Les cas de grossesses non désirées en milieu scolaire inquiètent plus d’un. La direction provinciale de l’enseignement de Kayanza est championne avec 191 cas au cours de l’année scolaire 2018-2019. Cela occasionne beaucoup de cas d’abandons scolaires. Les victimes se retrouvent dans la rue, se marient précocement, exercent le vieux métier du monde ou prestent entant que travailleur domestique. Les détails dans ce numéro
Les radios Isanganiro, Rema FM, Izere FM, le journal Burundi Eco, le Groupe de presse Iwacu et le collectif Yaga avec l’appui financier de la Benevolencia ont organisé ce jeudi 28 novembre 2019 une synergie des médias sur la problématique des grossesses non désirées en milieu scolaire. Au moment où le gouvernement du Burundi s’est donné l’objectif d’atteindre zéro grossesse non désirée en milieu scolaire jusqu’en 2030, les statistiques montrent que les grossesses non désirées en milieu scolaire sont une réalité dans notre pays. Les élèves les plus touchées par ce fléau ont l’âge compris entre 12 ans et 19 ans. Selon l’UNFPA, 14 000 cas d’abandons scolaires ont été enregistrés suite aux grossesses non désirées de 2009 à 2016. De 2016 à 2017, 1064 cas de grossesses non désirées ont été signalés dans différentes écoles du pays. De 2107 à 2018, les cas de grossesses non désirées ont augmenté jusqu’à 1092.
Synergie des médias sur la problématique des grossesses non désirées en milieu scolaire
Dans la Direction Provinciale de l’Enseignement de Kayanza, 191 cas de grosses non désirées sont été enregistrées au cours de l’année scolaire 2018-2019. Parmi celles-ci, 155 cas sont repertories dans les écoles fondamentales tendis que 36 cas se retrouvent dans les écoles post fondamentales. Désiré Hatungimana, directeur provincial de l’enseignement à Kayanza s’inquiète de la situation qui prévaut dans cette province. «Les grossesses non désirées dans la DPE que je représente augmentent de plus en plus. Cela implique l’augmentation des mariages précoces», se lamente-t-il. Plusieurs causes expliquent cette situation. Il indique que la culture et les mœurs burundaises se sont dégradées. La plupart des parents ont démissionné de leur rôle dans le suivi de l’éducation de leurs enfants. De plus, certains enseignants se méconduisent jusqu’à oser engrosser celles qu’ils devraient éduquer et promouvoir le bien- être. Une autre cause est que la plupart des filles ont l’envie de mener une vie d’aisance alors que les conditions financières de leurs familles ne le leur permettent pas. Elles veulent vivre comme celles qui ont terminé leurs études ou celles qui se sont mariées. Il demande à tous les intervenants dans le secteur de l’éducation de travailler en synergie pour inverser la tendance. De plus, il invite la justice à punir sévèrement les auteurs de ces grossesses non désirées.
La DPE Kayanza, championne avec 191 cas de grossesses non désirées
Comparativement aux différentes statistiques des grossesses non désirées en milieu scolaire, la province de Kayanza vient en tête. Anicet Ndayizeye, gouverneur de cette province souligne que l’éducation des enfants est négligée. «Les élèves de l’école fondamentale rentrent pendant les heures avancées (21 h ou plus) avec des téléphones portables d’une grande valeur en main. Ce qui est choquant c’est qu’on ne leur demande pas là où elles tirent l’argent pour les acheter. Elles portent des vêtements (jeans) taillés sur mesure au vu et au su de leurs parents. Après quelque temps, on les voit ventres ballonnés (enceintes), s’inquiète- t-il.
DPE Bubanza : 59 cas de grossesses non désirées signalées
Dans la province de Bubanza, les cas de grossesses non désirées inquiètent plus d’un. 20 élèves ont été engrossées pendant l’année scolaire écoulée dans la direction communale de l’enseignement de Musigati. De plus, 15 cas se sont observés dans la direction communale de l’enseignement de Gihanga, a indiqué Bonaventure Ndayiziga, directeur communal de l’enseignement de Gihanga. Il dégage certaines causes de cette situation. Ces élèves ne parviennent pas à se protéger contre ces grossesses au moment de leur adolescence. De surcroît, à cause de la pauvreté qui guette leurs familles, elles entretiennent des relations avec les coiffeurs, les conducteurs des vélos, des motos, des véhicules, etc. Selon Bernard Hatungimana, conseiller du DPE Bubanza, il y a des parents qui n’acceptent pas de dénoncer les auteurs de ces grossesses. Ils veulent que leurs filles se marient avec leurs engrosseurs. Et de préciser que 59 cas de grossesses non désirées ont été signalés dans la DPE Bubanza.
Quid de l’état des lieux des grossesses non désirées à Rumonge ?
Dans la province de Rumonge, les cas de grossesses non désirées diminuent d’année en anné. De 2016 à 2017, 232 cas ont été enregistrés. Parmi ces derniers, 162 sont de l’école fondamentale. 72 cas sont de l’école post-fondamentale. De 2017 à 2018, 122 cas de grossesses non désirées ont été signalés. 102 sont de l’école fondamentale et 20 de l’école post-fondamentale. De 2018 à 2019, 120 grossesses non désirées ont été répertoriées. Parmi ces dernières, 67 sont de l’école fondamentale et 53 de l’école post- fondamentale.
