Sur dix-sept projets en lice au concours « Shika Award 2018 » trois ont été primés par Burundi Business Incubator (BBIN) le vendredi 16 novembre 2018. La première place revient à Leila Kateferi pour son projet de protection de l’environnement. Les deux autres lauréats primés sont Anny Darlène Ndorimana pour son projet de recyclage des bouteilles en plastique, et Sao Longo Bahati pour son projet de transfert électronique d’argent. La BBIN indique que son objectif est de promouvoir les activités innovatrices

Leila Kateferi responsable de l’entreprise Katy F.Concept : « 1 kg de charbon de bois provient de la carbonisation de 10 kg de bois ».
« L’appel à compétition pour le concours « Shika Awards » a été lancé en septembre 2018. L’objectif est de promouvoir les activités innovatrices », a indiqué Pierre Claver Nduwumwami, directeur du BBIN. On a procédé par la suite à la sélection de meilleures idées pour la compétition annuelle du plan d’affaires. Ainsi, 17 candidats ont été présélectionnés et ont bénéficié des formations et d’un accompagnement dans le cadre des premières étapes pour le démarrage de leur propre entreprise et la rédaction de leur plan d’affaires. Après que ces candidats aient donnés leurs plans d’affaires, ils sont présélectionnés par un jury pour ne rester que ceux qui seront présentés dans la phase finale. Ainsi, lors des cérémonies de clôture de la semaine internationale de l’entrepreneuriat au Burundi et plus spécifiquement au concours de plan d’affaires « Shika Award » cinq candidats ont été choisis pour défendre leurs idées d’entreprise devant un jury et des bailleurs potentiels. Trois plans d’affaires ont retenu l’attention du jury. Il s’agit des projets présentés par Leila Kateferi, Anny Darlène Ndorimana et Sao Longo Bahati.

Pierre Claver Nduwumwami, directeur du BBIN : « L’appel à compétition pour le concours « Shika Awards » a été lancé au mois des septembre 2018 ».
Un foyer amélioré qui ne dégage pas de fumée
Le projet qui a classé Leila Kateferi de l’entreprise Katy F. Concept en première position consiste en la conception d’un foyer amélioré qui utilise des briquettes fabriquées à partir du son de riz. Elle estime que c’est une ressource stable, abondante et rapidement renouvelable. « 99% des ménages urbains utilise le charbon de bois comme principale source d’énergie dans la cuisson. Or 1 kg de charbon de bois provient de la carbonisation de 10 kg de bois. Cela veut dire qu’un ménage qui utilise en moyenne 3 kg de charbon de bois nécessite à lui seul 30 kg de bois », explique Leila Kateferi. Elle donne les conséquences qui en résultent, à savoir : la déforestation, le changement climatique, la sécheresse, etc. Selon elle, le charbon de bois produit des fumées toxiques. Celles-ci sont à l’origine de la pollution intérieure des ménages. Elle informe que c’est dans ce contexte que son entreprise s’est engagée à promouvoir l’accès à l’utilisation des foyers améliorés et des combustibles propres et efficaces pour les ménages urbains et péri urbains. Ces combustibles ne produisent pas de fumée et ne salissent pas les mains.
Sa clientèle est estimée à 70 mille ménages avec une consommation moyenne de 3 kg de briquettes par jour et par ménage. Son fonds d’investissement est de 65 millions de FBu et il dispose actuellement de 40 millions de FBu de fonds propres et de subventions. Elle est encore dans la phase de production de ces foyers améliorés et de ces combustibles. La vente est prévue pour l’année prochaine. Un foyer coûte 10 mille FBu et un kg de combustible 500 FBu. Elle compte doubler sa capacité de production après une année.
Recyclage des bouteilles en plastique en d’autres objets
Anny Darlène Ndorimana est, quant à elle, initiateur de l’entreprise RC Training qui fait la récupération et le recyclage des déchets en plastique. Selon elle, les sachets et les bouteilles en plastique sont parmi les causes des inondations parce qu’ils bouchent les canalisations. « J’ai commencé à collecter les bouteilles en plastique pour en faire des objets (des sandales, des broches, des chaises, etc..) qui durent un peu plus longtemps.
« Cette chaise est fabriquée à partir de 64 bouteilles en plastique. Je l’ai fait dans le sens de lutter contre la pollution à base d’objets en plastique, et de promouvoir la jeune femme rurale. Dans notre société, si une femme ne fait rien, elle est considérée comme source de pauvreté. Cette activité est une source d’épanouissement des familles », indique-t-elle avant d’ajouter qu’elle a formé la jeune fille dénommée Evelyne originaire de la commune Busiga rencontrée en 2014 alors qu’elle venait d’abandonner les études suite à la mort de sa mère victime des innondations de gatunguru. La formation consistait au recyclage des plastiques pour l’aider à être indépendante et à s’améliorer. Elle a constitué une équipe dont chacune des membres s’est acheté un porc.
Mlle Ndorimana informe qu’elle a commencé son entreprise avec un capital de 4000 FBu il y a deux ans. Elle en arrive actuellement à 3.819.000 FBu. Elle voudrait gagner plus d’argent dans la collecte de plus de déchets plastiques. « L’effectif des ménages est estimé à 9024 en mairie de Bujumbura. Chaque ménage jette au moins deux bouteilles par jour dans la nature, soit 1800 bouteilles en plastiques. Avec le moratoire de 18 mois fixé par le décret empêchant l’importation des sachets et bouteilles en plastique, elle aura collecté 9000800 bouteilles en plastiques à recycler », rassure-t-elle.
Le transfert électronique d’argent
Sao Longo Bahati de l’entreprise M-Sender a, quant à lui, conçu un système de transfert d’argent au niveau international. Il avait constaté que certaines gens effectuent des séjours à l’étranger et éprouvent des problèmes d’envoyer de l’argent à leurs familles. Il a évoqué les étudiants congolais qui poursuivent leurs études au Burundi et doivent quitter Bujumbura pour Bukavu pour récupérer leur argent. Ils engagent les frais de voyage. « Nous avons développé une application où les gens ont la possibilité de créer des comptes M-Sender simplement et gratuitement. A l’issue de la création de cette application, notre système va leur donner un compte simple et unique. Avec ce compte, celui qui se trouve à Bujumbura peut instantanément envoyer de l’argent à celui qui se trouve en RD Congo et vice-versa. Il passe à notre guichet récupérer son argent », informe-t-il.

