Habitués à des weekends plus animés par des karaokés, les Bujumburois et les tenanciers des cabarets s’inquiètent de la mise en application d’une mesure du ministère de la Sécurité Publique interdisant les karaokés et les louanges nocturnes. Selon le porte-parole adjoint du ministère de Sécurité Publique, ils constituent des troubles au repos
Depuis le 16 septembre 2020, ceux qui font du karaoké et ses amateurs en sont privés. Accoudés sur le comptoir, les deux mains à plat sur le bois ciré, les amateurs du karaoké partagent parcimonieusement un verre de bière. Pas d’ambiance sonore comme d’habitude. Les fans de karaokés sont désespérés. S’asseoir dans un bar et boire à coup sec sans écouter la combinaison des chants et des voix. Inhabituel à Bujumbura pendant les weekends. L’interdiction des karaokés dans les buvettes est une décision qui a été prise par le ministère de la Sécurité Publique Moise Nkurunziza, le porte-parole adjoint dudit ministère a indiqué que cette mesure a été prise parce que les émissions des bruits sonores, ajoutées à l’ambiance des bars, sont un cumul de risques périlleux pour le repos de la population urbaine de Bujumbura.
Une décision privant des milliers de jeunes de leur gagne-pain
L’impact de cette mesure a atteint son paroxysme dans les bars où il y avait les karaokés tous les weekends. Les tenanciers des cabarets indiquent que leurs débits de boissons sont presque vides. Les clients ne viennent plus prendre un verre. Les karaokés sont interdits alors qu’ils les attiraient par centaines. Les tenanciers des cabarets nous révèlent que l’interdiction des karaokés n’a pas impacté seulement les buvettes, mais aussi les serveurs. C’est leur gagne -pain, indique Samuel Bizimana. Suite à cette mesure, certains serveurs ont été mis en chômage technique. Il n’y a pas de travail et, actuellement, les boissons à écouler sont réduites de moitié, a fait savoir Samuel Bizimana.

Certains cabarets de débit de boissons à Bujumbura continuent à diffuser les karaokés, malgré leur interdiction.
Une mesure suivie à moitié
Le karaoké est devenu un élément incontournable de la vie quotidienne des Burundais et un des premiers loisirs pratiqués à Bujumbura. Que l’on aille au karaoké entre amis, en famille, le karaoké est désormais profondément ancré dans la vie sociale des Bujumburois.
Les karaokeurs de Bujumbura avec qui nous nous sommes entretenus ont fait savoir que la pratique culturelle qui s’est étendue au reste du pays avec le même succès leur génère à eux d’importants revenus bien qu’elle soit interdite depuis quelques jours. Cela impacte leur vie et celle de leur famille, a indiqué Gad Brighton avant d’ajouter qu’en deux heures, il pouvait gagner plus de 50.000 FBu. Actuellement, il ne peut pas avoir cette somme à cause de la mesure interdisant les karaokés dans les buvettes. Il nous a révélé qu’ils sont au chômage. Cependant, même si cette mesure a été respectée, les récalcitrants ne manquent pas.
Une autre paire de manches
En commune Ntahangwa, c’est une autre paire de manches. On dirait un oasis au milieu d’un grand désert. Là, il faut comprendre le snack bar GUELLA-PLAZA situé à la deuxième avenue de la zone Kamenge en commune Ntahangwa. Tout va à la normale chaque weekend. A la tombée du crépuscule, cette localité grouille toujours de monde. Ce sont des clients amateurs de karaokés qui n’ont pas d’autres endroits où s’amuser. La nuit voit fleurit le karaoké. Les chants à la burundaise et ou à la, le fait de crier fort et les éclairages sono sont là pour animer la salle au rythme endiablé de la musique pour faire régner de l’ambiance à vous couper le souffle. À l’intérieur, les bières industrielles coulent à flot. Tous les clients ont le visage gai. Chose étrange. Et cela inquiète les tenanciers des autres buvettes qui ne pratiquent plus les karaokés alors que c’était une mesure salutaire qui devrait être respectée par tous.
A l’origine, la mesure d’interdiction des karaokés dans les buvettes a été prise par le ministère de la Sécurité Publique dans le but de préserver la population qui se dit dérangée par le bruit sonore de la musique. Au départ, cette mesure a été respectée par bon nombre des tenanciers des cabarets qui avaient l’habitude de faire jouer les karaokés dans leurs bars. Petit à petit, certains ont fini par obtempérer à cette mesure, mais d’autres n’ont pas pu le faire, précise Samuel Bizimana, tenanciers d’un bar à Nyakabiga.
Les tenanciers des cabarets ne décolèrent pas de la discrimination qui est fait à l’encontre de certaines buvettes et ils ne comprennent pas pourquoi cette mesure ne concerne pas toutes les buvettes. Ils ne savent pas à quel saint se vouer.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur.
La rédaction se réserve le droit de ne pas publier les commentaires enfreignant ces règles et les règles de bonne conduite.