Développement

Comment transformer Gitega en nouvelle capitale politique ?

Depuis bientôt deux ans, à l’initiative de feu le président Nkurunziza, le gouvernement a décidé que Gitega soit la capitale politique du pays, reléguant Bujumbura au rôle de capitale économique. Des décisions de déménagements d’institutions ont été prises. La rédaction de Burundi Eco s’interroge et a dès lors décidé de publier une série d’articles sur ce projet ambitieux et coûteux du gouvernement

Transformer un chef-lieu de province en capitale politique ne se réalise pas d’un coup de baguette magique ! Des exemples existent dans le monde, le plus connu est la création de la ville de Brasilia au Brésil, il y a 60 ans.

Comment préparer une ville à augmenter de population de façon exponentielle en quelques années, réorganiser ses accès de façon fluide et sécurisée pour les hautes autorités internationales qui se rendent dans les capitales pour des symposiums et autres sommets décisionnels,  prévoir les fournitures d’eau et d’électricité pour de nombreux nouveaux bâtiments à étages avec ascenseurs et systèmes de sécurité modernes, organiser la circulation et la mobilité des nouveaux usagers et habitants de la ville et traiter les déchets, où construire les deux stations d’épuration nécessaires pour traiter les eaux usées en tenant des nouvelles normes internationales? A ces quelques premières et non limitatives interrogations, Burundi Eco va chercher les réponses et tentera, à son niveau, d’apporter sa contribution. Pour entamer la réflexion, voici un premier sujet d’analyse : l’aménagement du territoire.          

L’aménagement du territoire, pilier du développement durable dans les centres urbains

L’aménagement désigne aujourd’hui l’action publique qui s’efforce d’orienter la répartition des populations, de leurs activités, de leurs équipements dans un espace donné et en tenant compte des choix politiques globaux. L’aménagement est l’une des formes de l’appropriation d’un territoire afin de le rendre mieux vivable pour tous

Défini comme une action volontaire, visant à infléchir des tendances naturelles, l’aménagement du territoire est une opération d’une telle envergure et d’une telle complexité qu’elle exige une intervention directe des organismes publics. C’est aussi le cas pour la plupart des opérations concernant la création de nouvelles villes dans les différents pays du monde, quel que soit leur système social ou leur état de développement économique. Aménager comme emménager ou déménager fait allusion, originellement, à l’espace domestique et à des actions de la vie quotidienne. La notion d’aménagement du territoire couvre des réalités diverses. Sa définition dépend du contexte et des problèmes à résoudre. L’aménagement du territoire est présenté comme « un ensemble de mesures destinées à assurer un développement équilibré des régions par une meilleure répartition des populations et des activités ».

A Gitega, nouvelle capitale politique, l’aménagement n’est pas encore réalisé.

Les modalités de réalisation et la réussite de ces opérations dépendent donc dans une large mesure de la capacité du secteur public de définir des objectifs cohérents et de sa capacité de mobiliser les ressources nécessaires.

Pourquoi aménager un territoire ?

On peut aménager un territoire pour y réduire les inégalités. Ainsi, construire des logements sociaux dans un quartier aisé peut réduire les inégalités face au logement. Installer des lignes de bus reliant un village à une ville peut réduire les inégalités face au transport et faciliter l’accès des habitants à un espace rural, à l’emploi, aux soins, à la culture. Par exemple, si un territoire est traversé par un fleuve, faciliter le transport fluvial et construire des ponts sont des actions d’aménagement du territoire.

L’aménagement du territoire peut aussi stimuler l’économie. Si on lance un projet de quartier d’affaire dans une métropole, on attire des entreprises qui vont y créer de l’emploi et de la richesse. Si on construit une plateforme multimodale et un centre logistique, le transport des marchandises et ainsi l’approvisionnement de la ville ou du quartier sera amélioré et les coûts et les temps seront réduits. Ce qui créera une plus-value et donc des richesses

Un aménagement du territoire avec deux principaux objectifs

Les objectifs opératoires de l’aménagement du territoire, définis à différentes occasions par des textes officiels proposent notamment : dans le domaine de l’économie, une décentralisation industrielle. Pour y parvenir, deux moyens sont privilégiés : la redistribution géographique et sectorielle des activités et l’ «action concertée» dans les zones où les besoins industriels sont les plus grands. Dans le domaine de l’urbanisation, «promouvoir les grandes métropoles régionales d’équilibre» et «remplacer l’urbanisation diffuse par une urbanisation structurée». Les lignes directrices pour atteindre ce but sont : le réaménagement des villes, notamment la restructuration des centres urbains.

Créer des villes nouvelles, un des piliers de l’aménagement du territoire

Si toutes les villes ont été nouvelles à un moment donné de leur histoire, du moins, dans les vieilles civilisations, elles se sont développées avec lenteur, presqu’insensiblement, à partir de petits noyaux. En France par exemple, elles ont été créées de toutes pièces à partir de 1965 dans le but de cristalliser et d’organiser la croissance urbaine à un moment où celle-ci était forte. L’intention était d’en faire rapidement des villes importantes, complètes, bien équipées, pourvues d’emplois en grand nombre et dotées de bons moyens de liaison avec l’extérieur, en particulier avec la grande ville la plus proche. Dans tous les cas, les villes nouvelles créées dans le monde depuis un demi-siècle ont répondu à un projet politique en même temps qu’à certaines exigences en matière d’aménagement.

Le pari d’urbanisme varie d’un pays à l’autre et d’une ville à l’autre, en particulier la part respective de l’habitat individuel et de l’habitat collectif. D’une façon générale, les villes nouvelles sont censées répondre aux besoins de la population d’aujourd’hui. Elles sont le plus souvent aérées, dotées d’espaces verts, de voies de circulation différenciées pour les piétons et les véhicules, enfin d’équipements importants.

Quid de l’aménagement du territoire au Burundi ?

Selon le « Rapport national sur l’habitat II » sorti en juillet 2015, il a été constaté que le phénomène d’urbanisation est devenu irréversible au Burundi. La progression annuelle intercensitaire de la population urbaine est estimée à 5,1% par an au cours de ces dernières années (entre 1990 et 2008). Les provinces un peu plus urbanisées du Burundi (dont Gitega et Ngozi) présentent des taux de croissance supérieurs à 6% selon les données comparatives des deux derniers recensements.

Il est tout aussi important d’élaborer des schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme pour les villes plus particulièrement pour les chefs-lieux des provinces qui ont tendance à connaître une croissance rapide. Plus on tardera à produire les outils de planification et d’aide à la décision, plus les occupations anarchiques seront énormes suite à la croissance spontanée généralisée.

Les capacités techniques de planification et de gestion des villes comportent un aspect dynamique dans le temps et dans l’espace. La faiblesse des capacités institutionnelles, techniques et financières des différents intervenants dans le domaine de l’habitat et de l’urbanisation (promoteurs immobiliers, municipalités, ONGs nationales, Etat,…) constitue un sérieux obstacle à la mise en œuvre des politiques et actions à initier dans le secteur.

Dans nos prochaines éditions, nous allons analyser l’aménagement de la ville de Gitega, nouvelle capitale politique sous différents angles et les forces et faiblesses de la réalisation de ce projet

A propos de l'auteur

Bonaparte Sengabo.

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