Alors que le Burundi doit affronter les problèmes majeurs que sont le chômage et la pauvreté qui affectent particulièrement la jeunesse dans un pays dont la population est essentiellement jeune, la promotion de l’entrepreneuriat est une panacée qui nécessite des mesures accompagnatrices pour arriver à la réussite
Entreprendre au Burundi s’apparente à un parcours de combattant. Selon les chiffres de l’API, depuis 2013 jusqu’ aujourd’hui, les entreprises créées avoisinent 21178. Malgré cela, le chômage maintient toujours la jeunesse burundaise en difficulté.
Léonard Bizimana, expert en entrepreneuriat et gestion des projets indique que l’entrepreneuriat a trois dimensions. Et, pour que l’entrepreneur réussisse à construire son business, il doit passer par ces trois dimensions, à savoir : réfléchir sur quoi faire, hiérarchiser ce qu’on doit faire et faire le choix des spécificités de ce qu’il a à faire. Et, ces dimensions ne peuvent pas s’opérationnaliser sans que l’individu possède la culture entrepreneuriale. Avec tous ces échelons, le résultat est d’avoir un entrepreneur complet qui sait quoi faire et ce qu’il doit accomplir.
Cependant, les entrepreneurs Burundais n’ont pas cette culture entrepreneuriale. Et c’est l’une des raisons qui font que leurs entreprises ne progressent pas. Pour qu’une entreprise progresse, l’intrepreneur peut s’accrocher sur les connaissances, son savoir-faire, etc. Léonard Bizimana fait savoir que certains entrepreneurs sont prétentieux et font ce dont ils ne sont pas capables. C’est-à-dire qu’ils veulent s’enrichir rapidement et à tout prix. Et cela conduit à l’échec de leur projet. Or, l’entrepreneuriat et la culture entrepreneuriale prônent la détermination et la persévérance.

Léonard Bizimana expert en entrepreneuriat et Gestion des projets : « Dans les entreprises, il n’y a pas de place dite de management des risques. Ils se contentent des théories au lieu de privilégier la pratique. »
Toutefois, le premier obstacle que rencontre le porteur d’un projet de création d’une entreprise est sa propre capacité à faire preuve de sérieux et de persévérance, surtout quand il s’agit d’un entrepreneur. Toutefois, l’investisseur a besoin de se sentir qu’il n’est pas face à des aventuriers, mais à de fins connaisseurs du marché. Il a besoin de sentir que ceux-ci ont identifié, bien compris les grands enjeux de leur marché et qu’ils sont en mesure d’y répondre de la meilleure manière qui soit.
L’entrepreneuriat, un antidote à la pauvreté
Au Burundi, la grande majorité de la population est plus consommatrice que créatrice de richesses. Pour qu’un changement structurel s’opère en profondeur, il ne suffit pas de créer et de commencer son entreprise. Il faut de la détermination. Puis la production passe à la transformation de produits bruts en produits finis. Ce qui implique la mise en œuvre de politiques publiques performantes et d’un vaste programme de bonne gouvernance ainsi que la garantie d’une administration efficace.
Gloriose Muhorakeye, fondatrice d’une unité de transformation agroalimentaire «Barka entreprises» à Muyinga indique que l’entrepreneuriat s’intéresse depuis peu à la notion de compétence, notamment sous l’angle de la formation du créateur. Pourtant, les obstacles ne manquent pas. Elle indique que les difficultés liées au fonds de roulement, à l’énergie électrique et au marché d’écoulement constituent un danger pour eux.
D’après Mme Muhorakeye, le fonds de roulement est le poumon de l’entrepreneur. Peu importe les idées qui sous-tendent la création d’une entreprise, mais il faut avoir un fonds qui sert à financer le cycle d’exploitation de l’entreprise. Elle précise qu’en tant qu’entrepreneur aujourd’hui, elle éprouve la difficulté d’avoir un fonds de roulement. Elle fait savoir qu’elle a fait recours à une banque pour passer au processus d’octroi d’un prêt hypothécaire mais que, malheureusement, la banque n’a pas accepté.
Gloriose Muhorakeye indique que l’entrepreneuriat n’est pas fait pour le compte de l’entrepreneur, mais pour le bien de la société. C’est pourquoi les procédures administratives devraient être réduites au maximum pour faciliter l’entrepreneur. Mme Muhorakeye conclut que l’entrepreneuriat est porteur. Ce qui implique que l’entrepreneuriat nécessite un certain accompagnement. Ainsi, lorsque ce dernier est fait, il y a plus d’entrepreneurs, et il se crée plus d’entreprises et de richesses.
L’entrepreneuriat et l’intelligence financière vont de pair
Léonard Bizimana n’y va pas par quatre chemins. Il approuve que l’entrepreneuriat est le catalyseur du développement économique du pays et que ses travaux sont donc une véritable source de la création de la richesse. Mais pour y arriver, il faut que l’entrepreneur soit capable d’identifier et de réfléchir sur quoi faire puis d’explorer et d’exploiter.
Donc, il ne se pose pas les questions de savoir ce qu’en pensent les bénéficiaires et s’ils doivent changer la société. Un business doit être évalué et jouer avec les menaces du milieu exogène, puis développer des stratégies de positionnement dans le temps, des stratégies de régénérescence. Il faut également avoir de l’intelligence financière. Ce dont les investisseurs Burundais manquent cruellement. Leurs investissements et fonds d’épargne sont stériles. Opérationnellement, il faut qu’ils fassent ce qui est compatible avec les moyens financiers qu’ils possèdent. Pas mal d’investisseurs se lamentent de manquer d’argent, mais jamais de manquer d’intelligence. Il faut d’abord avoir un projet à réaliser avec des moyens appropriés.
Il ne faut pas être une personne à un seul chemin, mais à plusieurs chemins. Les défis liés à l’environnement socio-politique et économique existent, mais il faut les surmonter. Il faut un environnement économique sain. Une bonne fécondité d’idées et de créativité serait un atout. Et cela exige une combinaison des efforts entre les entrepreneurs et l’État.
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