Laurent Delahousse, ambassadeur de France au Burundi : « La création d’une entreprise est indissociable de la mobilisation des fonds ».
En une période de deux mois, M. Bahati affirme que la demande est passée de 20 à 550 comptes utilisateurs dont 80 % sont opérationnels avec une moyenne journalière de 50 opérations. Sur un montant estimé à 5 millions de FBu transféré par jour, on gagne une commission de 4 %, soit 200 mille de FBU.
La France engagée à soutenir l’entrepreneuriat
« Avec 40 ans d’intervention de l’Agence Française de Développement (AFD) au Burundi, la France compte appuyer le secteur économique et souhaite se positionner en entrepreneuriat durable et responsable ainsi que l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes », a indiqué Laurent Delahousse, ambassadeur de France au Burundi. Il a précisé que son pays intervient dans la formation des futurs entrepreneurs. Il a souligné que l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) en collaboration le BBIN est en train d’accompagner une cohorte de diplômés universitaires par des actions de formation et de coaching en entrepreneuriat incluant un volet d’entrepreneuriat durable. Selon lui, cet accompagnement qui va durer un an devra déboucher sur la création d’une dizaine d’entreprises viables. « La création d’une entreprise est indissociable d’une mobilisation des fonds. Or le non accès au crédit et le manque de capital pour démarrer une entreprise constitue un frein à l’entrepreneuriat », rassure M. Delahousse. Sur cette inquiétude, il a informé que l’AFD étudie les conditions d’une reprise de ses activités dans ce domaine, en particulier dans le secteur de la microfinace agricole. Il a ajouté que l’AUF va conduire l’année prochaine une action pilote de professionnalisation de la filière de l’enseignement supérieur visant à mieux connecter les diplômés universitaires au réseau productif ayant des débouchés professionnels identifiés. Et cela pour les universités tant publiques que privées présentes au Burundi. Le début de ce programme est projeté en 2020.
Les cérémonies ont été clôturées par la remise des prix aux meilleurs lauréats de concours de plan d’affaires « Shika Award 2018 ». Le premier prix de 3 millions de FBu a été décerné à Leila Kateferi. Anny Darlène Ndorimana classée deuxième a eu deux millions de FBu et Sao Longo Bahati troisième un million de FBu.
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