La REGIDESO a décidé de procéder au rationnement de l’eau potable pour approvisionner les habitants de la ville de Bujumbura. Elle accuse un déficit de 70 000 m3. La raison de cette situation est le degré de turbidité de l’eau du lac Tanganyika aggravée par l’érosion provoquée par le ruissellement des eaux de pluie. Cette situation s‘observe au moment où le gouvernement ne cesse de prendre des mesures pour protéger le lac Tanganyika contre la pollution. Nonobstant, les effets de ces mesures ne sont pas visibles
Fabrice Nkurunziza, directeur de l’eau à la REGIDESO : « L’érosion causée par les pluies diluviennes qui ne cessent de s’abattre sur la capitale économique Bujumbura a pollué les eaux du lac Tanganyika »
Selon Fabrice Nkurunziza, directeur de l’eau à la REGIDESO, l’érosion causée par les pluies diluviennes qui ne cessent de s’abattre sur la capitale économique Bujumbura a pollué les eaux du lac Tanganyika. Le point de captage de l’eau brute du lac Tanganyika par la REGIDESO situé à 3500 m à partir du littoral du lac n’a pas été épargné. Pour cette raison, quatre bassins sur huit dont dispose la REGIDESO pour approvisionner les habitants de la ville de Bujumbura étaient seulement fonctionnels suite au degré de turbidité élevé de l’eau du lac Tanganyika le 31 décembre 2019. Il atteignait 17,5 le 29 décembre 2019 alors qu’il ne devrait pas dépasser 5 unités de turbidité d’après l’Organisation Mondiale de la Santé pour être facilement traitable.
Situation de la turbidité de l’eau du lac Tanganyika au mois de décembre 2019
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Dates |
Turbidité |
Valeurs de l’OMS |
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Le 2/12/2019 |
4,1 |
5 |
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Le 3/12/2019 |
1,5 |
5 |
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Le 4/12/2019 |
16,2 |
5 |
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Le 5/12/2019 |
13,5 |
5 |
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Le 6/12/2019 |
8,5 |
5 |
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Le 7/12/2019 |
11,4 |
5 |
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Le 8/12/2019 |
4,2 |
5 |
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Le 9/12/2019 |
7,66 |
5 |
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Le 10/12/2019 |
3,11 |
5 |
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Le 11/12/2019 |
5,22 |
5 |
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Le 12/12/2019 |
2,1 |
5 |
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Le 13/12/2019 |
5,25 |
5 |
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Le14/12/2019 |
4,19 |
5 |
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Le 15/12/2019 |
2,4 |
5 |
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Le 16/12/2019 |
3,9 |
5 |
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Le 17/12/2019 |
13,6 |
5 |
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Le 18/12/2019 |
5,56 |
5 |
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Le 19/12/2019 |
5,93 |
5 |
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Le 20/12/2019 |
4,9 |
5 |
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Le 21/12/2019 |
9,7 |
5 |
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Le 22/12/2019 |
8,9 |
5 |
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Le 23/12/2019 |
11,4 |
5 |
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Le 24/12/2019 |
7,1 |
5 |
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Le 25/12/2019 |
4,1 |
5 |
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Le 26/12/2019 |
4,83 |
5 |
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Le 27/12/2019 |
3,6 |
5 |
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Le 28/12/2019 |
7,1 |
5 |
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Le 29/12/2019 |
17,5 |
5 |
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Le 30/12/2019 |
12,5 |
5 |
Nkurunziza précise que ces huit bassins collectent et traitent 150 000 m3 d’eau par jour pour enfin les servir à la population de la ville de Bujumbura. Avec quatre bassins fonctionnels seulement, la REGIDESO a collecté et traité 80 000 m3 le 31 décembre 2019. Raison pour laquelle, elle a décidé de procéder au rationnement pour partager la quantité d’eau disponible en attendant que la situation se normalise.
