Dans le but de prévenir toute sorte de pollution causée par les sachets et les autres produits plastiques au Burundi, le Cabinet du Président de la République avait sorti le 8 août 2018 un décret numéro portant interdiction, importation, fabrication, commercialisation et utilisation des sachets et d’autres emballages en plastique. Deux ans après cette mesure, ces sachets inondent toujours les marchés et les boutiques et finissent malheureusement leur course dans la nature
« De tels produits contiennent des polluants organiques persistants. Cette loi vient plutôt promouvoir l’utilisation des matériaux qui ne dégradent pas l’environnement », peut-on lire dans ce décret. Toutefois, un délai de grâce de dix-huit mois avait été accordé, à compter de la date de signature de cette loi, pour écouler les stocks disponibles et les commandes passées. S’agissant de l’élimination des sachets plastiques déjà en circulation dans le pays, y compris les bouteilles et les flacons en plastique, cette loi prévoyait que ceux-ci devront être retournés chez les fournisseurs qui en assureront le stockage, le recyclage ou la valorisation.

Malgré le délai exigé par le ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage, les sachets plastiques inondent toujours le marché.
Une année après la signature du décret, Déo Guide Rurema, ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage a par la suite annoncé que l’importation des sacs et sachets non biodégradables ainsi que de la matière première servant à les fabriquer est interdite au Burundi à partir du 22 août 2019. Un délai de grâce avait été accordé aux commerçants pour écouler les stocks et les commandes passées. Dans une descente dans les différents marchés de la capitale économique, Burundi Eco a constaté que ces sachets sont toujours utilisés comme avant et sont encore en grand nombre.
Les sachets plastiques et d’autres matériaux biodégradables se côtoient sur les étagères dans les marchés
Nous sommes mardi, il est 11h au marché Bujumbura City Market communément appelé « Chez Sion ». Sous un soleil de plomb, les activités sur ce marché vont bon train. L’évidence est frappante. L’utilisation des sacs plastiques persiste. Des enfants qui font le commerce ambulant des sachets plastiques se faufilent ici et là. Sur les étagères des échoppes, les sachets en plastique sont nombreux. Et, de part et d’autre, on en trouve un peu partout quand on fait ses courses et sur de nombreux points de vente.
Le sachet plastique est le moyen par lequel une plus grande majorité d’acheteurs préfèrent transporter leurs marchandises. Selon eux, les sacs en plastique coûtent moins chers. Toutefois, les acheteurs se lamentent de la récente hausse des prix de ce type d’emballage. Le prix d’un petit sachet noir est passé de 100 FBu à 200 FBu et celui du sachet de couleur verte est passé de 200 FBu à 400 FBu voire 500 FBu.
Chez un des grossistes, les étagères sont pleines à craquer d’emballages en plastique. Un paquet de 25 pièces de sachets en plastique de couleur orange coûte 13000 FBu, celui de 50 pièces de sachets de couleur rouge se vend à 18000 FBu. Le paquet de 100 pièces de sachets de couleur noire se vend à 8000 FBu, celui de sachets de couleur verte est à 14000 FBu pour 50 pièces. Houd Hassan Nizigiyimana, un marchand grossiste, au marché chez Sion explique cette soudaine hausse des prix par la pandémie de Covid-19 qui a mis à genoux les échanges avec l’extérieur. «Il existe encore des stocks dans nos dépôts. On attend juste leur écoulement», s’explique-t-il.
Au centre-ville de Bujumbura, la situation est la même. Les sachets plastiques sont vendus à tous les coins de rues. Certains produits sont toujours emballés dans des sachets. Et les clients ne s’en soucient pas. Il suffit de vouloir acheter quelque chose qu’un enfant vendeur ambulant de sachets s’approche en te proposant de l’acheter. « Ici, tout s’emballe avec des sachets en plastique », avance un d’eux. Une vendeuse de poissons fumés déplore que l’Etat aurait dû engager une campagne de sensibilisation en faveur de l’interdiction des sachets en plastique. « C’est impossible de ne pas utiliser le sachet pour nous qui vendons la nourriture fraiche ».
Le sachet en coton prend de l’envol
Malgré cela, il y a de nouveaux emballages qui s’observent actuellement peu à peu au centre-ville de Bujumbura. Ce sont des emballages en coton. Chez les commerçants détaillants, ils sont de plus en plus visibles. La population s’intéresse à cette nouvelle pratique d’abandonner les sacs plastiques pour les remplacer par ceux en coton.
Nizigiyimana précise que le prix des sachets en coton chez les grossistes varie selon la taille et la quantité qu’il transporte. Un paquet de 50 pièces coûte 17000 FBu, celui de 50 pièces coûte 24000 FBu, un autre est à 25000 FBu. Par détail, le coût de ces emballages en coton varie entre 500 FBu à 2000 FBu du plus petit au plus grand.
Une cliente qui venait d’acheter un paquet de sachets de couleur noire chez Hassan s’écrie : « Comment est-ce qu’on peut arrêter de vendre ces sachets ? Où est-ce que je pourrais trouver un sachet à 200 FBu » ? Cette trentenaire demande au gouvernement de revoir à la baisse les prix des sachets en coton ou de mettre sur le marché d’autres emballages de substitution.
