine vétuste, car on est au-delà de ce qui est exigé (1250 tonnes de la canne à sucre/jour). De plus, les courbes de perte vont decrescendo à partir de 2007. Normalement, la vétusté va avec le temps alors que les courbes de perte vont crescendo dans une usine vétuste. Lorsque l’immobilisation corporelle nette sur l’immobilisation corporelle brute est autour de 1, cela signifie que l’état des équipements est bon. Ici, les chiffres de 2011 à 2016 montrent que l’indice de vetusté est égal à 0,85.
Signalons qu’on a besoin d’un montant de 20 millions de dollars de la part des actionnaires rôdés en matière de sucrerie pour pouvoir redynamiser et étendre la SOSUMO.