Il est évident que la société burundaise est en pleine mutation. Les femmes s’affirment de plus en plus. L’éligibilité de la femme aux fonctions dont les portes leur semblaient fermées avant est une réalité. Burundi Eco nous amène à la découverte de l’une de ces femmes conductrices de taxi-voiture
Il est midi passé. Nous débarquons au parking de taxi du quartier Nyakabiga. Sous un soleil de plomb, les vaillants profiteurs de la grande circulation de Bujumbura restent tous yeux. Ils attendent toujours quelques piétons en quête de taxi vers un de ces endroits perdus au fond des quartiers ou la périphérie de la capitale.
Des taxis-voitures sont stationnées sur l’un des bords de l’avenue, bien serrés, peints en bleu-blanc. En lapse de temps, un jeune garçon de petite taille s’élance vers sa voiture dont il ouvre déjà la portière. La quête des clients fait rage. La concurrence s’amorce. Décidément, l’amitié et la course à l’argent cohabitent parfaitement dans ce monde-là.
Juste à côté, un petit barza d’une vieille maison offre une ombre à ces personnes en attente de passagers. Ces taximen qui sont sur les lieux depuis le matin causent posément et ne semblent pas fatigués.
L’éligibilité des femmes aux fonctions dont les portes leur semblaient fermées avant est une réalité
Au milieu, une jeune femme vêtue d’un pantalon noir et d’un tee-shirt de couleur jaune, semble ne s’inquiéter de rien. Elle tient une clé de voiture dans sa main droite. Elle est là elle aussi à batailler avec les hommes. Son nom, Claudine Nimbona. C’est une femme fière d’elle-même et qui semble en bonne santé. Elle ne semble pas gênée de se tenir au milieu de ces hommes qui partagent le travail avec elle.
Itinéraire d’une professionnelle du transport des personnes
Claudine Nimbona n’a jamais exercé un emploi autre que celui de conducteur de taxi jusqu’aujourd’hui. Elle s’est mariée avec un homme qui ne partage pas son métier, mais qui ne se sent nullement gêné par le travail de sa femme. « Mon mari ne sais même pas conduire, mais nous n’éprouvons aucune mésentente sur ce point», explique cette femme.
Elle indique qu’elle est encore novice dans ce métier. Elle n’a pas encore bénéficié de sa propre voiture dont elle assurera la responsabilité. Cette femme se contente de ce qui est communément appelé « ipike » dans le jargon du métier. C’est profiter de l’empêchement du conducteur titulaire pour prendre le volant à sa place. Cette femme s’est engagée dans le transport rémunéré des personnes depuis son jeune âge.
Cinq ans auparavant, elle faisait le taxi-moto à Gatumba, zone située à l’extrémité de la ville de Bujumbura, à la frontière du Burundi avec la RD Congo. Pourquoi a-t-elle décidé d’opérer ce passage du taxi-moto au taxi-voiture ? « Je ne vous mens pas. La moto est plus rentable, mais j’ai arrêté à cause de la fatigue. Elle est plus fatigante, la moto », explique cette femme
La considération de la femme gêne son action
Selon Nimbona, la femme rencontre des obstacles auxquels elle doit faire face. Nimbona affirme qu’au début, son entourage portait sur elle un regard gênant, la considérant comme une fille ratée. Rien n’a pu arrêter son engagement. Elle avait choisi de braver les préjugés pour vivre.
Nous nous sommes intéressés à savoir ce qui advenait quand elle était enceinte. Là, c’est un autre défi majeur pour son travail. « En cas de grossesse, je perdais automatiquement le travail », laisse-t-elle savoir. N’ayant jamais conduit sa propre moto, ses patrons l’ont toujours remplacée suite à ses multiples empêchements liés à la grossesse.
Cette pionnière à la conquête d’un monde plus inclusif regrette de ne pas pouvoir travailler jusqu’à plus tard dans la nuit. Elle nous fait constater que les heures de travail sont réduites pour elle, parce qu’elle ne travaille que jusqu’à 20 heures du soir. Elle affirme encore une fois que sa condition lui empêche de bien travailler. Elle dit qu’elle aurait aimé avoir au moins sa propre voiture pour maximiser son temps de travail naturellement limité par rapport à celui de ses collègues.