Paul Gahungu rencontré à ce marché salue la disponibilisation de ces emballages en coton. « C’est une bonne chose d’utiliser ce type d’emballage. Moi, j’en ai acheté un à 1500 FBu et ça fait plus de deux mois que je l’utilise ». Selon lui, vu la durabilité de ces emballages, il y a un gain substantiel. « Je recommande à tout le monde de recourir à l’utilisation de ces emballages. Au lieu d’acheter un sachet en plastique à 500 FBu qui peut se déchirer en une seule journée, vaut mieux payer le double pour quelque chose de plus durable ».
Les pharmacies et les grandes alimentations dans la cadence
Dans certaines pharmacies et grandes alimentations de la ville de Bujumbura où Burundi Eco a pu passer, les gérants ont déjà compris l’urgence d’abandonner les emballages en plastique. D’ores et déjà, ils adoptent l’utilisation des emballages biodégradables en papier avec leurs logos et leurs noms d’utilisation et d’autres proposent l’utilisation des sachets en coton.
Les pharmacies comme la pharmacie Salama, la pharmacie du Nord, la pharmacie Plaza située à la chaussée P.L Rwagasore utilisent des emballages en papier. Une mère avec sa fille de 4 ans qui venait d’acheter un médicament emballé dans un emballage en papier donne son opinion. « Je me demande ce qui manque pour qu’on utilise des emballages biodégradables ».
Les grandes alimentations également leur ont emboité le pas. Entre autres l’alimentation « Au bon prix » communément appelée « chez Wege », l’alimentation « Gift supermarket », l’alimentation « Home World supermarket ». Ils utilisent des emballages en coton et d’autres en papier.

Les commerçants commencent à remplacer les sacs plastiques par des sachets en coton.
Jess Mutoni rencontré en train d’acheter des ballons pour enfants soutient que le gouvernement devrait sensibiliser la population sur les dégâts que causent ces matériaux sur l’environnement. « Ces déchets plastiques se mêlent aux immondices, obstruent les caniveaux et gênent énormément la circulation des eaux usées. Comme conséquence, la moindre petite pluie qui tombe sur Bujumbura pourra rendre les rues impraticables à la circulation des véhicules, les caniveaux et les égouts étant remplis et déversant le surplus d’eau sur les voies. »
Dans les boutiques et dans les ménages, les sachets plastiques sont légion
Dans les boutiques des zones de Kamenge et de Ngagara où nous sommes passés, l’usage des sachets plastiques pourtant interdits est monnaie courante. Les sacs biodégradables sont quasiment absents parmi leurs articles. Pourtant, nous confie Eric Hakiza, un boutiquier du quartier Mirango I de la zone Kamenge, le prix de ces mêmes sachets plastiques est passé du simple au double. « Un sachet noir qui était à 100 FBu avant la mesure d’interdiction se vend maintenant à 200 FBu. On veut acheter les sacs en coton, mais vu la demande et le prix, les gens préfèrent les sachets en plastique moins chers », indique-t-il.
Selon une femme rencontrée dans cette même boutique, le pouvoir d’achat des ménages ne permet pas à tout le monde de s’acheter un sac biodégradable chaque fois qu’on se rend dans une boutique ou au marché. « Au moins ces sachets nous aident aussi à allumer le feu », renchérit-elle avec un sourire aux lèvres.
Le même scénario s’observe dans certaines boutiques de la zone Ngagara. Dans le quartier VII de cette zone, sur plus d’une dizaine de boutiques que nous avons pu visiter, ceux qui viennent acheter différents articles sont servis dans des sacs plastiques. « Si les clients ne viennent pas avec leurs propres emballages, je mets leurs produits dans les sachets noirs », fait savoir Lazare, un des boutiquiers. Sur la question de savoir s’il est au courant qu’il y a une mesure qui interdit l’utilisation des sachets en plastique, ce trentenaire répond qu’il n’en savait rien « Comment peut-on dire que c’est interdit alors que quand on va au marché on ne trouve que ça ? Il fallait aussi interdire leur commercialisation », martèle-t-il.
Des entreprises de fabrication des produits de substitution sont là, mais les matières premières se font rares
Pour l’entreprise PACOBU ou ELICOM qui sont pionnières dans la fabrication des sacs biodégradables, le défi majeur reste l’importation des matières premières. Selon Eric Kwizera, responsable du commerce et du marketing au sein d’ELICOM, cette entreprise est capable de produire une quantité importante d’emballage biodégradables pour satisfaire la demande. « Le grand problème que nous avons jusqu’ici c’est qu’une grande partie de produits manufacturés et d’équipement que nous utilisons viennent de l’étranger comme les machines, les papiers et ils sont très chers. Nous demandons à l’Etat de soutenir les activités de ceux et celles qui se sont lancés dans ce domaine en subventionnant ou en exonérant les importations », plaide-t-il.
Pour mettre en pratique la politique de zéro sachet plastique, la population demande que les prix des emballages biodégradables soient revus à la baisse et que les produits de substitution soient disponibles sur le marché.
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