Education

Une formation sans labo ni bibliothèque, des lauréats incompétents

La plupart des écoles secondaires manquent de livres et de laboratoires. André Nduwimana, doyen de l’IPA indique que le manque de laboratoires et de bibliothèques impacte directement la compétence de l’apprenant. Le ministère essaie de trouver des solutions

Le manque d’outils didactiques cause problème dans l’apprentissage des élèves. En témoigne Raoul Mukundwa. Aujourd’hui informaticien, il n’y va pas par quatre chemins. « A l’école secondaire, j’étais dans un lycée ici à Bujumbura dans une section scientifique. Je n’ai jamais été au laboratoire. Il y avait des bâtiments, mais aucun matériel de labo ». Il confie également qu’à cette école, il n’y a jamais eu de bibliothèque. « Il fallait qu’on s’arrange autrement en empruntant des livres ailleurs. Et, pourtant, on a dû payer 2000 FBu par an pour l’achat du matériel utilisé en laboratoire ». Même mes petits frères ont payé cet argent pour soi-disant acheter du matériel qui, aujourd’hui, n’existe toujours pas après 5 ans, dit-il en riant.

« Ces matériels sont plus qu’important »

André Nduwimana, doyen de l’Institut de Pédagogie Appliquée (IPA) à l’Université du Burundi précise que le laboratoire est un outil très essentiel dans la formation scientifique d’un enfant que ça soit à l’enseignement fondamental ou à l’enseignement post fondamental. Selon lui, un labo est un outil qui permet à l’enseignant de voir et de se rendre compte que la théorie traduit une réalité. Elle permet aussi d’améliorer la compétence de l’enfant à la manipulation scientifique. Cette dernière crée une curiosité scientifique qui pousse l’enfant à se poser toujours des questions. « Le laboratoire rend l’enfant non seulement curieux, mais aussi cette curiosité va influer sur l’activité et le goût de la recherche ». Une fois que l’enfant a appris quelque chose à l’école et qu’il le manipule au laboratoire, la fixation sera plus aisée et précise.

André Nduwimana, doyen de l’IPA : « Un enfant qui n’a jamais connu de laboratoire n’aura jamais le goût de la science. Il n’aura aucune curiosité ».

C’est aussi évident pour la bibliothèque, car elle est organisée à plusieurs niveaux : il y a des livrets pour les enfants et pour d’autres niveaux. Ce qui permet aux enfants de lire certaines histoires et elle permet aussi aux enseignants de donner des travaux où l’enfant va s’essayer en écrivant sa propre histoire. « Ici à Bujumbura dans les écoles où il y a des bibliothèques, les enfants participent à des concours, écrivent de petites histoires etc. Contrairement aux enfants qui évoluent dans des écoles sans bibliothèques, il n’y a ni goût d’être formés ni initiatives d’écrire, il n’y a même pas une compétence à la parole. La bibliothèque renforce les idées, la formation et la compétence linguistique. Cela qui permet à l’enfant de grandir que ce soit au niveau de l’écriture ou au niveau de la parole. Ça permet aussi à l’enfant de fixer les règles de la grammaire.

La qualité de l’enseignement en souffre

Selon lui, très peu de Lycées communaux disposent de bibliothèques. «Jusqu’à maintenant, il y a ceux qui pensent que l’école ce sont les murs et les bancs pupitres, or l’école c’est aussi une formation qui exige ces laboratoires et ces bibliothèques». Au niveau du financement, ces lycées communaux devraient être dotés de ces outils-là, car tout est devenu théorique. Les enseignants qui n’ont jamais eu de laboratoire qui n’ont jamais utilisé la bibliothèque ne peuvent pas les exploiter correctement. « Les travaux de composition n’existent plus et par conséquent nous avons des enfants qui terminent l’école secondaire ou même l’université étant incapables de s’exprimer correctement ».

Nduwimana fait remarquer qu’il y a une grande différence entre les écoles de la ville et celles de la campagne. Ici en ville même à la fin de l’enseignement fondamental, les enfants peuvent s’exprimer parce qu’ils vont à la bibliothèque, ils retirent les petits livrets, ils se racontent des histoires contrairement aux enfants de la campagne. Les écoles sans laboratoires et bibliothèques ne sont pas viables.

Cela impacte directement la compétence de l’apprenant. « Un enfant qui n’a jamais connu de laboratoire n’aura jamais le goût de la science n’aura aucune curiosité parce qu’il n’a pas la capacité de manipuler ».

