Site icon Burundi Eco

Vivre du volant, un métier d’endurance et plein de risques

C’est un métier qui attire beaucoup de gens. Les jeunes, les vieux, les instruits et les non instruits s’y rencontrent. Conduire un taxi- voiture est l’un des métiers les plus anciens dans la ville de Bujumbura. Aujourd’hui, ils ne sont pas moins nombreux qui sont attirés par ce périlleux métier

Nous sommes en plein milieu de la journée au cœur du quartier Buyenzi.  Trop de bruits caractérisent cet endroit où fourmillent les hommes vivant de leur tournevis.  En ce milieu de journée, Moise Nduwayezu est là. C’est l’un de ces jeunes diplômés qui doivent se débrouiller pour vivre au sortir de l’université. Chauffeur de taxis depuis bientôt trois ans, il est aujourd’hui un vrai professionnel du volant. Depuis le matin, il surveille son véhicule parqué dans un garage de rue en plein soleil. Sa femme vit à l’intérieur du pays tandis que lui a décidé de s’accrocher à ce boulot dans la capitale économique à plus de 200 km de sa famille. « Ce travail est fatiguant. Nous nous levons toujours très tôt le matin pour passer toute la journée au travail », déplore-t-il.

Conduire un taxi- voiture est l’un des métiers les plus anciens dans la ville de Bujumbura qui attire toujours beaucoup de gens

Ce jeune homme indique que leurs clients se déplacent souvent le matin quand il est l’heure de se rendre à leurs différents postes de travail. Il faut se lever tôt pour aller à la rencontre des clients.  Sans aucun rendez-vous, on doit y aller quand-même.  Pour lui, les heures de la journée sont creuses. C’est un métier fatiguant dans le sens qu’on doit travailler du matin au soir, parfois trop tard dans la nuit. Cet homme semble ne pas être satisfait. Il préférerait conduire de gros camions et travailler sur un programme fixe que de rester à attendre des rendez-vous non convenus.

A Nyakabiga II, une voiture colorée en bleu-blanc vide garée en bas de la rue attire notre attention.  A son approche, un homme dont l’âge avoisine visiblement soixante ans nous appelle d’un geste de la main. Il se tient à l’écart à l’abri du soleil à côté d’un petit kiosque. S’agit-il d’un de ces chauffeurs expérimentés aux cheveux blancs ?  Au premier contact, la réponse de Jean Nduwimana est surprenante : « Je suis encore nouveau dans le métier de chauffeur de taxi-voiture, mais…». Cette réponse fait découvrir enfin quelque chose de nouveau. Même les gens d’un âge avancé sont attirés par ce métier largement dominé par des jeunes gens. Réticent, l’homme pose des conditions. « S’il ne s’agit pas des informations qui m’engagent personnellement, je peux vous répondre », avertit-il.

Nduwimana n’avait jamais été chauffeur auparavant. Il s’y est lancé comme tant d’autres pour gagner de l’argent et il travaille pour son patron. Selon lui, il n’y a pas beaucoup de difficultés. Il souligne pourtant que les clients ne sont pas nombreux dans ces jours-ci et qu’il faut travailler dur pour obtenir le versement. Nonobstant, ce métier leur permet de faire vivre leurs familles. Sans attendre, il se lève pour répondre à un appel qui l’oblige à aller prendre les enfants du patron à l’école.

Un métier de risques, d’incertitudes et de suspicions

Nduwarugira fait savoir que c’est le soir qu’on a plus de chances de rencontrer les clients. Pourtant, il affirme que le travail nocturne est plus risquant étant donné qu’on ne connait pas l’identité de son client.  «Parfois, on déplace un bandit sans le savoir. Il faut accepter de s’exposer à des surprises désagréables. Sinon on abandonnerait le travail», commente-t-il le sourire aux lèvres. Parfois, un client peut refuser de payer le prix convenu, surtout pendant la nuit. Ce qui occasionne des malentendus et un bras de fer avec un inconnu en pleine nuit.

N. E, un autre chauffeur croisé au quartier Nyakabiga indique qu’il existe des jours très durs pour le métier. Durant les mois de disette chez la population, on peut échouer à obtenir le versement et entrer en conflit d’incompréhension avec le patron. C’est ainsi que beaucoup de chauffeurs perdent leur job et retournent au chômage.

Les chauffeurs sont aussi mal compris par la société. Selon Jean de Dieu, certaines femmes dont les maris conduisent les taxis-voitures les accusent gratuitement d’infidélité même quand il n’y a pas de preuves. Les difficultés de travail et les préjugés constituent un lourd fardeau pour ces combattants qui gardent le cap dans cette bataille pour la vie

Quitter la version mobile