La Maîtrise de la pollution, un chemin de longue haleine
Les eaux du lac Tanganyika ne sont pas seulement menacées par l’érosion. Il y a d’autres formes de pollution. Pour dire que le chemin est de longue haleine pour maîtriser la hausse de la turbidité de l’eau du Lac Tanganyika. Sur le littoral de ce dernier, il s’observe des détritus de plusieurs natures qui ont été charriés par les vagues. Le pire se remarque à l’ endroit dénommé Kumase. A cet endroit, l’odeur nauséabonde dégagée par les eaux usées provenant des entreprises environnantes gênent les visiteurs. Toutes ces eaux finissent par se déverser dans le lac Tanganyika sans aucun traitement préalable via une petite rivière dénommée Kinuke, selon les boutiquiers qui se sont entretenus avec Burundi Eco. A Kumase, l’eau du lac Tanganyika a pris la couleur noire et est mélangée avec la boue et d’autres immondices. Elle est eutrophisée.
Quatre bassins sur huit dont dispose la REGIDESO pour approvisionner les habitants de la ville de Bujumbura étaient fonctionnels suite au degré de turbidité élevé de l’eau du lac Tanganyika le 31 décembre 2019
Les déchets domestiques en provenance des villes et des villages sont aussi directement déversés dans le lac sans aucun traitement préalable, indique Floribert Kezimana, de l’Association pour la Protection de l’Environnement et le Développement de la Population (APEDP). Les déchets ménagers, les résidus provenant de l’extraction de l’huile de palme et les alluvions charriés par le ruissellement des eaux de pluie polluent au quotidien le lac Tanganyika. Les huiles des moteurs des véhicules en provenance des garages ajoutent le drame au drame.
La pollution des eaux du lac Tanganyika est également causée par les déchets solides et liquides en provenance des industries et des unités artisanales. Ces déchets sont déversés dans les caniveaux d’évacuation des eaux usées ou dans les rivières traversant la ville de Bujumbura et sont directement acheminés dans le lac Tanganyika
Certains ménages sont raccordés aux rivières
Dans la ville de Bujumbura qui abrite près d’un million d’habitants, moins de la moitié des ménages sont raccordés à la station d’épuration de Buterere. Certains ménages sont raccordés aux rivières Ntahangwa, Muha, Nyabagere, Mpimba et Kanyosha. La conséquence majeure de cette situation est que le lac Tanganyika est la destination finale de ces eaux usées. Les déchets des centres urbains riverains du lac Tanganyika comme Rumonge, Nyanza-Lac et le village des pêcheurs de Mvugo n’échappent pas à cette triste réalité, précise Kezimana. La pollution portuaire contribue également à la pollution du lac.
Les conséquences de la pollution
La pollution des eaux provoque chez certaines espèces marines des malformations, voire la mort. Certains poissons deviennent hermaphrodites, c’est-à-dire qu’ils se métamorphosent et acquièrent les deux sexes. D’autres sont retrouvés sans vie sur les bords des rivières. Le point de captage de l’eau brute du lac Tanganyika se trouve actuellement à 3500 m sur une profondeur de 25 m par rapport au littoral du Lac Tanganyika alors qu’il était à 1800 m ces dernières années. Si rien n’est fait, l’eau brute dont la REGIDESO a besoin pour approvisionner la ville de Bujumbura sera captée dans les eaux de la République Démocratique du Congo. Par conséquent, le coût sera énorme pour s’approvisionner en eau potable. Il demande à la population de bien protéger ces ressources en eau.
Cette situation s’observe malgré certaines mesures du gouvernement pour protéger le lac Tanganyika contre la pollution. Après plusieurs rapports sur la situation environnementale criante du lac Tanganyika, le Deuxième Vice- Président de la République Joseph Butore a effectué ces derniers jours une visite guidée à l’endroit dit « KUMASE ». Il a demandé à toutes les autorités concernées de prendre des mesures concrètes en utilisant les instruments légaux afin d’arrêter les menaces environnementales qui pèsent sur le lac Tanganyika. Dans le même sens, Dr Déo Guide Rurema, ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage lui a emboîté le pas. Le 04 avril 2019, il s’est associé aux administratifs locaux et à la population de la commune Ntahangwa en Mairie de Bujumbura dans les travaux d’arrachage de la jacinthe d’eau au bord du Lac Tanganyika à l’endroit communément appelé « Kumase ».
Notons que les eaux du lac Tanganyika sont partagées entre quatre pays en proportions inégales. Ces pays sont le Burundi avec 8%, la RDC avec 45%, la Tanzanie avec 41% et la Zambie avec 6%.