La compétence des apprenants s’observe à la fin du cycle. L’enfant est incapable d’écrire correctement ou de produire un texte, car il n’a jamais eu de référence et cela se répercute à l’université. « Heureusement, aujourd’hui nous avons un système BMD qui oblige les étudiants à aller à la bibliothèque pour chercher une information. Mais on a beaucoup de peines si on voit que la qualité des exposés est très faible ». Au niveau des laboratoires, à l’université du Burundi, on est obligé de commencer par de petites manipulations où on retrouve des étudiants qui n’ont jamais vu un produit chimique ou une réaction chimique.

Quelques pistes de solution

André Nduwimana souligne qu’il y a moyen de concevoir du matériel didactique avec des matériels locaux.  Un tel projet est développé à l’Ecole Normale Supérieure. « Il reste qu’il soit financé et vulgarisé ». Au niveau expérimental, ils ont produit certains matériaux qui peuvent être utilisables. La deuxième étape serait la multiplication de ces matériels didactiques et la formation des usagers En outre, il faudrait passer par la coopération avec des organismes onusiens ou la coopération bilatérale. Cela pour équiper le système éducatif national par ces matériaux.

Nduwimana insiste sur le fait d’être sûr que nous avons des enseignants qui peuvent utiliser un laboratoire. « Il y a quelques années, du matériel de laboratoire a été distribué dans certaines écoles, mais il est resté dans les cartons faute d’enseignants qui sachent l’utiliser ».  Et de renchérir qu’une fois qu’au niveau du ministère, le matériel didactique de laboratoire est disponible, il y a moyen de commencer par la formation des enseignants.

Selon lui, il est possible que laboratoire d’une école puisse servir à plusieurs autres écoles. Les écoles se placeraient en réseau et elles utiliseraient un seul laboratoire. « Mais il faut être sûr qu’il y a des enseignants qui peuvent utiliser ces matériels. Au-delà de donner des enseignements tel que prévu dans le manuel scolaire, ils doivent être des encadreurs pour s’assurer que les élèves lisent et qu’eux-mêmes lisent ». Les enseignants ne sont pas assez exigeants pour les enfants car eux-mêmes, ils éprouvent des faiblesses en termes de lecture et de production.

Il y a aussi un problème lié au financement de l’enseignement. La mise en place de ces bibliothèques n’exige que des locaux, mais cela exige aussi l’achat des livres. A titre d’exemple, il cite les écoles secondaires encadrées par les religieux. Elles sont équipées en laboratoire et en bibliothèque et leurs lauréats sont toujours les premiers parce qu’ils bénéficient de ces connaissances et sont suivis par leurs encadreurs. Si on fait référence aux palmarès, ces écoles sont toujours les premiers. Cela car ces religieux parviennent à équiper leurs laboratoires et bibliothèques alors que les lycées communaux sont laissés à eux-mêmes.

Gaspard Banyankimbona, ministre de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique : « il y a un fonds qui est réservé au financement de l’achat des petits matériels de laboratoire dans les écoles publiques ».

Si le matériel de laboratoire ou les livres des bibliothèques devraient être achetés, il faudrait un système de décentralisation au niveau du ministère pour qu’il puisse évaluer le montant qu’il faut pour un certain nombre d’écoles et avoir un planning pour l’équipement des premières écoles. Dans l’entretemps, pour les écoles rapprochées, on peut utiliser le système de réseau scolaire où plusieurs écoles utiliseraient un même laboratoire.

Le ministère à l’œuvre

Lors d’une réunion avec les responsables administratifs du secteur éducatif burundais dont les directeurs provinciaux de l’enseignement et les directeurs communaux de l’enseignement, Gaspard Banyankimbona, ministre de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique reconnait que les défis liés à l’acquisition du matériel de laboratoire et à l’équipement des bibliothèques sont des défis récurrents. Selon lui, il y a un fonds qui est réservé au financement de l’achat des petits matériels de laboratoire dans les écoles publiques. « L’inspection qu’on a conduit dans les écoles a conclu que ces fonds n’étaient pas réellement destinés à ces fins. Ils étaient transférés aux écoles, mais les directeurs des écoles ne les affectaient pas à l’achat de ces matériels de laboratoire ». Comme mesure, le ministre de l’Education fait savoir qu’il a envisagé une centralisation de ces fonds et une identification du matériel nécessaire école par école. « On va faire un achat groupé et la distribution se fera après ». Et d’ajouter que cela ne va pas se faire pour toutes les écoles en même temps. Ils vont prioriser certaines écoles et ils pourront progressivement équiper toutes les écoles.

Par rapport aux bibliothèques, le ministre Banyankimbona précise qu’il faudrait se rassurer que même ceux qui ont des bibliothèques aujourd’hui les exploitent régulièrement. « Ce qui est urgent c’est de raviver le sens de la lecture et de motiver les scientifiques et les chercheurs locaux à écrire si possible en langue nationale pour que nos élèves puissent retrouver le goût de la lecture ».

A propos de l'auteur

Chanelle Irabaruta.

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