Edition Spéciale Enfant

Gratuité des soins : Une politique aux résultats émaillés d’embûches

Dans certaines structures de soins, l’application de la politique de la gratuité des soins  pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans est teintée d’embûches. Les fonctionnaires déplorent encore le paiement des frais de soins de santé pour leurs enfants de moins de 5 ans. Le ministère en charge de la santé apporte des éclaircissements sur cette situation

Les femmes qui se sont entretenues avec Burundi Eco  se réjouissent de la politique de gratuité des soins pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes. Néanmoins, elles s’inquiètent du fait qu’elle n’est pas scrupuleusement mise en application. La plupart des femmes font savoir qu’elles ont payé la totalité des frais pour acheter les médicaments après l’accouchement. D’autres ont acheté des médicaments à 100% pour leurs nourrissons. «Dans les hôpitaux de la municipalité de Bujumbura, les prestataires de soins  nous disent que les stocks de médicaments sont vides. Pour sauver nos vies, nous sommes sommées de les acheter dans les pharmacies des particuliers», précise Mme Pascaline Cishahayo. De plus, les exigences sont nombreuses pour accéder à ces soins. Ce sont entre autres les extraits d’acte de mariage et de naissance. Un autre défi est que la plupart des femmes qui viennent d’accoucher sont obligées de rentrer très tôt de l’hôpital pour laisser la place aux autres. Selon  Mme Cishahayo, cela constitue un danger  pour leur santé, car des risques de complications peuvent surgir après la sortie. En principe, elles devraient rester dans la structure de soins pendant au moins trois jours pour le suivi. Une autre anomalie soulevée est que dans la plupart des structures de soins, les enfants illégitimes sont  exclus de cette politique de gratuité des soins alors que la loi régissant cette politique n’a pas de caractère discriminatoire.

Une politique méconnue par certains prestataires de soins

Les consultants Dr Gilbert Batungwanayo, Mme Jacqueline Banyiyezako et Mr Didier Ntiroranya ont effectué une étude au mois de juin 2019 sur l’effectivité de cette politique. Selon eux,  bien que 90% des prestataires de soins aient affirmé être au courant de l’existence du décret relatif à  la politique de la gratuité des soins, l’ordonnance ministérielle régissant sa mise en application n’a été retrouvée que dans 4 sur 30 formations sanitaires (FOSA), soit 13%.   87% des répondants n’avaient jamais eu connaissance de l’Ordonnance proprement dite. Il n’est donc pas surprenant que l’étude constate que la mise en application de cette politique a été relativement peu effective.

Les femmes qui se sont entretenues avec Burundi Eco se réjouissent de la politique de gratuité des soins pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes. Néanmoins, elles s’inquiètent du fait qu’elle n’est pas scrupuleusement mise en application.

Quid de sa plus value ?

Malgré ces défis,  Marianne Kaneza, habitant la zone Ngagara fait remarquer que la politique de la gratuité des soins a permis à de nombreuses femmes de pouvoir donner naissance dans des conditions plus ou moins acceptables, avec l’assistance des médecins ou des sages-femmes. Par conséquent, la proportion des accouchements en milieu de soins a augmenté.  Les accouchements assistés dans les formations sanitaires (FOSA)  sont passés de 34% en 2005 à 67 % en 2012 comme le précise la Politique Nationale Santé 2016-2025. Le taux de morbidité a diminué.

Le gouvernement apporte des éclaircissements

Dr Jean Bosco Girukwishaka, porte-parole du ministère en charge de la santé publique indique que la mesure de gratuité de soins est appliquée convenablement dans toutes les structures sanitaires publiques du pays. Les soins sont gratuits pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. C’était lors de l’émission trimestrielle des porte-paroles des institutions publiques animée au chef-lieu de la province de Muyinga.  Selon lui, sa mise en œuvre exige certaines procédures. Les bénéficiaires de cette mesure doivent être exclusivement des citoyens Burundais. Raison pour laquelle les prestataires de soins exigent des cartes d’identité pour se rassurer de la nationalité du patient, indique-t-il avant de faire savoir que  pour les enfants, les infirmiers doivent vérifier si l’enfant ne dépasse pas l’âge de 5 ans. Pourtant, l’incompréhension subsiste chez certains fonctionnaires ou d’autres employés du secteur privé. Ce cadre du ministère de la Santé parle d’une mauvaise interprétation de la politique de gratuité des soins pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes.

Les mutualités sanitaires doivent couvrir les soins de santé de leurs affiliés

Selon toujours Girukwishaka, la politique de gratuité des soins n’empêche pas les mutualités sanitaires de couvrir les soins de santé de leurs affiliés. Pour cela, le fonctionnaire doit présenter des attestations de service pour voir s’il est affilié ou pas à une mutualité de santé.   A titre d’exemple, pour les enseignants, la MFP  assure les prestations à 80%.  L’Etat  paie les 20% qui restent.  L’Etat ne doit en aucun cas supporter les charges des assureurs.

Un financement mal géré

La mise en œuvre de la politique de gratuité des soins est appuyée par les bailleurs de fonds. L’Union Européenne par exemple cofinance avec les autres bailleurs les coûts des soins au niveau des centres de santé et des hôpitaux de district.  Néanmoins, ce qui est malheureux, c’est qu’il a été constaté que  la gestion de ce financement est émaillée d’embûches.  La déclaration des données erronées  par les responsables des structures de soins constitue un défi majeur à la mise en œuvre de la  politique de gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.

Selon Thaddée Ndikumana, patron de ce ministère, la surfacturation  gangrène  la mise en application de la politique de gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Certaines structures de soins s’arrogent le droit de présenter de fausses factures. A titre illustratif, elles affirment avoir soigné 10 enfants alors qu’elles n’en ont accueilli que huit. On t’inscrit sur la liste de ceux qui ont bénéficié des soins gratuitement alors que ce n’est pas le cas.

De plus, on surestime les cas d’accouchements. Cette situation constitue un défi majeur à la politique de gratuité des soins de santé pour les catégories ci- haut citées. Il fait savoir que si les prestations sont offertes sans tricheries, les frais à charge du gouvernement pourront être réduits de 50%.  Il se réjouit du fait que 82% des structures de soins n’abusent pas dans la violation  de cette politique si on tient compte du classement établi par les équipes de vérification des données. Quant à celles qui déclarent des données erronées, il leur demande de changer cette attitude, car il s’agit d’une situation qui enfonce le pays dans des dépenses inutiles.

A propos de l'auteur

Jean Marie Vianney Niyongabo.

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