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Violences sexuelles : Les femmes de chambre plus exposées

Les femmes de chambre sont souvent exposées aux harcèlements et aux violences sexuels. Elles travaillent souvent sans contrat ni assurance et cela pendant longtemps. Certaines d’entre elles, de peur d’être chassées, ne dénoncent pas ces violences. Un cadre légal et une stabilité de l’emploi leur permettraient de plaider leur cause

Les femmes de chambre effectuent un travail garantissant l’exigence première du client d’un hôtel, à savoir : disposer d’une chambre propre. Cela veut dire que derrière un hôtel bien propre se trouve des femmes de chambres responsables et compétentes. Elles constituent la catégorie de travailleuses la moins considérée dans la société et la moins rémunérée par rapport aux exigences de leur métier. Pourtant, ce métier modeste constitue une source de revenus pour certaines familles.

Un gagne-pain

N.C est une femme de chambre dans l’un des hôtels de la ville de Bujumbura. Elles sont deux femmes de chambres à travailler dans cet hôtel qui dispose de vingt-deux chambres. C’est-à-dire qu’à elle seule, N.C nettoie onze chambres quotidiennement dans un intervalle de sept heures (de 8 heures à 15 heures) et cela six jours sur sept. Elle exerce ce métier depuis bientôt dix ans. Cette mère de deux enfants fait savoir que ce métier l’a toujours aidée à subvenir à ses besoins depuis son jeune âge et l’aide aujourd’hui à faire tourner sa famille. « C’est une fierté pour moi. Je m’enfiche des connotations attribuées souvent aux femmes de chambre. Ce qui m’intéresse le plus c’est de subvenir aux besoins de ma famille. », se réjouit-elle.

Etre femme de chambre ne signifie pas être prostituée comme le pense certaines personnes. Il suffit d’avoir ses principes et de savoir ce qu’on cherche. C’est une façon de gagner la vie, un métier comme tant d’autres.

Exposées aux violences sexuelles

Les femmes de chambre que ce soit au Burundi ou ailleurs sont fréquemment victimes de harcèlements ou d’agressions sexuels de la part des clients. Les cas les plus connus sont entre autres l’affaire Dominique Strauss-Kahn (abrégée en affaire DSK) ,ancien  Directeur Général du Fonds Monétaire International (FMI) qui a été accusé d’agression sexuelle, de tentative de viol et de séquestration d’une femme de chambre  dénommée Nafissatou Diallo officiant à l’hôtel Sofitel de New York. Ce cas a mis de la lumière sur les violences dont sont souvent victimes cette catégorie d’employées.

Les femmes de chambres contactées ont confirmé qu’elles sont souvent exposées au harcèlement sexuel de la part des clients ou d’autres employés de l’hôtel dans lequel elles travaillent. Mais, faute de cadre légal leur permettant d’échanger sur leur métier et ses défis, certaines d’entre elles n’ont d’autres choix que d’accepter le harcèlement, les avances sexuelles déplacées et d’autres formes de violences sexuelles de peur d’être chassées du boulot. Comme le témoigne ces femmes de chambre, il y en a qui se livrent volontairement à la débauche et d’autres qui ne se laissent pas faire, qui connaissent leur valeur et ce qu’elles cherchent.

« Etre femme de chambre ne signifie pas être prostituée comme le pense certaines personnes. Il suffit d’avoir ses principes et de savoir ce qu’on cherche. C’est une façon de gagner la vie, un métier comme tant d’autres. Seulement, nous autres les femmes de chambre, nous sommes plus exposées aux harcèlements et aux violences sexuels », martèle N.C.

Un métier instable

La plupart des femmes de chambre travaillent sans contrat ni assurance. C’est une épine dans le pied de ces femmes dont la plupart ne dépendent que de ce métier. « Je travaille dans cet hôtel depuis 2012. Et pourtant, je suis toujours journalière, car je n’ai jamais signé un contrat. Nous n’avons aucune stabilité. On s’attend à être renvoyée à tout moment selon le bon vouloir du patron », regrette J.I, une veuve et femme de chambre dans un hôtel de Bujumbura.

La crise de 2015 qui a handicapé tous les secteurs de la vie du pays n’a pas épargné les hôtels. Beaucoup de responsables d’hôtels ont été obligés de mettre certains de leurs travailleurs en chômage technique. Les femmes de chambre ont été les premières concernées par cette mesure. Par chance, certaines d’entre elles ont été rappelées pour retourner au travail au fur du temps, mais d’autres non.

Actuellement avec le coronavirus, beaucoup de chambres d’hôtels sont vides. Cela inquiète énormément les femmes de chambre. Selon JI, chaque diminution des clients dans les hôtels implique absolument une réduction du personnel et leur catégorie est la plus visée.

Manque d’un cadre légal d’expression pour les femmes de chambres

L’histoire a toujours démontré qu’une lutte individuelle n’aboutit pas à grand-chose, mais plutôt que « l’union fait la force ». Sous d’autres cieux, les syndicats des femmes de chambres ont plaidé leurs causes et ont été exaucés. On citerait à titre d’exemple   les femmes de chambre de l’hôtel Ibis des Batignolles qui, avec le soutien de leur syndicat CGT-HPE, ont grevé pour dénoncer les conditions de travail auxquelles elles sont soumises du fait de la politique de sous-traitance du groupe Accor Hôtels.

Les femmes de chambre burundaises contactées demandent d’abord la stabilité de leur emploi, et un cadre légal leur permettant de plaider leur cause.

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