Criasis Niyukuri, directeur provincial de l’enseignement à Rumonge se réjouit de l’étape franchie dans la lutte contre ce fléau. « Nous avons maximisé la sensibilisation à l’endroit des élèves pour atteindre ce niveau. Des clubs dénommés zéro grossesse ont été mis en place pour gagner le pari. Niyukuri invite tous les enseignants et les parents à ne pas ignorer la problématique des grossesses non désirées.
Les raisons de cette situation
Jeanine Ihorihoze, chargée des grossesses non désirées en milieu scolaire au ministère de l’Education, de la Formation Technique et Professionnelle explique les raisons de cette situation. Selon elle, ce fléau est une réalité dans différents établissements scolaires. Plus les effectifs des élèves augmentent chaque année, plus les grossesses non désirées deviennent nombreuses. Elle explique qu’actuellement la plupart des parents ne jouent pas leur rôle d’éducateur. S’ils les envoient à l’école, ils se disent que les enseignants vont s’occuper du reste. Or, il s’observe aujourd ‘hui des enseignants fantômes. Ils les engrossent et leur dignité est mise à mal. Leur bien-être est remis en cause. «C’est dommage», se lamente- t- elle. Le travail d’un enseignant ne s’arrête pas aux cours à dispenser. Selon elle, l’enseignant est aussi appelé à prodiguer des conseils à ses élèves qui leur permettront de devenir des cadres de demain. Par contre, les élèves victimes des grossesses non désirées se retrouvent dans la rue, se marient précocement, s’adonnent à la prostitution ou prestent en tant que travailleurs domestiques. Ihorihoze précise que les auteurs des grosses non désirées en milieu scolaire ne sont pas des patriotes. A part les enseignants qui participent à l’augmentation des grossesses non désirées, il y a aussi des chefs de famille qui engrossent les élèves qu’ils prennent en charge.
Selon Alexis Ndayizigiye, psychologue, ces filles n’ont bénéficié des conseils sur l’éducation sexuelle que très tardivement. L’enfant devrait bénéficier des informations qui concernent sa vie depuis l’âge de six ans. Ceux qui ont fixé l’âge de commencer l’école fondamentale à six ans n’ont pas tort. A partir de cet âge, l’enfant est capable d’apprendre et d’assimiler tout ce qui concerne sa vie dans l’avenir. Il fait remarquer que la plupart des parents n’expliquent pas à leurs enfants comment ils vont vivre dès leur bas âge. Ils s’occupent d’eux lorsqu’ils commencent à avoir des points insatisfaisants en classe. Selon toujours lui, l’enfant devrait savoir les informations à retenir ou à laisser via les télévisions ou les téléphones portables dès leur bas âge. Sinon, la situation pourrait s’empirer. Il réfute que ce n’est pas la pauvreté qui fait que certaines filles soient engrossées, car il y a pas mal de filles qui se comportent bien malgré l’extrême pauvreté dans lesquelles elles vivent.
Les conséquences des grossesses non désirées en milieu scolaire sont très fâcheuses
APFB : les statistiques sont alarmantes
Selon Alice Nkunzimana de l’Association pour la Promotion de la Fille Burundaise (APFB), les statistiques des grossesses non désirées en milieu scolaire sont alarmantes. Cependant, cela nous pousse à redoubler d’efforts dans la lutte contre ce fléau, note-t-elle. Elle révèle que la culture burundaise empêche les parents de parler de l’éducation sexuelle à leurs enfants. On considère le sujet comme tabou. Les filles trouvent ces informations ailleurs. Malheureusement, on leur accorde des informations empoisonnées et bonjour les grossesses non désirées. Selon Nkunzimana, les taxis vélos, les motards, les enseignants, etc, sont pointés du doigt parmi les auteurs des grossesses non désirées.
Les auteurs des grossesses non désirées souvent relâchés
Pas mal d’enseignants condamnés pour avoir engrossé les élèves ont été sanctionnés, indique Ihorihoze. Ils ont été révoqués de la fonction publique. Elle signale que le problème qui se pose est que les auteurs gagnent souvent les procès. Dans ce cas, ils sont réintégrés dans leur métier. «Nous nous demandons si c’est parce qu’ils ne sont pas les auteurs de ces grossesses ou pas», s’interroge Ihorihoze. S’il s’agit d’un élève qui l’a engrossée, il est chassé de l’école au même titre que la fille engrossée pendant une année. Après cette période, ils ont le droit de revenir sur le banc de l’école dans un autre établissement pour ne pas être stigmatisés.
Les conséquences des grossesses non désirées sont très fâcheuses. La fille est exposée à la mort, car son bassin n’est pas encore développé. Sa vie est mise en danger, car elle ne peut pas retourner à l’école pour continuer ses études. Elle est exposée à la pauvreté. Elle constitue un grand fardeau pour sa famille et le pays en pâtit.
Pour inverser la tendance, des séances de sensibilisation à l’endroit des élèves au niveau national ont commencé à être organisées. De plus, on a mis en place des tantes et des pères au niveau des écoles chargés de prodiguer des conseils aux élèves sur le comportement à adopter. Ce sont des enseignants choisis par les élèves eux- mêmes.