Le 31 juillet, le continent noir célèbre ses femmes à l’occasion de la journée internationale de la femme africaine. De combattantes pour la décolonisation de l’Afrique, elles sont devenues actrices du développement du continent. Au Burundi, les associations qui militent pour les droits de la femme indiquent qu’il y a encore un pas à faire pour atteindre l’autonomisation de la femme
Les femmes rencontrées au centre-ville de Bujumbura disent ne pas être au courant de l’existence de cette journée. « La seule journée de la femme dont je suis au courant c’est celle célébrée le 8 mars », indique Josiane Kankindi, une jeune commerçante rencontrée à la galerie Village Market. Selon elle, depuis des décennies, la femme burundaise fait face à plusieurs défis. Leurs opportunités en matière d’éducation et de travail sont limitées. Cela constitue un handicap majeur à leur épanouissement.

Godeliève Manirakiza, représentante légale de l’Afrabu : «Le taux de participation des femmes dans les instances de prise de décisions est de 18%».
Landrine Mukiza, étudiante burundaise en Europe dans la faculté de Médecine révèle que l’obstacle à l’épanouissement de la femme réside seulement dans l’inégalité fondée sur le genre. L’accès très réduit à la propriété foncière, la persistance des écarts de salaires et la difficulté d’accès aux responsabilités politique et financière sont les principaux obstacles à l’autonomisation de la femme. « L’exclusion des femmes s’est avérée difficile à résoudre sur le continent malgré la prolifération d’initiatives de développement nationale et internationale ». Toutefois, insiste-elle, en Afrique, de nombreuses femmes entreprennent et jouent très souvent les premiers rôles dans le foyer. « En autonomisant la femme burundaise, c’est l’ensemble du pays qui en bénéficiera ». Pour Pascal Nshimirimana, commerçant ambulant, même cadence. « Les choses évoluent. Il est temps que les femmes changent de mentalité et se battent pour leur indépendance »
« Il y a une légère évolution »
Godelieve Manirakiza, représentante légale de l’Association des Femmes Rapatriées du Burundi (Afrabu) fait savoir que depuis 2016, le taux de participation des femmes dans les instances de prise de décision est resté stagnante indiquant juste une progression de 1%. De 2016 à 2017, la représentativité des femmes dans les instances de prise de décision était à 17%, de 2018 à 2019 le taux s’est stabilisé à 18% alors que la constitution de la République du Burundi accorde 30% à la femme. C’était lors d’une présentation des résultats de l’évaluation de la participation des femmes dans les postes de prise de décision. C’est une étude qui a été faite pour évaluer le taux de participation des femmes dans les instances de prise de décisions pour l’année 2019. «Pour avoir cette augmentation de taux de 1%, l’Afrabu et les autres organisations ont beaucoup investi pour que la constitution du Burundi soit modifiée et amandée en certains de ses articles en faveur de la femme». Elle soutient que le fait que certaines femmes ne sont pas financièrement indépendantes dans leurs foyers est un autre défi qui empêche la femme d’être représentative. L’Afrabu essaie de trouver des solutions en instaurant des programmes de développement pour que la femme initie des activités génératrices de revenus pour qu’elle devienne économiquement indépendante. C’est un devoir de renforcer les capacités économiques de la femme et ainsi la rendre plus compétitive dans le développement comme les hommes.
Pour Diane Ndonse, présidente de l’association des femmes journalistes (Afjo), il y a eu une légère évolution. A titre d’exemple, elle fait référence au fait que dans les années antérieures, la femme n’avait pas droit à la création d’un compte bancaire ou à travailler sans l’accord de son mari. Il y avait des lois qui constituaient des barrières pour l’autonomisation de la femme.
Aujourd’hui, les temps ont changé. Beaucoup de femmes possèdent leurs propres comptes bancaires. Selon l’enquête nationale sur l’inclusion financière au Burundi de 2016, 7,9% des femmes ont un compte bancaire contre 17,6% pour les hommes. « Cependant, l’effectif n’est pas satisfaisant ».
Toutefois, elle reconnait que c’est une évolution positive car poursuit-elle, avant la révision du code des personnes et de la famille, une femme ne pouvait pas créer des comptes bancaires. Elle n’avait pas également accès au crédit bancaire sauf sur le consentement de son mari. Elle pouvait créer un compte bancaire seulement au nom de son mari. Mme Ndonse soulève que pour qu’une femme puisse être totalement épanouie, il y a des lois qui doivent être révisées entre autres la loi sur la succession. « Cette loi doit être remise sur la table de discussions ».
Les chiffres parlent d’elles-mêmes
Le rapport sur l’évaluation de la pauvreté au Burundi de novembre 2016 indique que les femmes se trouvent particulièrement défavorisées sur le marché du travail. Il existe de grandes différences entre les genres en ce qui concerne la nature et le statut professionnel. Près de 90% du travail non rémunéré est exercé par des femmes et moins de 40% des employés du secteur public sont des femmes. Plus de 92% des femmes exercent leur activité principale dans le secteur de l’agriculture contre 7% des hommes et moins de 4% ont un emploi rémunéré dans le secteur non agricole.
Le rapport national d’évaluation de la mise en application du programme d’action de Beijing de 2014 montre que le taux brut d’activité économique de la femme burundaise était à 59,6% contre 58,9% pour les hommes. Pour la femme également, le taux d’activité était moins élevé en milieu urbain à 35,6% contre 50,08% pour les hommes, mais beaucoup plus élevé en milieu rural à 62,0% contre 59,9% pour les hommes. sEn 2018, 3,06% de femmes avaient accès au crédit contre 8,47% d’hommes.
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