Un atelier de renforcement des capacités et de revue stratégique des clusters du cuir se tient à Bujumbura du 3 au 7 novembre 2025. L’activité est organisée par le ministère des Ressources minières, énergétiques, de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme en collaboration avec Africa Leather and Leather Products Institute (ALLPI). Elle s’inscrit dans la dynamique nationale visant à professionnaliser et à structurer la chaîne de valeur du cuir au Burundi.
Michael Kiraye, expert en développement des capacités institutionnelles et en conseil au sein d’ALLPI estime que les clusters favorisent la proximité et la collaboration, permettant ainsi aux entreprises de mutualiser leurs ressources, de partager leurs technologies et de réaliser des économies d’échelle.
Les principaux bénéficiaires de cette formation sont les membres du Kamenge Ngozi Ni Mali Cluster, engagés dans la transformation et la valorisation du cuir. Ces acteurs, représentant différents maillons de la filière ont suivi une formation lundi le 3 novembre 2025 dirigée par Michael Kiraye, expert en développement des capacités institutionnelles et en conseil au sein d’ALLPI. Sa présentation a porté sur la conception, la structuration et la gestion efficace des clusters ainsi que sur la place qu’ils occupent dans le développement industriel du pays. L’objectif de cette session est d’outiller les participants afin qu’ils puissent à terme piloter des regroupements d’entreprises performants, capables de créer une valeur ajoutée significative.
Selon les explications de M. Kiraye, un cluster est une concentration géographique d’entreprises similaires, liées ou complémentaires, disposant de canaux actifs pour les échanges commerciaux, la communication et le dialogue. Ces entreprises partagent des infrastructures, des services et un marché du travail commun tout en affrontant des défis et des opportunités similaires. En d’autres termes, un cluster constitue un écosystème d’entreprises, souvent de petite ou moyenne taille, opérant dans un même secteur et confrontées aux mêmes enjeux. Dans le cas du cuir, il s’agit d’un regroupement d’acteurs impliqués dans la collecte, la transformation, la production et la commercialisation des produits issus de ce matériau.
L’union fait la force
La création d’un cluster doit répondre à des critères précis. Pour un cluster industriel, il est nécessaire qu’un nombre convenu d’entreprises enregistrées soit disponible afin de former une base solide de coopération. Pour les clusters artisanaux, un nombre minimum d’ateliers ou d’entreprises est requis, tandis que pour les regroupements de tissage artisanal, la présence d’au moins cinq cents métiers à tisser dans une même localité est souvent recommandée. Ces critères peuvent être adaptés selon les réalités et les réglementations du pays. De manière générale, plus la concentration des acteurs est forte, plus le cluster a de chances d’atteindre la masse critique nécessaire à son développement.
L’expert distingue également plusieurs types de clusters. Certains sont dits naturels, car ils se développent autour des ressources locales existantes, des matières premières ou des compétences spécifiques. D’autres sont qualifiés d’induits lorsqu’ils résultent d’une politique d’investissement ciblée ou d’un appui gouvernemental visant à dynamiser une filière donnée. D’un point de vue structurel, on distingue les clusters verticaux dominés par une ou plusieurs grandes entreprises soutenues par un réseau de petites unités et les clusters horizontaux, composés de nombreuses petites et moyennes entreprises qui, bien que concurrentes, peuvent collaborer dans certains domaines comme l’achat des équipements, la formation ou la recherche de nouveaux marchés. Dans tous les cas, la logique de coopération prime sur la rivalité, car elle permet de renforcer la compétitivité collective et d’améliorer la qualité des produits.
Les clusters se caractérisent par des défis communs, un niveau technologique comparable et des pratiques similaires en matière de production, de contrôle de la qualité, de consommation énergétique et de gestion environnementale. Ils favorisent la proximité et la collaboration, permettant ainsi aux entreprises de mutualiser leurs ressources, de partager leurs technologies et de réaliser des économies d’échelle. Cette approche fondée sur la solidarité économique s’oppose au modèle concurrentiel traditionnel et constitue un levier de modernisation des filières productives.
L’élaboration du plan directeur national de l’élevage et du cuir, une nécessité
Les discussions menées au cours de l’atelier ont également mis en avant la nécessité pour le Burundi d’élaborer un plan directeur national de l’élevage et du cuir afin de garantir une approche coordonnée et durable. Le secteur de l’élevage contribue actuellement à près de 27,2 % de la production agricole nationale et à 12,7 % du produit intérieur brut. Ce qui en fait un pilier stratégique du développement économique du pays. Selon les experts, un tel plan devrait définir des orientations claires pour les programmes de reproduction animale, la gestion des ressources alimentaires et hydriques, l’accès aux marchés et le cadre politique et réglementaire. En précisant les objectifs et les stratégies du secteur, ce document servirait de feuille de route pour attirer des investissements, renforcer la coordination entre les acteurs publics et privés et assurer une croissance durable de l’industrie du cuir et de l’élevage.
Le directeur général de l’industrie au ministère de tutelle, Déogratias Nahumuremyi, a rappelé que l’atelier vise avant tout à renforcer les capacités des acteurs clés du secteur du cuir pour la création, la gestion et la pérennisation des clusters performants. Selon lui, l’accent mis sur la mise en place des clusters et des coopératives est stratégique, car ce modèle privilégie la collaboration plutôt que la concurrence. Il permet aux petites et moyennes entreprises de mutualiser leurs ressources, de partager leurs technologies et de bénéficier d’économies d’échelle. La même autorité estime que la création de ces structures collaboratives constitue une étape essentielle vers la modernisation du secteur du cuir et ouvre de nouvelles perspectives en matière d’emploi, d’exportation et d’innovation industrielle.